Ă lâextrĂ©mitĂ© de Montredon, le calcaire se plisse sous les pins. DerriĂšre un figuier et les sentiers secs qui regardent la rade de Marseille, une ouverture sombre rompt la blancheur de la roche : la grotte Rolland, cavitĂ© discrĂšte et chargĂ©e de rĂ©cits.
Le promeneur y arrive aprĂšs avoir quittĂ© les derniĂšres maisons du 8e arrondissement. La ville reste proche, avec ses bus, ses immeubles et le ruban du boulevard de la Grotte-Rolland ; pourtant, le silence des Calanques reprend vite le dessus. Câest lĂ que sâest installĂ©e une lĂ©gende de trĂ©sor cachĂ©, de brigands et de recherches obstinĂ©es.
En bref
- La grotte Rolland se trouve derriĂšre Montredon, Ă Marseille, au seuil du parc national des Calanques.
- Son nom est associé à Rolland, un bandit légendaire auquel la tradition attribue un butin jamais retrouvé.
- La cavitĂ© sâest formĂ©e dans des calcaires du CrĂ©tacĂ© infĂ©rieur, il y a environ 139 Ă 132 millions dâannĂ©es.
- LâaccĂšs Ă lâintĂ©rieur est interdit : gouffres, instabilitĂ© et faune souterraine rendent toute exploration dangereuse.
- La marche jusquâĂ son entrĂ©e offre un regard singulier sur Marseilleveyre, la rade et les lisiĂšres habitĂ©es des Calanques.
| RepĂšre | Ce quâil faut retenir |
|---|---|
| Situation | Montredon, 8e arrondissement de Marseille, Ă lâentrĂ©e orientale du parc national des Calanques. |
| Origine gĂ©ologique | Excavation façonnĂ©e par une circulation dâeau souterraine dans des calcaires valanginiens. |
| Récit populaire | Un brigand nommé Rolland aurait caché sa fortune dans les profondeurs de la cavité. |
| AccÚs | Approche pédestre possible ; entrée souterraine fermée et interdite au public. |
| Point de vigilance | Terrain caillouteux, chaleur estivale, réglementation saisonniÚre du massif et protection des espÚces. |
La grotte mystérieuse des Calanques, à la frontiÚre de Marseille et du massif
La grotte Rolland nâest pas un paysage isolĂ©. Elle appartient Ă cette lisiĂšre marseillaise oĂč les rues finissent presque sans transition contre les collines. Depuis Montredon, le bĂąti descend vers la mer tandis que le massif de Marseilleveyre Ă©lĂšve ses pentes pĂąles au-dessus des jardins, des anciennes bastides et des voies Ă©troites. Cette proximitĂ© explique une part de son pouvoir dâattraction : la cavitĂ© paraĂźt surgir Ă deux pas de la ville, sans appartenir tout Ă fait Ă la ville.
Le site se situe dans le pĂ©rimĂštre du Parc national des Calanques, créé en 2012. Cet espace protĂ©gĂ© couvre environ 8 500 hectares terrestres et 43 500 hectares marins, de Marseille Ă La Ciotat, selon lâĂ©tablissement public du parc. Sa façade littorale reprĂ©sente prĂšs de 68 kilomĂštres de cĂŽtes. Les chiffres donnent une idĂ©e de lâĂ©chelle, mais ils ne disent pas tout de la sensation Ă©prouvĂ©e sur ce seuil : derriĂšre les lotissements de Montredon, le relief impose soudain ses plis, ses barres calcaires et ses combes ravinĂ©es.
La grotte elle-mĂȘme rĂ©sulte dâun long travail de lâeau. Les calcaires dans lesquels elle sâouvre datent du Valanginien, Ă©tage du CrĂ©tacĂ© infĂ©rieur compris entre environ 139 et 132 millions dâannĂ©es. Une circulation souterraine a progressivement Ă©largi les fractures de la roche, crĂ©ant une excavation plus profonde quâelle nâen a lâair depuis lâextĂ©rieur. Le visiteur pressĂ© passe sans voir la gĂ©ologie, pourtant elle commande toute lâhistoire du lieu : eau rare en surface, abri stable, fraĂźcheur relative et recoins invisibles depuis les chemins.
Ce quâon oublie souvent, câest que les grottes sont aussi des archives de paysages. Avant dâĂȘtre un dĂ©cor pour rĂ©cits de brigands, celle-ci a pu attirer des hommes cherchant un point dâeau, une protection contre le mistral ou un abri temporaire. La prĂ©sence humaine ancienne dans les massifs marseillais est largement documentĂ©e par lâarchĂ©ologie rĂ©gionale, notamment dans plusieurs cavitĂ©s du littoral. Pour la grotte Rolland, les rĂ©cits locaux ont volontiers mĂȘlĂ© les observations de terrain, les traditions orales et les interprĂ©tations aventureuses.
Une attribution revient rĂ©guliĂšrement dans les textes diffusĂ©s sur le site : celle de Jacques Boucher de Perthes. Fonctionnaire des douanes, Ă©rudit et pionnier de la prĂ©histoire au XIXe siĂšcle, il a jouĂ© un rĂŽle majeur dans la reconnaissance de lâanciennetĂ© de lâhumanitĂ© grĂące Ă ses travaux menĂ©s dans la vallĂ©e de la Somme. LâidĂ©e quâil aurait Ă©tudiĂ© la grotte Rolland dĂšs 1805 relĂšve en revanche dâune chronologie fragile : nĂ© en 1788, il nâavait alors que 17 ans et ses recherches fondatrices sont postĂ©rieures. Cette confusion raconte quelque chose de prĂ©cieux : au dĂ©but du siĂšcle dernier, les cavitĂ©s marseillaises Ă©taient dĂ©jĂ perçues comme des portes entrouvertes sur un temps beaucoup plus ancien.
Le massif attire aujourdâhui plus de trois millions de visites annuelles, estimation rĂ©guliĂšrement reprise par le Parc national des Calanques. Cette frĂ©quentation constitue un atout pour la connaissance du territoire, mais elle use les sentiers et fragilise les sols. Ă proximitĂ© de la grotte Rolland, les passages rĂ©pĂ©tĂ©s ont marquĂ© la roche et les talus. Une cavitĂ© fermĂ©e ne doit donc pas ĂȘtre comprise comme un refus dâaccueil, mais comme une protection concrĂšte dâun milieu que lâon connaĂźt encore imparfaitement.
Ă y regarder de prĂšs, la grotte Rolland rĂ©sume la gĂ©ographie marseillaise : une mĂ©tropole serrĂ©e contre une nature abrupte, des lĂ©gendes nĂ©es dans les plis du relief et une frontiĂšre toujours mouvante entre accĂšs et prĂ©servation. Câest moins un dĂ©cor retirĂ© quâun morceau de massif tenu Ă portĂ©e de ville.
Lâhistoire incroyable du bandit lĂ©gendaire Rolland et de son trĂ©sor cachĂ©
Le nom suffit Ă ouvrir le rĂ©cit. Rolland serait un brigand, chef dâune petite bande qui aurait rançonnĂ© voyageurs et habitants des environs avant de dissimuler son butin dans la cavitĂ©. Selon les versions, lâhomme aurait vĂ©cu au Moyen Ăge ou au XVIIIe siĂšcle. Cette hĂ©sitation nâest pas un dĂ©tail : elle montre que la lĂ©gende a circulĂ© et changĂ© de forme, plutĂŽt quâelle ne repose sur un dossier judiciaire solidement Ă©tabli.
Le Parc national des Calanques reprend lui-mĂȘme cette tradition avec prudence : la grotte tiendrait son nom dâun bandit nommĂ© Rolland, qui sây serait cachĂ© avec sa bande et y aurait entreposĂ© une fortune accumulĂ©e par les pillages. Le conditionnel a son importance. Aucun inventaire ancien, aucune dĂ©couverte monĂ©taire reconnue, aucune archive locale ne vient attester lâexistence dâun coffre enfoui dans la âGalerie du TrĂ©sorâ. Mais les lieux sans certitude sont souvent ceux qui rĂ©sistent le mieux au temps.
La topographie rend lâhistoire crĂ©dible Ă premiĂšre vue. Depuis la cavitĂ©, les chemins secondaires permettent de gagner les crĂȘtes et de surveiller les passages entre Marseille, Mazargues, la Pointe Rouge et les reliefs qui conduisent vers Cassis. Avant les routes modernes, le territoire Ă©tait moins continu quâaujourdâhui. Les vallons, les pistes muletiĂšres et les replis de roche formaient une gĂ©ographie pratique pour qui voulait disparaĂźtre aprĂšs une mauvaise affaire.
Dans les rĂ©cits populaires, Rolland nâest jamais seulement un voleur. Il devient une silhouette de frontiĂšre, capable de connaĂźtre chaque passage et de faire de la roche un alliĂ©. Cette figure appartient Ă une grande famille mĂ©diterranĂ©enne : contrebandiers, pirates de cĂŽte, dĂ©serteurs ou chefs de bande ont longtemps peuplĂ© les histoires des reliefs difficiles dâaccĂšs. La mer toute proche ajoute Ă lâimaginaire. Une fortune cachĂ©e dans une grotte peut venir dâun convoi attaquĂ©, dâun commerce clandestin ou dâun pillage ; le rĂ©cit ne choisit pas, et cette imprĂ©cision lui donne sa force.
Au XVIIe siĂšcle, dâautres bruits ont alimentĂ© le mystĂšre. La cavitĂ© aurait servi de cadre Ă des cĂ©rĂ©monies occultes, avec des histoires de possession, de profanation et de cannibalisme. Ces Ă©pisodes, extrĂȘmement spectaculaires, ne reposent pas sur des sources historiques Ă©tablies. Ils relĂšvent du folklore noir attachĂ© Ă de nombreuses grottes europĂ©ennes, oĂč lâobscuritĂ© transforme vite une salle humide en théùtre du diable. Il faut les entendre comme des rĂ©cits de peur, non comme des faits dĂ©montrĂ©s.
Ce qui est documentĂ©, en revanche, câest la persistance de la chasse au butin. Des gĂ©nĂ©rations de curieux ont tentĂ© une exploration clandestine de la cavitĂ©, parfois en grattant les parois ou en creusant dans les zones argileuses. Natura Marseille signale que cette quĂȘte a endommagĂ© plusieurs concrĂ©tions, notamment des stalactites et stalagmites prĂ©levĂ©es ou cassĂ©es. La promesse dâor a ainsi produit des pertes rĂ©elles : une gĂ©ologie patiemment construite par lâeau a Ă©tĂ© abĂźmĂ©e en quelques gestes.
Le mot anglais treasure hunt circule dĂ©sormais sur les rĂ©seaux sociaux pour dĂ©signer ce type dâaventures. Il masque parfois une rĂ©alitĂ© moins romanesque : pĂ©nĂ©trer dans une grotte fermĂ©e, franchir une barriĂšre ou dĂ©placer des pierres nâa rien dâun jeu. Dans les Calanques, les lĂ©gendes doivent rester des rĂ©cits de marche et dâimagination, pas devenir un prĂ©texte Ă dĂ©grader un habitat ou Ă se mettre en danger.
La fortune de Rolland nâa jamais reparu. Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui maintient le bandit dans la mĂ©moire marseillaise : un trĂ©sor trouvĂ© aurait clos lâhistoire ; un trĂ©sor absent la laisse ouverte, entre la roche et les rumeurs.
Pourquoi lâexploration de la grotte Rolland demeure interdite et nĂ©cessairement limitĂ©e
LâentrĂ©e impressionne par ses proportions. Elle mesure environ trois mĂštres de haut, assez pour donner lâillusion dâun accĂšs simple. Pourtant, cette premiĂšre impression est trompeuse. DerriĂšre la lumiĂšre du jour, le sol se dĂ©robe, les pentes se compliquent et plusieurs zones prĂ©sentent des risques de chute. Des barriĂšres ferment donc lâaccĂšs Ă la partie souterraine. Leur prĂ©sence ne relĂšve pas dâun excĂšs de prĂ©caution : elle rĂ©pond Ă une configuration intĂ©rieure rĂ©ellement dangereuse.
Les descriptions anciennes de la cavitĂ© Ă©voquent une descente vers la âChapelle du Diableâ, vaste salle de plus de 20 mĂštres de hauteur pour environ 10 mĂštres de diamĂštre. Deux grandes stalagmites y ont Ă©tĂ© signalĂ©es, dĂ©jĂ abĂźmĂ©es par les recherches de trĂ©sor et les intrusions passĂ©es. Plus loin, une salle plus argileuse a reçu le nom de âGalerie du TrĂ©sorâ, prĂ©cisĂ©ment parce que des excavations y ont Ă©tĂ© pratiquĂ©es. Les noms frappent lâimagination, mais ils ne constituent pas une invitation Ă vĂ©rifier par soi-mĂȘme leur existence.
La grotte abrite une biodiversitĂ© discrĂšte. Les chauves-souris y trouvent ce que la ville et les milieux trĂšs frĂ©quentĂ©s offrent rarement : une obscuritĂ© complĂšte, une tempĂ©rature relativement stable, des volumes de repos et peu de dĂ©rangement lorsque les accĂšs sont respectĂ©s. Ces mammifĂšres ne sont pas des figurants dans le rĂ©cit de Rolland. Ils participent Ă lâĂ©quilibre Ă©cologique local en consommant notamment de nombreux insectes, et plusieurs espĂšces sont protĂ©gĂ©es par la rĂ©glementation française.
Un dĂ©tail attire lâĆil des naturalistes : la prĂ©sence dâinvertĂ©brĂ©s adaptĂ©s au monde souterrain. Le Duvalius, colĂ©optĂšre aveugle, illustre cette spĂ©cialisation. Dans lâobscuritĂ© profonde, la vue ne procure plus dâavantage ; lâanimal sâappuie davantage sur ses organes tactiles et chimiques. Lâiule fĂ©tide, mille-pattes aux dĂ©fenses odorantes, complĂšte ce petit peuple de lâombre. Leur existence rappelle que lâintĂ©rieur dâune cavitĂ© nâest pas vide, mĂȘme lorsquâaucun grand animal ne sây montre.
Ce milieu fragile souffre vite des interventions humaines. Une lampe puissante modifie les comportements de la faune. Le piĂ©tinement compactant lâargile peut perturber les microhabitats. Les inscriptions et les prĂ©lĂšvements dĂ©figurent les parois. Quant aux concrĂ©tions, elles poussent Ă une lenteur presque inimaginable : une stalactite nâest pas une dĂ©coration minĂ©rale renouvelable, mais le produit de milliers dâannĂ©es de dĂ©pĂŽts calcaires. La casser pour emporter un souvenir revient Ă effacer une durĂ©e qui dĂ©passe de trĂšs loin celle dâune vie humaine.
Les risques physiques sâajoutent Ă cette vulnĂ©rabilitĂ©. Une chute dans un gouffre, une glissade sur lâargile ou une dĂ©sorientation sans Ă©clairage adaptĂ© peuvent mobiliser les secours dans un terrain difficile. Le massif des Calanques est rĂ©guliĂšrement soumis Ă des restrictions dâaccĂšs en pĂ©riode estivale, lorsque le danger incendie est Ă©levĂ©. Les conditions changent vite : chaleur, manque dâeau, vent et terrain coupant composent un environnement qui demande de la prĂ©paration, mĂȘme sur une sortie courte.
La bonne posture consiste donc Ă faire une diffĂ©rence nette entre marcher vers la grotte et entrer dans la grotte. La premiĂšre expĂ©rience permet de lire le paysage, dâobserver la roche et de saisir la force de la lĂ©gende. La seconde met en pĂ©ril le visiteur comme le site. Ici, la frontiĂšre matĂ©rielle installĂ©e devant la cavitĂ© est aussi une frontiĂšre Ă©thique.
Dans cette histoire incroyable, le vĂ©ritable mystĂšre nâest pas ce quâun chercheur de fortune pourrait ramener. Il tient Ă ce qui survit encore, hors de portĂ©e, dans le calme et lâobscuritĂ©.
Une randonnée vers la grotte mystérieuse depuis Montredon, sans céder aux fausses aventures
La balade commence dans un Marseille quotidien. Le boulevard de la Grotte-Rolland longe les derniĂšres constructions de Montredon avant de conduire vers lâaqueduc du canal de Marseille. Ă cet endroit, lâeau domestiquĂ©e par lâingĂ©nierie du XIXe siĂšcle rencontre le relief brut des Calanques. Il faut sâattarder devant cette transition : elle raconte mieux que de longs discours la maniĂšre dont Marseille a dĂ» composer avec la raretĂ© de lâeau et lâĂąpretĂ© de ses collines.
Depuis le panneau dâinformation situĂ© Ă lâentrĂ©e du massif, le chemin balisĂ© en jaune mĂšne sur un terrain sec et pierreux. Compter environ trente minutes de marche jusquâĂ un carrefour sur un plateau dominant la rade, puis un dĂ©tour vers le sentier qui conduit Ă la cavitĂ©. LâitinĂ©raire total reprĂ©sente gĂ©nĂ©ralement une bonne heure aller-retour, selon lâallure et les pauses. Cette estimation doit rester souple : sous le soleil de juillet ou lors dâun Ă©pisode de mistral, un parcours modeste sur la carte peut devenir Ă©prouvant.
Le chemin comporte des marques parfois discrĂštes. Une croix noire et des pointillĂ©s noirs signalent lâembranchement Ă prendre sur la gauche pour rejoindre le secteur de la grotte. Les repĂšres peuvent Ă©voluer avec lâentretien des sentiers ; la carte officielle du Parc national des Calanques et les arrĂȘtĂ©s dâaccĂšs au massif doivent donc ĂȘtre consultĂ©s avant le dĂ©part. Dans ce territoire, lâimprovisation romantique finit souvent en demi-tour inconfortable.
La marche se fait entre les pins, les cistes, les herbes sĂšches et les dalles de calcaire qui renvoient la chaleur. Au printemps, les odeurs de rĂ©sine et de garrigue accompagnent le chemin. En hiver, aprĂšs la pluie, la roche gagne une teinte plus sombre et les creux retiennent lâeau. Le paysage nâest jamais le mĂȘme, mais sa rudesse demeure. Montredon est Ă quelques minutes, et pourtant la perception de la ville sâefface progressivement derriĂšre les plis du massif.
Une préparation simple évite la plupart des difficultés :
- prĂ©voir au minimum 1,5 litre dâeau par personne lors des journĂ©es chaudes, davantage en pĂ©riode estivale ;
- porter des chaussures à semelle adhérente, les pierres lisses pouvant devenir glissantes ;
- consulter le niveau de risque incendie et les autorisations dâaccĂšs publiĂ©es par la prĂ©fecture des Bouches-du-RhĂŽne ;
- rester sur les traces existantes afin de ne pas Ă©largir lâĂ©rosion autour des sentiers ;
- observer la grotte depuis lâextĂ©rieur, sans tenter de contourner les dispositifs de fermeture.
Le figuier qui garde lâentrĂ©e est souvent citĂ© par les habituĂ©s comme un repĂšre plus parlant que les coordonnĂ©es numĂ©riques. Il donne au lieu une allure presque domestique, comme si la nature avait posĂ© lĂ un rideau vĂ©gĂ©tal. Mais la scĂšne ne doit pas faire oublier le caractĂšre abrupt de lâenvironnement. Ă quelques mĂštres, la cavitĂ© replonge dans lâombre ; au loin, la rade de Marseille rappelle la densitĂ© urbaine et le trafic maritime.
Cette promenade a une contrepartie : elle ne mĂšne ni Ă un musĂ©e amĂ©nagĂ© ni Ă un belvĂ©dĂšre sĂ©curisĂ© avec panneaux explicatifs Ă chaque embranchement. Elle demande dâaccepter une part de sobriĂ©tĂ©. Câest aussi ce qui la rend juste. La grotte Rolland ne se consomme pas comme une attraction ; elle se devine, se regarde et se respecte depuis son seuil.
La plus belle rĂ©compense de cette marche ne tient pas Ă lâidĂ©e dâun coffre enfoui. Elle tient au moment oĂč la ville, la mer et le massif se superposent dans un mĂȘme regard.
Le mystÚre de la grotte Rolland, mémoire fragile des Calanques en 2026
En 2026, la grotte Rolland se trouve au croisement de plusieurs rĂ©cits. Il y a le rĂ©cit gĂ©ologique, presque vertigineux, inscrit dans des roches formĂ©es il y a plus de 130 millions dâannĂ©es. Il y a le rĂ©cit urbain, celui dâun secteur de Marseille oĂč les quartiers habitĂ©s touchent presque la garrigue. Il y a enfin le rĂ©cit populaire, nourri par le bandit lĂ©gendaire, les rites supposĂ©s, les trouvailles espĂ©rĂ©es et les tentatives de fouille. Aucun de ces rĂ©cits ne suffit seul Ă expliquer le lieu.
Le succĂšs de cette grotte mystĂ©rieuse rĂ©vĂšle une maniĂšre contemporaine de rechercher des aventures sans quitter la mĂ©tropole. Les images partagĂ©es sur les plateformes numĂ©riques jouent souvent sur le contraste : une bouche noire dans le calcaire, une vĂ©gĂ©tation serrĂ©e, la promesse dâune salle secrĂšte. Cette esthĂ©tique peut nourrir la curiositĂ©, mais elle rĂ©duit parfois le site Ă un dĂ©cor de fiction. Or la grotte existe dâabord comme un milieu naturel fermĂ©, avec ses espĂšces, ses dangers et ses traces de dĂ©gradations anciennes.
Le Parc national des Calanques a prĂ©cisĂ©ment pour mission de maintenir cet Ă©quilibre entre frĂ©quentation et conservation. Avec plusieurs millions de passages par an sur lâensemble du territoire, les gestionnaires doivent concilier la libertĂ© de marcher, la prĂ©vention des incendies, la protection des habitats et la surveillance des secteurs les plus fragiles. Les fermetures saisonniĂšres, les interdictions dâaccĂšs aux cavitĂ©s ou les recommandations de circulation ne sont pas abstraites. Elles rĂ©pondent Ă une pression concrĂšte exercĂ©e sur des espaces Ă©troits, secs et parfois difficiles Ă restaurer.
Il serait tentant de voir dans la barriĂšre de la grotte Rolland la fin de toute expĂ©rience. Contre toute attente, elle la rend plus intĂ©ressante. Elle oblige Ă observer ce qui se trouve autour : les affleurements striĂ©s, lâombre des pins sur le chemin, lâaqueduc du canal de Marseille, les anciens usages agricoles des vallons, la prĂ©sence de la mer derriĂšre les collines. Le trĂ©sor cachĂ© devient alors une clĂ© de lecture, pas un objectif matĂ©riel.
Les rĂ©cits de trĂ©sor ont aussi une histoire sociale. Dans les quartiers du littoral sud marseillais, ils se transmettent souvent par fragments : une phrase entendue enfant, une randonnĂ©e avec un oncle, une vieille carte postale, un article local conservĂ© dans un dossier. Ils crĂ©ent un patrimoine oral qui ne relĂšve ni tout Ă fait de lâarchive ni tout Ă fait de lâinvention. Rolland est peut-ĂȘtre moins un personnage identifiable quâun nom donnĂ© Ă ce besoin de peupler les replis du paysage.
Il faut nĂ©anmoins sĂ©parer la mĂ©moire de la prĂ©dation. PrĂ©lever une concrĂ©tion, dĂ©placer une pierre ou entrer dans une zone fermĂ©e nâajoute rien Ă lâhistoire du site. Au contraire, cela dĂ©truit les indices que pourraient Ă©tudier les scientifiques et perturbe les espĂšces qui y vivent. Dans une grotte, lâempreinte dâune chaussure peut rester longtemps ; dans une galerie argileuse, le geste le plus banal devient parfois irrĂ©versible.
Pour ceux qui souhaitent prolonger cette lecture du territoire, les repĂšres officiels du Parc national des Calanques permettent de vĂ©rifier les rĂšgles dâaccĂšs et lâĂ©tat des massifs. Les donnĂ©es de frĂ©quentation, les cartes et les consignes changent selon les saisons. Elles font partie de la balade autant que la gourde et les chaussures : comprendre un lieu commence par comprendre ce quâil supporte.
La grotte Rolland garde donc son mystĂšre, mais ce mystĂšre ne se mesure pas au poids dâun hypothĂ©tique butin. Il se mesure Ă la coexistence, Ă quelques kilomĂštres du Vieux-Port, dâune lĂ©gende mĂ©diĂ©vale, dâune faune souterraine et dâun paysage dont chaque passage doit mĂ©nager lâavenir.
Sources : Parc national des Calanques, pages de prĂ©sentation du territoire et de la grotte Rolland, consultation 2026 ; PrĂ©fecture des Bouches-du-RhĂŽne, rĂ©glementation dâaccĂšs aux massifs forestiers ; Natura Marseille, notice consacrĂ©e Ă la falaise et Ă la grotte Rolland ; Archives et travaux consacrĂ©s Ă Jacques Boucher de Perthes, notamment les collections patrimoniales de lâInstitut national dâhistoire de lâart et de la BibliothĂšque nationale de France.
OĂč se trouve la grotte Rolland ?
La grotte Rolland se trouve derriĂšre le quartier de Montredon, dans le 8e arrondissement de Marseille, au contact du massif de Marseilleveyre et du parc national des Calanques.
Peut-on entrer dans la grotte Rolland ?
Non. LâaccĂšs intĂ©rieur est fermĂ© et interdit en raison des risques de chute, de la configuration des gouffres et de la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger la faune souterraine ainsi que les concrĂ©tions.
Le trésor du bandit Rolland a-t-il été retrouvé ?
Aucune dĂ©couverte archĂ©ologique ou archive fiable nâatteste lâexistence dâun trĂ©sor. Le butin attribuĂ© Ă Rolland appartient Ă la tradition orale et Ă lâimaginaire local.
Combien de temps faut-il pour rejoindre la grotte depuis Montredon ?
Lâapproche demande gĂ©nĂ©ralement environ trente minutes de marche jusquâau secteur de la cavitĂ©, pour une sortie dâenviron une heure aller-retour selon lâitinĂ©raire et lâallure.
Quand peut-on randonner dans les Calanques ?
LâaccĂšs dĂ©pend des conditions mĂ©tĂ©orologiques et du risque incendie, particuliĂšrement en Ă©tĂ©. Il faut vĂ©rifier les informations officielles de la prĂ©fecture des Bouches-du-RhĂŽne et du Parc national avant le dĂ©part.