En bref
- IRIS signifie « Ăźlots regroupĂ©s pour lâinformation statistique » et dĂ©signe la maille de rĂ©fĂ©rence de lâInsee pour observer les territoires Ă lâintĂ©rieur des communes.
- Un IRIS compte gĂ©nĂ©ralement autour de 2 000 habitants, mais sa taille varie selon la forme urbaine, les voies ferrĂ©es, les cours dâeau ou les grands Ă©quipements.
- Il ne faut pas confondre ce découpage statistique avec un quartier vécu, un quartier administratif ou un secteur électoral.
- Les IRIS dâhabitat, dâactivitĂ© et divers permettent de distinguer les zones rĂ©sidentielles, les pĂŽles dâemploi et les espaces peu peuplĂ©s.
- Les tables gĂ©ographiques de lâInsee, notamment celle arrĂȘtĂ©e au 1er janvier 2026, sont indispensables pour comparer correctement les donnĂ©es territoriales.
Pourquoi lâIRIS de lâInsee ne correspond pas toujours au quartier que lâon habite
Le quartier commence souvent par un nom. Il se dit Ă voix basse dans une boulangerie, sur le banc dâun square, au comptoir dâun cafĂ©. « Jâhabite Saint-Michel », annonce-t-on Ă Bordeaux, « je suis de la GuillotiĂšre », rĂ©pond-on Ă Lyon, sans que ces mots recouvrent nĂ©cessairement une limite prĂ©cise. Sur une carte statistique, la rĂ©alitĂ© est moins impressionniste : elle sâappelle IRIS.
Lâacronyme signifie « Ăźlots regroupĂ©s pour lâinformation statistique ». Il a Ă©tĂ© conçu par lâInsee pour produire des donnĂ©es Ă une Ă©chelle plus fine que la commune. Lâobjectif Ă©tait de prĂ©parer la diffusion du recensement de la population de 1999 en divisant les villes en mailles dâune taille relativement homogĂšne. Le terme IRIS2000 rappelait alors la cible dâenviron 2 000 habitants par unitĂ©.
Cette origine explique une confusion frĂ©quente. Un IRIS nâest pas la traduction administrative exacte dâun quartier vĂ©cu. Il sâagit dâune construction statistique, dĂ©finie Ă partir de critĂšres gĂ©ographiques et dĂ©mographiques. Sa frontiĂšre peut suivre une avenue, une voie ferrĂ©e, un canal, une riviĂšre ou une emprise industrielle, mĂȘme si les habitants associent les deux cĂŽtĂ©s Ă une mĂȘme ambiance urbaine.
Ă Paris, par exemple, le nom dâun secteur peut ĂȘtre largement partagĂ© par les habitants, les commerçants et les agences immobiliĂšres, tandis que plusieurs IRIS le dĂ©coupent en unitĂ©s plus petites. Ă AngoulĂȘme, un quartier identifiĂ© autour dâune place ou dâun marchĂ© peut Ă©galement ĂȘtre rĂ©parti entre plusieurs mailles. Pour comprendre les chiffres, il faut donc regarder le code et le pĂ©rimĂštre, pas seulement le libellĂ©.
Un outil conçu pour comparer des réalités différentes
Les communes dâau moins 10 000 habitants sont gĂ©nĂ©ralement dĂ©coupĂ©es en IRIS. Une forte proportion des communes comprises entre 5 000 et 10 000 habitants lâest Ă©galement. Pour les communes qui ne disposent pas dâun dĂ©coupage infra-communal, lâInsee assimile la commune entiĂšre Ă un IRIS afin de maintenir une couverture nationale.
Les millĂ©simes historiques donnent une idĂ©e de lâĂ©volution de la base. Les anciennes prĂ©sentations Ă©voquent environ 15 500 IRIS, dont plus de 750 dans les territoires ultramarins. Dâautres dĂ©comptes, Ă©tablis selon un pĂ©rimĂštre et une gĂ©ographie diffĂ©rents, approchent 16 100 unitĂ©s, avec environ 650 IRIS dans les dĂ©partements dâoutre-mer. Cette variation ne traduit pas une erreur automatique : elle rappelle quâun chiffre doit toujours ĂȘtre associĂ© Ă une annĂ©e et Ă une dĂ©finition.
Le mĂȘme principe vaut pour lâanalyse immobiliĂšre. Comparer le revenu mĂ©dian dâun IRIS avec le prix des logements dâun quartier commercial peut produire un rĂ©sultat trompeur si les deux pĂ©rimĂštres ne coĂŻncident pas. Un observateur qui Ă©tudie un secteur bordelais, lyonnais ou angevin doit dâabord vĂ©rifier la gĂ©ographie utilisĂ©e par chaque source.
Un dĂ©tail attire lâĆil : la stabilitĂ© recherchĂ©e par lâInsee nâest jamais une immobilitĂ© absolue. Les contours doivent rester identifiables et suffisamment stables pour permettre les sĂ©ries statistiques, mais ils peuvent ĂȘtre ajustĂ©s lorsque la voirie, la dĂ©mographie ou la gĂ©ographie communale changent fortement.
Pour approfondir la distinction entre quartier vĂ©cu et dĂ©coupage administratif, la lecture de cette analyse sur la dĂ©finition dâun quartier administratif permet de mesurer lâĂ©cart entre les usages quotidiens et les catĂ©gories officielles. LâIRIS ne dit pas ce quâun quartier ressent ; il rend ses caractĂ©ristiques comparables.
Comment les limites IRIS transforment une ville en données territoriales lisibles
Une carte IRIS ne ressemble pas toujours Ă la ville que lâon traverse. Elle ne montre ni lâodeur du marchĂ©, ni le bruit dâune cour dâĂ©cole, ni la lumiĂšre particuliĂšre dâune rue bordĂ©e de platanes. Elle offre autre chose : un langage commun pour observer la dĂ©mographie, lâemploi, les logements, les mĂ©nages et les Ă©carts sociaux Ă lâintĂ©rieur dâune mĂȘme commune.
La conception du dĂ©coupage repose dâabord sur une logique gĂ©ographique. Les grandes coupures du tissu urbain servent de repĂšres : boulevards, routes Ă fort trafic, lignes ferroviaires, fleuves, canaux ou zones dâactivitĂ©s. Ă lâĂ©chelle dâune mĂ©tropole, ces Ă©lĂ©ments structurent fortement les dĂ©placements et les pratiques. Une voie rapide peut sĂ©parer deux ensembles de logements distants de quelques centaines de mĂštres, mais rarement reliĂ©s par les mĂȘmes cheminements.
La logique dĂ©mographique intervient ensuite. Les IRIS dâhabitat comptent en principe entre 1 800 et 5 000 habitants. Ils cherchent Ă regrouper des secteurs prĂ©sentant des formes de logement relativement proches : grands ensembles, maisons individuelles, immeubles anciens ou lotissements. Cette homogĂ©nĂ©itĂ© nâest jamais parfaite. Une ville est faite de transitions, de parcelles mixtes et de rues qui changent progressivement de visage.
Trois catĂ©gories pour ne pas comparer lâincomparable
La typologie de lâInsee distingue trois grandes familles. Les IRIS dâhabitat correspondent aux zones rĂ©sidentielles ordinaires. Les IRIS dâactivitĂ© regroupent plus de 1 000 salariĂ©s et comptent au moins deux fois plus dâemplois salariĂ©s que de rĂ©sidents. Les IRIS divers couvrent des espaces particuliers, souvent Ă©tendus et peu habitĂ©s, comme des parcs, des ports, des forĂȘts ou de grands Ă©quipements.
Les proportions publiĂ©es pour le 1er janvier 2008 donnent une image parlante : environ 92 % des IRIS relevaient alors de lâhabitat et 5 % de lâactivitĂ©. Le reliquat correspondait notamment aux espaces divers. Ces parts ne doivent pas ĂȘtre lues comme une photographie immuable. Un ancien secteur industriel peut accueillir des logements, tandis quâune friche devenue pĂŽle tertiaire peut changer de fonction sans que la catĂ©gorie historique soit immĂ©diatement modifiĂ©e.
Cette prudence compte dans lâanalyse urbaine. Un IRIS dâactivitĂ© peut afficher un revenu rĂ©sidentiel trĂšs faible, non parce que les emplois y seraient pauvres, mais parce que peu de personnes y habitent. De la mĂȘme maniĂšre, un grand parc urbain peut avoir une superficie considĂ©rable et une population presque nulle. Classer ces espaces avec des zones rĂ©sidentielles conduirait Ă des comparaisons absurdes.
Le fil conducteur peut ĂȘtre celui de Nadia, chargĂ©e dâĂ©tudes dans une agence dâurbanisme. Pour Ă©valuer lâaccĂšs aux Ă©quipements dâun secteur de Toulouse, elle commence par afficher les contours IRIS, puis superpose les Ă©coles, les arrĂȘts de transport et les commerces. Elle constate quâun groupe scolaire situĂ© Ă la limite de deux mailles dessert en rĂ©alitĂ© les familles des deux cĂŽtĂ©s. La carte statistique devient alors un point de dĂ©part, non une vĂ©ritĂ© suffisante.
La dĂ©marche vaut pour les quartiers de Bordeaux, Lille ou Marseille. Un secteur peut prĂ©senter une population jeune, une forte proportion de logements collectifs et un faible taux de motorisation, tandis que lâIRIS voisin, sĂ©parĂ© par une voie ferrĂ©e, affiche une population plus ĂągĂ©e et davantage de maisons individuelles. La force de la maille tient Ă la comparaison ; sa limite apparaĂźt dĂšs quâon oublie le terrain.
Ce que les catégories IRIS révÚlent sur la démographie et la vie quotidienne
Les statistiques locales prennent une autre dimension lorsquâelles descendent sous le seuil communal. Une ville peut afficher une moyenne rassurante, alors que ses quartiers prĂ©sentent des situations trĂšs contrastĂ©es. LâIRIS permet de repĂ©rer ces Ă©carts sans rĂ©duire les habitants Ă une colonne de tableau.
Le recensement constitue lâune des principales sources mobilisĂ©es Ă cette Ă©chelle. Il renseigne la population, les classes dâĂąge, la taille des mĂ©nages, les types de logements et les conditions dâactivitĂ©. Dâautres bases complĂštent le portrait : revenus fiscaux, emploi, Ă©quipements, mobilitĂ© ou transactions immobiliĂšres. Ensemble, ces informations dessinent des zones gĂ©ographiques plus nuancĂ©es que la seule opposition entre centre-ville et pĂ©riphĂ©rie.
Dans un secteur ancien de Nantes ou de Strasbourg, la part Ă©levĂ©e de petits logements peut sâaccompagner dâune forte prĂ©sence de personnes seules et de jeunes actifs. Ă quelques rues de lĂ , un IRIS composĂ© de rĂ©sidences familiales peut afficher une structure dâĂąge diffĂ©rente, davantage de mĂ©nages avec enfants et une pression particuliĂšre sur les Ă©coles. Les deux secteurs appartiennent parfois au mĂȘme quartier dans le langage courant, mais ne rĂ©pondent pas aux mĂȘmes besoins.
Lire les chiffres sans fabriquer un portrait automatique
Un indicateur ne raconte jamais Ă lui seul la vie dâun secteur. Une forte densitĂ© peut signaler un habitat collectif compact, mais aussi la prĂ©sence dâune rĂ©sidence Ă©tudiante. Un revenu mĂ©dian Ă©levĂ© peut reflĂ©ter quelques immeubles rĂ©cents et masquer une rue de logements sociaux. Une baisse de population peut provenir dâune dĂ©molition suivie dâun chantier, plutĂŽt que dâun dĂ©part durable des habitants.
Le temps statistique doit donc ĂȘtre respectĂ©. Les gĂ©ographies de rĂ©fĂ©rence ont Ă©voluĂ© depuis la crĂ©ation des IRIS pour le recensement de 1999. Une retouche limitĂ©e a Ă©tĂ© opĂ©rĂ©e en 2008, principalement pour intĂ©grer des transformations importantes de la voirie et de la dĂ©mographie. Elle concernait environ une centaine dâIRIS, prĂ©cisĂ©ment afin de prĂ©server la continuitĂ© des sĂ©ries.
Cette continuitĂ© a un prix : certains IRIS ont changĂ© de profil sans changer de type. Une zone autrefois rĂ©sidentielle peut accueillir une concentration dâemplois, ou un secteur dâactivitĂ© se transformer en quartier de logements. Les utilisateurs doivent donc lire les donnĂ©es avec leur annĂ©e, leur dĂ©finition et leur source, plutĂŽt que dâattribuer une signification permanente au nom dâun secteur.
Ă AngoulĂȘme, une lecture attentive peut relier les donnĂ©es du recensement Ă des lieux concrets : la gare, le plateau, les rues commerçantes ou les abords du fleuve Charente. Un quartier mentionnĂ© dans un rĂ©cit consacrĂ© aux secteurs Ă observer en 2026 ne forme pas forcĂ©ment une unitĂ© statistique unique. Les tendances dĂ©crites dans un article de terrain doivent ĂȘtre confrontĂ©es aux mailles de lâInsee avant toute comparaison.
Le mĂȘme raisonnement sâapplique au choix rĂ©sidentiel. Une famille qui Ă©tudie la prĂ©sence dâĂ©coles, de commerces et dâespaces verts gagnera Ă croiser les IRIS avec les Ă©quipements rĂ©ellement accessibles Ă pied. La frontiĂšre statistique peut passer derriĂšre un immeuble, tandis que le trajet quotidien contourne une avenue trĂšs frĂ©quentĂ©e.
La donnĂ©e territoriale devient utile lorsquâelle est replacĂ©e dans un rĂ©cit de mobilitĂ©, de logement et de services. Un chiffre dĂ©crit une maille ; lâanalyse urbaine doit expliquer la vie qui circule entre les mailles.
Pourquoi lâannĂ©e de gĂ©ographie IRIS est dĂ©cisive pour comparer les quartiers
Une carte nâest jamais seulement une image. Elle porte une date, une mĂ©thode et une sĂ©rie de choix techniques. Pour lâIRIS, cette prĂ©cision est essentielle : comparer une statistique de 2009 avec une autre de 2026 sans vĂ©rifier les contours peut donner lâimpression dâune Ă©volution dĂ©mographique alors que la limite gĂ©ographique a changĂ©.
LâInsee identifie les millĂ©simes par leur gĂ©ographie de rĂ©fĂ©rence. On peut ainsi rencontrer des expressions comme « IRIS-gĂ©ographie 1999 » ou « IRIS-gĂ©ographie 2008 ». Ces mentions indiquent le fond territorial utilisĂ© pour agrĂ©ger et diffuser les donnĂ©es. Elles jouent un rĂŽle comparable Ă celui dâune Ă©dition dans un atlas : le nom du lieu reste parfois identique, mais le pĂ©rimĂštre doit ĂȘtre contrĂŽlĂ©.
La table dâappartenance gĂ©ographique au 1er janvier 2026 constitue la rĂ©fĂ©rence contemporaine pour rattacher les IRIS Ă diffĂ©rentes catĂ©gories : commune, unitĂ© urbaine, aire dâattraction ou autres zonages. Les tables 2024 et 2025 permettent, elles, de comprendre les changements rĂ©cents et de vĂ©rifier les correspondances. Pour une Ă©tude longitudinale, les tables de passage sont plus sĂ»res quâun simple rapprochement par libellĂ©.
Les modifications communales et leurs effets discrets
Les transformations de la gĂ©ographie communale peuvent affecter les contours : fusion de communes, crĂ©ation ou rĂ©tablissement dâune commune, Ă©change de parcelles. Une frontiĂšre administrative dĂ©placĂ©e peut modifier lâappartenance dâun IRIS, mĂȘme si les rues, les bĂątiments et les habitudes des habitants semblent inchangĂ©s.
Les erreurs documentĂ©es montrent aussi pourquoi il faut consulter les versions corrigĂ©es. Une anomalie concernant lâunitĂ© urbaine du Mans et le classement de Mulsanne dans le zonage 2020 a Ă©tĂ© corrigĂ©e dans les tables diffusĂ©es le 28 septembre 2022 pour les millĂ©simes 2021 et 2022. Cette prĂ©cision nâest pas un dĂ©tail de spĂ©cialiste : une mauvaise appartenance peut fausser un tableau comparatif, une carte ou une dĂ©cision dâamĂ©nagement.
Les bases gĂ©ographiques demandent la mĂȘme vigilance. Les contours disponibles sur data.gouv.fr ou produits Ă partir des donnĂ©es de lâIGN peuvent ĂȘtre proposĂ©s dans des projections diffĂ©rentes. Un fichier de limites IRIS en WGS84 ne se manipule pas exactement comme une couche locale dans un systĂšme projetĂ©. Pour une lecture simple, cette distinction est invisible ; pour une cartographie prĂ©cise, elle peut dĂ©placer les superpositions.
Le cas dâune agence immobiliĂšre illustre le problĂšme. Elle souhaite comparer le prix mĂ©dian de logements dans un secteur rebaptisĂ© par ses habitants « les Docks ». Si son pĂ©rimĂštre commercial sâappuie sur trois IRIS actuels mais que ses donnĂ©es anciennes reprennent une gĂ©ographie antĂ©rieure, la hausse apparente peut mĂ©langer effet de prix et effet de dĂ©coupage.
Une méthode rigoureuse commence donc par quatre vérifications : identifier le millésime, conserver le code IRIS, vérifier le contour, puis documenter la source. Les libellés peuvent varier, notamment aprÚs des corrections de noms, alors que les codes et les tables de correspondance permettent de suivre plus précisément les unités.
La comparaison devient encore plus dĂ©licate lorsque les statistiques sont protĂ©gĂ©es par le secret. Certaines variables sensibles ne sont pas diffusĂ©es Ă lâĂ©chelle IRIS. LâInsee utilise alors le TRIRIS, un regroupement de plusieurs IRIS, souvent trois, afin dâoffrir une population suffisante et de limiter les risques dâidentification.
Choisir le bon millĂ©sime, câest prĂ©server la mĂ©moire statistique du quartier. Sans cette discipline, une carte prĂ©cise en apparence peut raconter une histoire gĂ©ographique fausse.
Comment utiliser un IRIS sans confondre statistiques locales et réalité urbaine
LâIRIS est une excellente porte dâentrĂ©e vers les donnĂ©es, Ă condition de ne pas lui demander de remplacer lâobservation. Une ville ne se rĂ©sume pas Ă ses mailles. Les habitants franchissent les limites pour travailler, conduire les enfants Ă lâĂ©cole, faire leurs courses ou rejoindre un jardin public. Le quartier vĂ©cu est mobile, tandis que la statistique doit rester stable.
Pour une Ă©tude de secteur, la premiĂšre Ă©tape consiste Ă dĂ©finir la question. Cherche-t-on Ă mesurer la population ĂągĂ©e, les logements vacants, la prĂ©sence dâemplois, le niveau de revenus ou lâaccĂšs aux Ă©quipements ? Chaque objectif appelle des indicateurs diffĂ©rents. Une carte de densitĂ© ne rĂ©pond pas Ă une question sur la qualitĂ© des espaces publics, pas plus quâun revenu mĂ©dian ne mesure la convivialitĂ© dâune rue.
La deuxiĂšme Ă©tape consiste Ă choisir le pĂ©rimĂštre. Le nom dâun quartier trouvĂ© sur un site municipal, une agence ou un article de presse peut recouvrir plusieurs IRIS. Ă lâinverse, un seul IRIS peut ĂȘtre partagĂ© entre plusieurs identitĂ©s locales. Les contours doivent donc ĂȘtre affichĂ©s avant lâinterprĂ©tation.
Une méthode concrÚte pour lire un territoire
Nadia, lâanalyste Ă©voquĂ©e plus haut, travaille dĂ©sormais sur un projet de transformation dâune ancienne zone dâactivitĂ©s. Elle commence par consulter la table IRIS 2026, puis relĂšve la population, les logements et les emplois. Ensuite, elle compare les donnĂ©es avec les bases de voirie, les Ă©quipements scolaires et la localisation des transports. Enfin, elle marche sur place.
Dans une rue bordĂ©e dâimmeubles rĂ©cents, elle observe que lâarrĂȘt de bus le plus proche se trouve de lâautre cĂŽtĂ© dâun carrefour difficile Ă traverser. La carte indique une distance de 350 mĂštres ; le parcours rĂ©el en fait presque 600. La donnĂ©e nâest pas fausse, mais elle ne suffit pas Ă dĂ©crire lâaccessibilitĂ© quotidienne.
Cette sĂ©quence montre comment articuler plusieurs niveaux. Les statistiques locales Ă©tablissent une structure gĂ©nĂ©rale. Les fonds de carte prĂ©cisent les limites. Les Ă©quipements et les rĂ©seaux expliquent les usages. Lâobservation de terrain rĂ©vĂšle les obstacles, les raccourcis et les lieux de rencontre que la base statistique ne peut pas enregistrer.
Les habitants eux-mĂȘmes peuvent apporter une information prĂ©cieuse. Une place, un marchĂ© ou une Ă©cole peut jouer le rĂŽle de centralitĂ© pour plusieurs IRIS. Ă AngoulĂȘme, un marchĂ© associĂ© Ă un nom de quartier peut attirer des mĂ©nages venus dâun pĂ©rimĂštre plus large. Ă Marseille, un boulevard peut sĂ©parer deux mailles administratives tout en reliant quotidiennement leurs commerces et leurs transports.
Pour les projets immobiliers, le croisement des sources est Ă©galement indispensable. Les prix issus de la base DVF, les donnĂ©es notariales, les caractĂ©ristiques du parc de logements et les indicateurs de population ne portent pas toujours sur le mĂȘme champ. Une transaction est localisĂ©e Ă une adresse, une donnĂ©e de recensement Ă une maille, et une estimation commerciale Ă un pĂ©rimĂštre choisi par lâentreprise.
La mĂȘme prĂ©caution vaut pour les articles consacrĂ©s aux quartiers Ă surveiller. Un secteur peut ĂȘtre dĂ©crit comme en transformation parce quâune gare, une friche ou un Ă©quipement culturel modifie les flux. Pour savoir si cette transformation touche rĂ©ellement les habitants, il faut examiner la population, les logements, les emplois et la chronologie des opĂ©rations.
Le lecteur qui souhaite comparer plusieurs secteurs peut consulter un guide consacrĂ© au choix dâun quartier, puis vĂ©rifier chaque information avec les bases publiques. Une autre ressource sur les quartiers adaptĂ©s aux familles rappelle utilement que les Ă©coles, les trajets et les services doivent ĂȘtre observĂ©s ensemble, plutĂŽt quâĂ partir dâun seul classement.
LâIRIS nâest donc ni une Ă©tiquette commerciale ni une frontiĂšre affective. Câest un instrument de mesure, efficace lorsque son pĂ©rimĂštre, son millĂ©sime et ses limites sont clairement Ă©tablis. La bonne lecture consiste Ă passer de la carte au terrain, puis du terrain aux donnĂ©es.
Pour comprendre un quartier en une heure, il suffit de choisir une rue qui traverse deux IRIS, de relever les limites sur la table Insee du 1er janvier 2026, puis de parcourir le trajet Ă pied : lâĂ©cart entre la maille statistique et la ville vĂ©cue apparaĂźt alors avec une nettetĂ© rare.
Sources mobilisĂ©es : Insee, « Iris » et tables dâappartenance gĂ©ographique des IRIS, gĂ©ographies 1999, 2008 et 2026 ; Insee, donnĂ©es du recensement de la population ; data.gouv.fr, contours gĂ©ographiques des IRIS ; IGN, fonds gĂ©ographiques ; Commission nationale de lâinformatique et des libertĂ©s, principes de diffusion statistique et de secret statistique.
Quelle est la dĂ©finition exacte dâun IRIS ?
Un IRIS est une maille infra-communale créée par lâInsee pour diffuser des statistiques Ă une Ă©chelle plus fine que la commune. Il regroupe gĂ©nĂ©ralement autour de 2 000 habitants, selon des limites gĂ©ographiques identifiables et relativement stables.
Un IRIS correspond-il à un quartier vécu ?
Pas nĂ©cessairement. Un quartier vĂ©cu repose sur les pratiques, les habitudes et les reprĂ©sentations des habitants, tandis quâun IRIS est une unitĂ© statistique. Les deux pĂ©rimĂštres peuvent coĂŻncider, mais ils peuvent aussi se recouvrir partiellement ou diffĂ©rer nettement.
Quels sont les trois types dâIRIS ?
LâInsee distingue les IRIS dâhabitat, les IRIS dâactivitĂ© et les IRIS divers. Les premiers sont principalement rĂ©sidentiels, les deuxiĂšmes concentrent les emplois, et les derniers correspondent notamment Ă de grandes zones peu habitĂ©es comme des parcs, des ports ou des forĂȘts.
Pourquoi faut-il prĂ©ciser lâannĂ©e de gĂ©ographie ?
Les contours peuvent évoluer à la suite de modifications de voirie, de changements démographiques ou de transformations communales. Mentionner la géographie 1999, 2008, 2025 ou 2026 permet de comparer des données produites sur des périmÚtres cohérents.
Ă quoi sert un TRIRIS ?
Un TRIRIS regroupe généralement plusieurs IRIS afin de diffuser certaines variables sensibles tout en respectant le secret statistique. Il est utilisé lorsque la maille IRIS est trop petite pour garantir la protection des personnes et des ménages.