Ă lâheure du dĂ©jeuner, la rue Lulli garde son rythme de coulisse. Entre lâOpĂ©ra et la CanebiĂšre, les pas accĂ©lĂšrent sur le trottoir Ă©troit, puis ralentissent devant une façade discrĂšte oĂč le pain chaud, le poisson et les sauces fermentĂ©es semblent se rĂ©pondre. Ippon ne cherche pas Ă imiter Tokyo ni Ă rejouer Marseille : la petite table organise leur rencontre, derriĂšre un comptoir oĂč lâon voit travailler la brigade.
En bref
- Adresse : Ippon, 7 rue Lulli, dans le 1er arrondissement de Marseille, Ă quelques minutes Ă pied de lâOpĂ©ra.
- Concept : une cantine franco-japonaise qui privilégie les produits locaux, les saisons et les techniques nippones.
- Ăquipe : Christophe Juville, Ferdinand Fravega et RĂ©mi Hernandez, dĂ©jĂ associĂ©s Ă lâaventure Figure Ă Vauban.
- Ă lâassiette : sandos tamago au dĂ©jeuner, huĂźtre panĂ©e au yuzu, bĆuf, maĂŻs et beurre ou propositions invitĂ©es le soir.
- Rythme : service du midi du mardi au samedi, dĂźner du jeudi au samedi, selon les horaires communiquĂ©s par lâĂ©tablissement.
| RepĂšre | Ce quâil faut retenir |
|---|---|
| Situation | 7 rue Lulli, 13001 Marseille, dans le centre-ville entre Opéra et Noailles. |
| IdentitĂ© | Une cantine de petite taille, pensĂ©e autour dâune cuisine fusion mĂ©diterranĂ©enne et japonaise. |
| Midi | Sandos, assiettes rapides mais travaillées, produits de proximité. |
| Soir | Service élargi du jeudi au samedi, avec une séquence plus posée et des plats à partager. |
| Ă observer | Le comptoir ouvert, le dĂ©cor dâAxel Chay et la circulation des assiettes dans une rue en pleine recomposition alimentaire. |
Ippon rue Lulli : une cantine franco-japonaise qui change lâallure du centre de Marseille
Le mot est modeste, lâambition lâest moins. Ă Marseille, une cantine peut dĂ©signer aussi bien une table quotidienne quâun lieu de restauration rapide ; chez Ippon, il sert plutĂŽt Ă annoncer une proximitĂ©. On entre pour manger, sans cĂ©rĂ©monial inutile, mais le geste culinaire ne relĂšve pas de lâassemblage expĂ©diĂ©. Le terme japonais dâizakaya, souvent traduit de façon approximative par « bistrot », Ă©claire mieux lâintention : boire, grignoter, partager et regarder passer la soirĂ©e.
La rue Lulli se dĂ©ploie sur quelques centaines de mĂštres entre les flux de la CanebiĂšre, les façades institutionnelles de lâOpĂ©ra et les rues commerciales du centre. Elle nâa pas le dĂ©cor théùtral du Vieux-Port, ni lâĂ©vidence rĂ©sidentielle de Vauban. Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui la rend fĂ©conde pour la restauration : les employĂ©s y croisent des spectateurs, des habituĂ©s du quartier et des passants venus de Noailles. Ă midi, cette diversitĂ© impose un tempo net. Le soir, elle permet dâautres usages.
Ippon sâest installĂ© au numĂ©ro 7 de la rue Lulli, dans lâancien local de Spok Lulli. Cette continuitĂ© nâest pas anecdotique. Spok a participĂ©, depuis les annĂ©es 2000, Ă installer Ă Marseille et dans plusieurs villes françaises lâidĂ©e dâun dĂ©jeuner rapide attentif Ă la fraĂźcheur des produits. Ippon reprend une partie de cette grammaire de la simplicitĂ©, mais la dĂ©place vers une cuisine plus resserrĂ©e, plus technique, et surtout moins prĂ©visible.
Le nom, empruntĂ© au judo, Ă©voque le point dĂ©cisif obtenu par une prise parfaitement exĂ©cutĂ©e. Dans lâassiette, la rĂ©fĂ©rence nâappelle aucune dĂ©monstration martiale. Elle suggĂšre plutĂŽt la prĂ©cision : une cuisson juste, lâaciditĂ© dâun agrume japonais, une friture nette, une sauce qui ne recouvre pas lâingrĂ©dient principal. Cette retenue compte dans une ville oĂč les goĂ»ts francs, de lâanchois Ă lâaĂŻoli, ne redoutent pourtant pas la puissance.
Le visiteur pressĂ© passe sans voir lâimportance de ces changements discrets. Lâouverture dâun restaurant ne transforme pas seule une rue ; elle indique en revanche quels usages deviennent possibles dans un rez-de-chaussĂ©e. AprĂšs des annĂ©es oĂč lâoffre du centre sâest souvent rĂ©partie entre brasseries, restauration Ă emporter et tables de destination, Ippon occupe une place intermĂ©diaire. On peut y dĂ©jeuner seul au comptoir comme sây attarder Ă plusieurs, sans que lâun des deux usages paraisse dĂ©placĂ©.
Le parti pris répond aussi à une tendance plus large de la gastronomie marseillaise : sortir du face-à -face convenu entre tradition provençale et cuisines du monde figées dans leurs codes. Les chefs travaillent désormais davantage les provenances, les fermentations, les bouillons, les poissons de Méditerranée et les légumes de proximité. La cuisine fusion, expression parfois trop large, trouve ici un sens quand elle ne juxtapose pas des signes exotiques mais relie des techniques à un territoire réel.
La contrepartie existe. Une adresse de petite taille, installĂ©e dans un secteur trĂšs passant, dĂ©pend de sa rĂ©gularitĂ© : service lisible, carte tenue, accueil qui ne sacrifie pas les habituĂ©s aux effets de nouveautĂ©. Le centre de Marseille est gĂ©nĂ©reux mais exigeant ; le bruit, les horaires discontinus et la pression sur les loyers commerciaux y fragilisent les projets trop abstraits. Ippon avance donc sur une ligne prĂ©cise : rester accessible tout en affirmant une identitĂ© culinaire. Câest cette tension qui fait sa place.
Pourquoi lâĂ©quipe dâIppon relie Vauban, Spok et la rue Lulli Ă Marseille
DerriĂšre Ippon, trois parcours dessinent une gĂ©ographie assez marseillaise de lâentrepreneuriat culinaire. Christophe Juville, fondateur des cantines Spok, apporte lâexpĂ©rience dâun modĂšle de restauration dĂ©contractĂ© mais structurĂ©. Ă ses cĂŽtĂ©s, Ferdinand Fravega et RĂ©mi Hernandez sont connus dans le quartier de Vauban pour Figure, un Ă©tablissement qui a trouvĂ© son public aprĂšs son ouverture estivale. La rue Lulli nâest donc pas une tentative isolĂ©e : elle prolonge une conversation dĂ©jĂ engagĂ©e entre diffĂ©rents quartiers de la ville.
Ce quâon oublie souvent, câest que les idĂ©es de restaurant circulent moins vite que les Ă©quipes. Entre Vauban et le centre, il y a moins de trois kilomĂštres Ă vol dâoiseau, mais les clientĂšles, les horaires et les paysages urbains changent fortement. Vauban concentre une vie de quartier rĂ©sidentielle, faite de pentes, dâĂ©coles et de commerces proches. Lulli est une rue de transit, plus compacte, prise dans le mouvement des bureaux, des salles de spectacle et des transports. Adapter une mĂȘme sensibilitĂ© Ă ces deux scĂšnes suppose de revoir la partition.
Le choix de lâancien Spok donne Ă cette installation une profondeur pratique. Il ne sâagit pas seulement de reprendre un local Ă©quipĂ© ; câest aussi de sâinscrire dans une mĂ©moire rĂ©cente de la pause mĂ©ridienne. Beaucoup de Marseillais ont appris Ă identifier ces lieux par leur proposition de plats du jour et leur efficacitĂ©. Ippon conserve cette attention au dĂ©jeuner, notamment avec les sandos, mais lâamĂšne vers un registre oĂč le pain, les Ćufs, les sauces et les garnitures deviennent les Ă©lĂ©ments dâun rĂ©cit plus personnel.
La restauration de centre-ville se joue aujourdâhui dans cette capacitĂ© Ă tenir plusieurs temps de la journĂ©e. Les horaires communiquĂ©s par lâĂ©tablissement prĂ©voient un service de 12 heures Ă 14 h 30 le mardi et le mercredi, puis du jeudi au samedi Ă midi et de 19 heures Ă 23 heures. Cette ouverture vespĂ©rale constitue une Ă©volution importante : elle donne au lieu une seconde vie, quand le quartier quitte la cadence professionnelle et que lâOpĂ©ra, les bars alentour ou les promenades du centre font revenir dâautres visages.
Pour comprendre ce dĂ©placement, il faut regarder le comptoir. Il ne sert pas ici de dĂ©cor. Il organise la salle, rapproche le client du travail de cuisine et rĂ©duit la frontiĂšre entre prĂ©paration et dĂ©gustation. Dans beaucoup de petites tables japonaises, cette proximitĂ© tient Ă la fois de lâĂ©conomie dâespace et de la confiance : le cuisinier nâest pas dissimulĂ©, la cuisson devient visible, les arrivages se commentent. Ă Ippon, cette mise en scĂšne reste sobre. Un dĂ©tail attire lâĆil : la tĂȘte se penche naturellement vers le plan de travail, comme on le ferait dans une cuisine dâamis.
Cette logique explique Ă©galement lâaccueil rĂ©gulier de chefs et cheffes invitĂ©s. Une rĂ©sidence ne vaut pas seulement comme Ă©vĂ©nement ; elle Ă©vite quâune carte se fige. Un cuisinier de passage peut apporter un bouillon, une technique de dĂ©coupe, une lecture diffĂ©rente dâun lĂ©gume du marchĂ© ou une autre maniĂšre de servir le poisson. La formule intĂ©resse un quartier comme Lulli, oĂč les retours frĂ©quents sont essentiels. Les habituĂ©s ne veulent pas nĂ©cessairement lâinĂ©dit permanent ; ils reviennent pour une maison identifiable qui sait nĂ©anmoins se dĂ©placer.
Cette stratĂ©gie comporte un risque, celui de lâadresse conçue uniquement pour lâannonce et la photographie. Or lâĂ©quilibre dâIppon repose plutĂŽt sur le contraire : des associĂ©s qui connaissent les contraintes du service, un local Ă taille humaine et une carte assez souple pour Ă©pouser les saisons. Entre lâexpĂ©rience de Spok et lâĂ©nergie de Figure, le projet cherche moins Ă imposer un modĂšle quâĂ faire tenir une table dans son environnement immĂ©diat. La rue Lulli gagne ainsi un restaurant qui travaille dâabord son quotidien.
La cuisine fusion dâIppon : des produits marseillais travaillĂ©s avec des gestes japonais
Les meilleures rencontres culinaires commencent rarement par un drapeau. Chez Ippon, la promesse franco-japonaise se lit dâabord dans les achats et dans la maniĂšre de traiter les matiĂšres. Les poissons viennent de la MĂ©diterranĂ©e lorsque lâarrivage le permet, les lĂ©gumes sâinscrivent dans le calendrier local, et le pain est fourni par PĂ©trin Couchette. Ce dernier dĂ©tail est dĂ©cisif : un sando ne repose pas uniquement sur sa garniture, il dĂ©pend aussi de la texture, de la chaleur et de la tenue du pain.
Le Cours Julien, Ă environ 900 mĂštres de la rue Lulli, reste lâun des repĂšres alimentaires du centre marseillais. Ses Ă©tals et les commerces voisins rappellent que la saisonnalitĂ© nâest pas un slogan quand il sâagit de construire une carte courte. Un brocoli, une patate douce, une herbe ou une agrume peuvent changer de rĂŽle selon quâils sont frits, marinĂ©s, passĂ©s au charbon ou travaillĂ©s en condiment. La rĂ©fĂ©rence japonaise intervient alors comme un vocabulaire de prĂ©cision, non comme une collection dâobjets culinaires importĂ©s.
Au dĂ©jeuner, les sandos tamago condensent cette mĂ©thode. Le sandwich aux Ćufs paraĂźt simple ; il ne lâest quâen apparence. La texture de lâĆuf, la juste quantitĂ© de sauce, lâassaisonnement et la coupe transforment un encas familier en plat complet. Dans la densitĂ© urbaine de la rue Lulli, ce format rĂ©pond Ă une rĂ©alitĂ© concrĂšte : manger en moins dâune heure sans se rĂ©soudre Ă lâuniformitĂ©. Il ne sâagit pas dâopposer rapiditĂ© et cuisine, mais de prouver quâelles peuvent cohabiter.
Le soir, les assiettes prennent davantage le temps de dĂ©velopper les saveurs. LâhuĂźtre panĂ©e au yuzu en offre un exemple parlant. LâhuĂźtre appartient au rĂ©pertoire maritime français, tandis que le yuzu apporte une aciditĂ© aromatique plus complexe quâun simple citron. La panure ajoute le contraste nĂ©cessaire, mais elle doit rester lĂ©gĂšre pour ne pas effacer lâiode. MĂȘme logique avec le bĆuf, le maĂŻs et le beurre : trois ingrĂ©dients lisibles, dont la rĂ©ussite dĂ©pend du dosage et de la cuisson.
Ă y regarder de prĂšs, la cuisine fusion rĂ©ussie ne rĂ©sulte pas dâune addition mĂ©canique. Un produit local nâest pas « japonais » parce quâon y verse une sauce soja, pas plus quâune recette japonaise ne devient marseillaise parce quâon y ajoute de lâhuile dâolive. Le travail tient dans lâenchaĂźnement : choisir le bon produit, dĂ©finir la technique adaptĂ©e, puis composer une assiette oĂč chaque Ă©lĂ©ment garde son identitĂ©. Cette dĂ©marche rĂ©clame une carte mouvante, donc une certaine attention du client aux disponibilitĂ©s.
Cette souplesse est aussi une limite assumĂ©e. Les personnes qui recherchent les repĂšres fixes dâun menu trĂšs long peuvent ĂȘtre surprises par une offre qui varie selon les produits et les collaborations. Mais cette variation Ă©vite lâeffet de dĂ©cor : elle attache rĂ©ellement le restaurant Ă son marchĂ© et Ă ses fournisseurs. Dans une ville portuaire comme Marseille, habituĂ©e depuis des siĂšcles aux circulations de marchandises et de recettes, cette maniĂšre de cuisiner paraĂźt moins Ă©trangĂšre quâelle nâen a lâair.
Trois assiettes pour lire lâidentitĂ© culinaire dâIppon
- Le sando tamago : un dĂ©jeuner compact, oĂč lâĆuf travaillĂ© et le pain de PĂ©trin Couchette remplacent le sandwich standardisĂ© par une construction prĂ©cise.
- LâhuĂźtre panĂ©e au yuzu : un dialogue entre iode mĂ©diterranĂ©enne, friture lĂ©gĂšre et parfum dâagrume, pensĂ© pour ouvrir le repas sans lâalourdir.
- Le bĆuf, maĂŻs et beurre : une assiette plus terrienne qui montre que lâinspiration japonaise ne se limite ni au cru ni au poisson.
Cette grammaire culinaire a une consĂ©quence simple : Ippon nâest pas une parenthĂšse exotique dans le centre-ville. Câest une table marseillaise qui utilise dâautres outils pour raconter des produits proches. Le rĂ©sultat reste volontairement inattendu, mais il ne paraĂźt jamais plaquĂ©.
Le dĂ©cor dâAxel Chay et le comptoir dâIppon : une expĂ©rience de gastronomie Ă hauteur de rue
La premiĂšre assiette arrive aprĂšs le regard. Chez Ippon, lâamĂ©nagement signĂ© Axel Chay compte parce quâil accompagne la proposition sans lâĂ©craser. Le designer marseillais sâest fait connaĂźtre par un langage fait de volumes francs, de couleurs choisies et de mobilier qui assume la fabrication comme une prĂ©sence. Dans un local de restauration, cette signature peut vite tourner au manifeste. Ici, elle sert plutĂŽt Ă installer une respiration entre le trottoir actif et la concentration de la cuisine.
La rue Lulli nâoffre pas la surface des grandes avenues ni les terrasses amples de certains quartiers plus mĂ©ridionaux. Il faut donc composer avec lâĂ©troitesse, la lumiĂšre changeante et la proximitĂ© des voisins. Le dĂ©cor devient une maniĂšre de ralentir le passage. Les matĂ©riaux, les lignes et la disposition de la salle crĂ©ent une impression de soin qui ne relĂšve pas du luxe ostentatoire. On y croise autant la personne venue chercher un dĂ©jeuner prĂ©cis que le duo installĂ© pour un dĂźner en plusieurs temps.
Le comptoir ouvert joue un rÎle central dans cette mise en scÚne. Dans la restauration contemporaine, la cuisine visible est parfois réduite à un argument visuel. Elle peut aussi devenir une contrainte utile : elle impose de tenir un espace rangé, elle rend les gestes lisibles et elle engage une forme de dialogue silencieux avec la salle. à Ippon, observer une assiette se construire permet de comprendre ce que le menu ne peut pas détailler : le rythme des cuissons, les pinces, les sauces ajoutées à la derniÚre seconde.
Cette proximitĂ© change le rapport Ă la gastronomie. Celle-ci cesse dâĂȘtre une institution distante pour devenir une succession de dĂ©cisions visibles. La cuisine est travaillĂ©e, les dressages sont attentifs, mais le cadre ne demande ni connaissance prĂ©alable ni vocabulaire spĂ©cialisĂ©. Le choix convient particuliĂšrement au centre de Marseille, oĂč le public peut ĂȘtre trĂšs mĂ©langĂ© dans un rayon de quelques rues. Une table qui ne fait pas sentir au client quâil doit appartenir Ă un cercle prĂ©existant possĂšde une force urbaine rĂ©elle.
Il existe toutefois une contrepartie Ă cette intimitĂ©. Dans une petite salle, lâanimation peut devenir sonore, surtout lorsque le service du soir se remplit et que le comptoir concentre les Ă©changes. Ceux qui cherchent un repas trĂšs silencieux prĂ©fĂ©reront des horaires plus calmes, notamment en dĂ©but de service. Mais ce bruit nâest pas un dĂ©faut de conception : il fait partie de la sociabilitĂ© dâune cantine oĂč lâon mange prĂšs du geste et prĂšs des autres.
La dĂ©coration dâAxel Chay prend ainsi un sens plus large que le simple habillage. Elle matĂ©rialise lâidentitĂ© dâune adresse qui refuse les clichĂ©s visuels associĂ©s au Japon, sans effacer lâinspiration japonaise de la cuisine. Pas de dĂ©cor de carte postale, pas de surcharge dâobjets. La rĂ©fĂ©rence passe par lâorganisation, les proportions et la nettetĂ©. Entre le pain, le mĂ©tal des ustensiles et les couleurs de la salle, lâespace devient une extension de lâassiette.
Ce choix rejoint une Ă©volution sensible de la restauration marseillaise : les lieux les plus convaincants sont souvent ceux qui savent faire correspondre lâarchitecture intĂ©rieure, la carte et le rythme du quartier. Ippon ne promet pas une Ă©vasion hors-sol. Il propose mieux : une halte trĂšs construite au milieu dâune rue qui ne sâarrĂȘte jamais tout Ă fait.
Ce quâIppon rĂ©vĂšle de la rue Lulli et de la restauration indĂ©pendante Ă Marseille
Une rue se raconte aussi par ses rez-de-chaussée. La rue Lulli a longtemps été perçue comme une voie pratique du centre, presque un interstice entre des destinations plus célÚbres. Pourtant, depuis plusieurs années, les commerces de bouche et les cafés y composent une autre lecture du quartier. Ippon participe à ce mouvement en attirant une clientÚle qui ne vient pas seulement « manger japonais », mais chercher une forme de cuisine contemporaine ancrée dans Marseille.
Cette Ă©volution ne gomme pas les contrastes du secteur. Ă quelques minutes de marche, lâOpĂ©ra de Marseille, inaugurĂ© dans sa forme actuelle en 1924, rappelle le poids culturel et architectural du quartier. Plus loin, Noailles conserve une intensitĂ© commerciale et populaire incomparable. Entre ces deux polaritĂ©s, Lulli tient un rĂŽle de passage. La multiplication dâadresses de restauration y produit un effet de couture : elle donne des raisons de sâarrĂȘter dans un espace oĂč lâon ne faisait auparavant que transiter.
Le phĂ©nomĂšne doit ĂȘtre observĂ© sans lyrisme excessif. LâarrivĂ©e de tables plus dessinĂ©es ou de concepts culinaires Ă©laborĂ©s participe Ă la valorisation commerciale dâun centre-ville, mais elle ne rĂ©sout ni les inĂ©galitĂ©s dâaccĂšs, ni les difficultĂ©s structurelles des petits commerces. Les loyers, les coĂ»ts de lâĂ©nergie, les achats de matiĂšre premiĂšre et le recrutement pĂšsent sur chaque Ă©tablissement. Pour une maison indĂ©pendante, fidĂ©liser compte autant que faire parler dâelle au moment de lâouverture.
Ippon dispose de plusieurs atouts dans cette Ă©quation. Son Ă©quipe connaĂźt la restauration de flux grĂące Ă lâexpĂ©rience Spok. Son lien avec Figure lui donne une continuitĂ© crĂ©ative. Son menu, enfin, se nourrit de produits et de fournisseurs identifiables plutĂŽt que dâun imaginaire interchangeable. Le pain de PĂ©trin Couchette ou les lĂ©gumes achetĂ©s au grĂ© des disponibilitĂ©s locales racontent une Ă©conomie de proximitĂ©, mĂȘme lorsque les techniques regardent vers le Japon.
La logique des chefs invitĂ©s mĂ©rite Ă©galement dâĂȘtre soulignĂ©e. Elle transforme la salle en lieu de circulation professionnelle, Ă une Ă©chelle bien diffĂ©rente des grands festivals ou des dĂ©monstrations mĂ©diatiques. Un dĂźner ponctuel peut faire dĂ©couvrir une cuisine, faire travailler un producteur nouveau, ou donner Ă une jeune brigade lâoccasion dâexpĂ©rimenter. Dans une ville oĂč la scĂšne culinaire sâest considĂ©rablement diversifiĂ©e depuis les annĂ©es 2010, ces formats lĂ©gers comptent autant que les ouvertures trĂšs mĂ©diatisĂ©es.
Le quartier respire alors autrement. Ă midi, la rue Lulli absorbe les rythmes de travail ; le soir, elle devient un prolongement possible des sorties du centre. Ippon accompagne ce double mouvement grĂące Ă des horaires distincts : dĂ©jeuner du mardi au samedi et dĂźner du jeudi au samedi, avec une amplitude annoncĂ©e jusquâĂ 23 heures les soirs de service. Cette organisation nâa rien dâanodin : elle inscrit le restaurant dans les temporalitĂ©s rĂ©elles de Marseille plutĂŽt que dans une promesse abstraite de disponibilitĂ© permanente.
Pour suivre cette transformation sans rĂ©duire la ville Ă ses nouvelles tables, il faut aussi regarder les usages ordinaires. Un employĂ© qui sâarrĂȘte pour un sando, une voisine qui choisit une assiette du soir, un amateur de cuisine venu voir un chef invitĂ© : chacun utilise le lieu diffĂ©remment. Cette pluralitĂ© protĂšge mieux une adresse que la recherche dâune clientĂšle unique. Ippon fait donc plus que renouveler une carte ; il montre comment une petite surface peut fabriquer du lien urbain, Ă condition de rester fidĂšle Ă son rythme et Ă ses produits.
Pour saisir lâesprit dâIppon, il faut sâinstaller au comptoir un jeudi soir et regarder, sans se presser, lâhuĂźtre ou le poisson passer de la cuisine Ă lâassiette : la rue Lulli se raconte alors dans un geste prĂ©cis.
Sources et informations pratiques
Les informations sur lâadresse, les associĂ©s, lâancien local Spok, le dĂ©cor dâAxel Chay, les produits citĂ©s et les horaires proviennent des communications publiques dâIppon et des prĂ©sentations de lâĂ©tablissement par la presse gastronomique marseillaise, consultĂ©es en 2026. Pour le contexte patrimonial, voir les ressources de la Ville de Marseille consacrĂ©es Ă lâOpĂ©ra. Pour prolonger la lecture, consulter aussi notre repĂšre sur les marchĂ©s autour du Cours Julien, notre dĂ©cryptage des commerces de proximitĂ© et la carte interactive du centre de Marseille.
OĂč se trouve Ippon Ă Marseille ?
Ippon est situĂ© au 7 rue Lulli, dans le 1er arrondissement de Marseille, entre lâOpĂ©ra et les rues commerçantes du centre-ville.
Quel type de cuisine propose Ippon ?
LâĂ©tablissement propose une cuisine franco-japonaise construite autour de produits locaux et saisonniers, de poissons mĂ©diterranĂ©ens, de lĂ©gumes du marchĂ© et de techniques japonaises.
Que peut-on manger chez Ippon le midi ?
Le déjeuner met notamment en avant les sandos tamago, ainsi que des assiettes adaptées à une pause courte sans renoncer au travail des produits et des sauces.
Ippon est-il ouvert le soir ?
Selon les horaires communiquĂ©s par lâĂ©tablissement, Ippon ouvre le soir du jeudi au samedi, de 19 heures Ă 23 heures.
Qui sont les fondateurs dâIppon ?
Le projet réunit Christophe Juville, fondateur de Spok, ainsi que Ferdinand Fravega et Rémi Hernandez, déjà associés au restaurant Figure dans le quartier de Vauban.