Dans lâimpasse Flesselles, les façades du bas des pentes gardent la lumiĂšre tardive et le bruit des conversations. Au Lavoir Public, ancien lieu industriel devenu scĂšne culturelle, lâaffiche dâOnlyPorn a longtemps dĂ©tonnĂ© sans chercher le scandale facile : un mot frontal, une programmation qui prĂ©fĂšre le dĂ©bat, lâimage et la performance aux automatismes de lâindustrie.
En bref
- OnlyPorn est un festival lyonnais consacré aux cultures pornographiques, envisagées comme des objets artistiques, politiques et sociaux.
- Ses Ă©ditions documentĂ©es au Lavoir Public ont mĂȘlĂ© cinĂ©ma Ă©rotique, confĂ©rences, cabaret, musique, projections et performances artistiques.
- LâĂ©dition organisĂ©e du 12 au 16 dĂ©cembre 2018, la septiĂšme, proposait cinq jours de rendez-vous dans le 1er arrondissement de Lyon.
- Le festival sâinscrivait dans lâhistoire culturelle des pentes de la Croix-Rousse, territoire de petites salles, dâateliers et de formes artistiques indĂ©pendantes.
- Son enjeu ne rĂ©sidait pas dans la provocation, mais dans la possibilitĂ© de regarder lâexpression sexuelle Ă travers le prisme de la crĂ©ation et de la libertĂ© dâexpression.
| RepĂšre | Ce quâil faut retenir |
|---|---|
| Lieu | Le Lavoir Public, 4 impasse Flesselles, Lyon 1er |
| Ădition repĂšre | 7e Ă©dition, du 12 au 16 dĂ©cembre 2018 |
| Format | Projections, rencontres, clubbing, lectures et performances |
| Tarif historique | Pass intégral annoncé à 30 euros en 2018 |
| Angle | Création contemporaine, diversité sexuelle, critique des représentations |
OnlyPorn à Lyon : un festival lyonnais né dans le laboratoire culturel des pentes
Le lieu compte autant que lâaffiche. Pour comprendre OnlyPorn, il faut dâabord regarder lâimpasse Flesselles, courte respiration entre les rues pentues du 1er arrondissement et le flux plus rĂ©gulier des quais de SaĂŽne. Le Lavoir Public y a accueilli, au fil des annĂ©es, des propositions scĂ©niques qui ne tenaient pas toujours dans les catĂ©gories rassurantes de la culture institutionnelle.
Dans cette gĂ©ographie, OnlyPorn ne surgit pas comme un objet isolĂ©. Le festival lyonnais appartient Ă une histoire locale faite de friches rĂ©affectĂ©es, de salles modestes et de collectifs qui ont choisi les marges urbaines pour fabriquer des formes neuves. Au dĂ©but du siĂšcle dernier, les pentes de la Croix-Rousse Ă©taient dâabord associĂ©es aux ateliers, aux canuts et Ă une densitĂ© populaire particuliĂšre. Leur reconversion culturelle progressive, particuliĂšrement visible depuis les annĂ©es 1990, a fait Ă©merger un autre paysage : ateliers dâartistes, librairies, bars de nuit et lieux de reprĂ©sentation y cohabitent dans un espace rĂ©duit.
Le visiteur pressĂ© passe sans voir ce que raconte lâadresse. Lâimpasse Flesselles nâoffre ni façade monumentale ni parvis calibrĂ©. Elle dit plutĂŽt la place accordĂ©e Ă des programmations qui exigent une proximitĂ© : une parole entendue sans distance, une projection regardĂ©e au milieu dâun public qui rĂ©agit, une performance dont le trouble circule dâun corps Ă lâautre.
OnlyPorn sâest prĂ©cisĂ©ment construit sur cette Ă©chelle. Les archives de presse de 2018 dĂ©crivent une septiĂšme Ă©dition tenue durant cinq jours, du 12 au 16 dĂ©cembre, avec un pass intĂ©gral affichĂ© Ă 30 euros. Ce chiffre paraĂźt modeste dans lâĂ©conomie actuelle des festivals, mais il renseigne une intention : maintenir un accĂšs possible Ă une programmation de niche, sans la rĂ©duire Ă une soirĂ©e mondaine ou Ă une consommation de spectacle.
Le titre, lui, fonctionne comme une enseigne volontairement ambiguĂ«. Il attire lâĆil, provoque parfois un mouvement de recul, puis oblige Ă prĂ©ciser le contenu rĂ©el de la proposition. Il ne sâagissait pas de reproduire Ă Lyon les codes commerciaux du divertissement pour adultes. Les organisateurs mettaient en avant des artistes pour lesquels le corps, le dĂ©sir et les reprĂ©sentations sexuelles constituaient des matĂ©riaux de recherche. La diffĂ©rence est dĂ©cisive.
Cette ligne explique la prĂ©sence dâĆuvres documentaires, expĂ©rimentales ou performĂ©es. Le festival parlait de pornographie, certes, mais aussi de cadre social, de rĂ©cit intime, de rapport Ă lâimage et de normes collectives. Une salle qui programme un film des annĂ©es 1970 Ă cĂŽtĂ© dâune conversation contemporaine ne juxtapose pas seulement deux Ă©poques ; elle fait apparaĂźtre ce que les reprĂ©sentations du dĂ©sir ont gardĂ©, perdu ou dĂ©placĂ©.
Ă y regarder de prĂšs, la localisation dans le 1er arrondissement ne relĂšve donc pas du hasard. Lyon concentre de grandes institutions culturelles, de lâOpĂ©ra Ă la Maison de la danse, mais son Ă©nergie tient Ă©galement Ă des espaces plus resserrĂ©s. Le Lavoir Public Ă©tait de ceux-lĂ : un lieu capable dâaccueillir un programme dont lâobjet mĂȘme suppose de ne pas sĂ©parer lâart de ses conditions de rĂ©ception.
La contrepartie existe. Un tel format reste tributaire de jauges rĂ©duites, de financements fragiles et dâune visibilitĂ© plus irrĂ©guliĂšre quâun grand Ă©vĂ©nement municipal. Les archives disponibles renvoient surtout aux Ă©ditions antĂ©rieures, notamment celles de 2017 et 2018 ; elles ne permettent pas de prĂ©senter une programmation 2026 comme acquise. Cette prudence est nĂ©cessaire : un festival indĂ©pendant se raconte aussi par ses silences, ses interruptions et ses reprises Ă©ventuelles.
Le fil conducteur peut se lire dans la figure fictive de Nora, habitante de la rue des Tables-Claudiennes, qui entre dâabord par curiositĂ© et reste pour une rencontre aprĂšs une projection. Ce quâelle trouve nâest pas une promesse de transgression Ă vendre, mais une salle oĂč les mots circulent aprĂšs les images. OnlyPorn faisait du quartier un espace de discussion autant quâun dĂ©cor.
Les cultures pornographiques comme matiĂšre artistique, bien au-delĂ des images convenues
Le mot demeure chargĂ©. Pourtant, les cultures pornographiques ne se rĂ©sument ni Ă un genre audiovisuel unique ni Ă une Ă©conomie numĂ©rique devenue massive. Elles dĂ©signent un ensemble de reprĂ©sentations, de pratiques, de rĂ©cits et de dĂ©bats qui traversent lâart, le cinĂ©ma, la photographie, la musique et le monde de la nuit. OnlyPorn choisissait de les mettre en circulation dans un cadre collectif.
Ce dĂ©placement est important. Dans la consommation en ligne, lâimage intime est souvent reçue seule, vite, au moyen dâalgorithmes qui privilĂ©gient la rĂ©pĂ©tition. Dans une salle, au contraire, lâĆuvre revient dans le temps long : elle est prĂ©cĂ©dĂ©e par un contexte, regardĂ©e avec dâautres personnes, puis parfois discutĂ©e. Le dispositif ne supprime pas le malaise possible. Il lui donne une forme et un langage.
Les archives de lâĂ©dition 2018 insistaient sur la pluralitĂ© des mĂ©diums : vidĂ©os, films, artistes visuels, performances et soirĂ©es musicales. Chaque soirĂ©e devait suivre une thĂ©matique associant plusieurs disciplines. Ce choix de programmation Ă©vitait que le cinĂ©ma Ă©rotique ne soit traitĂ© comme un compartiment sĂ©parĂ© du reste de la crĂ©ation. Une lecture peut Ă©clairer une projection ; un concert peut modifier la rĂ©ception dâune archive ; une conversation peut dĂ©faire les Ă©vidences dâune image.
Du cinĂ©ma Ă©rotique Ă lâart pornographique, une frontiĂšre volontairement traversĂ©e
Les catĂ©gories ont une histoire. Le cinĂ©ma Ă©rotique a longtemps empruntĂ© aux codes du rĂ©cit, de la suggestion et de la mise en scĂšne des corps, tandis que lâart pornographique sâest davantage dĂ©fini par les questions quâil pose : qui regarde, qui fabrique lâimage, quelles normes sont reconduites, quel dĂ©sir est rendu visible ? Dans les faits, la frontiĂšre entre les deux demeure poreuse.
Un cinĂ©-concert consacrĂ© Ă un film vintage des annĂ©es 1970, annoncĂ© pour la clĂŽture de lâĂ©dition 2018, rĂ©sumait bien ce jeu de dĂ©calage. La dĂ©cennie est souvent associĂ©e Ă une libĂ©ration des reprĂ©sentations sexuelles aprĂšs les bouleversements des annĂ©es 1960. Mais elle fut aussi celle dâune industrie qui a standardisĂ© des rĂ©cits, des rĂŽles et des corps. Revoir ces images accompagnĂ©es de musique, hors de leur circuit dâorigine, permet dâen mesurer simultanĂ©ment la libertĂ© formelle et les limites.
La programmation associait Ă©galement cabaret, lectures dites orgasmiques, sĂ©ance LGBT, Porn Party et rencontre publique. La diversitĂ© des formats traduisait une idĂ©e simple : il nâexiste pas une seule culture du dĂ©sir. La diversitĂ© sexuelle ne se rĂ©duit pas Ă un thĂšme ajoutĂ© en marge ; elle modifie la maniĂšre mĂȘme de composer une soirĂ©e, de distribuer les prises de parole et de choisir les Ćuvres.
Cette dĂ©marche nâexonĂšre pas le festival de questions nĂ©cessaires. Une programmation qui traite de sexualitĂ© doit ĂȘtre claire sur ses conditions dâaccĂšs, son public et les cadres de respect. Les communications de lâĂ©poque indiquaient sans ambiguĂŻtĂ© que lâĂ©vĂ©nement ne sâadressait pas aux jeunes enfants. Ce nâest pas une formule dĂ©corative : elle rappelle que la mĂ©diation culturelle nâefface ni lâĂąge lĂ©gal ni les diffĂ©rences de sensibilitĂ©.
OnlyPorn ne prĂ©tendait pas rendre toute image acceptable par le simple fait de la montrer dans un lieu dâart. Il proposait plutĂŽt de la replacer dans une conversation. Pourquoi telle scĂšne gĂȘne-t-elle ? Pourquoi telle reprĂ©sentation paraĂźt-elle datĂ©e ? Que dit-elle dâune Ă©poque et de ses rapports de pouvoir ? Ces questions font de lâĂ©cran autre chose quâune surface de consommation.
Le nom de Brigitte Lahaie, invitĂ©e lors dâune Ă©dition relatĂ©e par la presse locale, ajoutait une couche historique Ă ce dispositif. Actrice, personnalitĂ© mĂ©diatique et figure frĂ©quemment commentĂ©e des annĂ©es 1970 et 1980, elle incarne une trajectoire oĂč se croisent industrie du film, cĂ©lĂ©britĂ©, radio et dĂ©bats publics. Sa prĂ©sence ne valait pas seulement pour la notoriĂ©tĂ© : elle permettait de faire entendre une expĂ©rience situĂ©e dans le temps.
Ce quâon oublie souvent, câest que les reprĂ©sentations sexuelles vieillissent vite. Les gestes, les dialogues, les rapports de genre et les cadres techniques dâun film racontent autant leur annĂ©e de fabrication que leur sujet. Le geste dâOnlyPorn consistait Ă rendre ces images discutables, donc rĂ©ellement visibles.
Performances artistiques et libertĂ© dâexpression : ce que le festival mettait rĂ©ellement en dĂ©bat
La salle sâassombrit, puis une voix prend place. Dans un festival consacrĂ© aux reprĂ©sentations du dĂ©sir, ce moment importe davantage quâil nây paraĂźt : il retire lâimage de son Ă©vidence. Les performances artistiques prĂ©sentĂ©es dans lâesprit dâOnlyPorn ne sont pas des intermĂšdes dĂ©coratifs entre deux projections ; elles dĂ©placent le regard, rendent sensible la prĂ©sence des interprĂštes et rĂ©introduisent le temps rĂ©el.
La performance agit par contraste avec lâimage enregistrĂ©e. Le cinĂ©ma fixe un cadre, un montage et une distance. Sur scĂšne, lâinterprĂ©tation demeure exposĂ©e Ă lâespace, au silence et aux rĂ©actions du public. Le dĂ©sir nây apparaĂźt plus comme une sĂ©rie de codes immĂ©diatement reconnaissables, mais comme un langage instable, parfois drĂŽle, parfois inconfortable, souvent plus ambigu quâon ne lâimagine.
Les documents relatifs Ă la septiĂšme Ă©dition dĂ©crivent une programmation Ă©talĂ©e sur cinq soirĂ©es, chacune organisĂ©e autour dâune thĂ©matique et dâun mĂ©lange de disciplines. Câest une durĂ©e courte, mais suffisante pour produire un rythme de festival : revenir le lendemain, croiser des visages dĂ©jĂ vus, prolonger une discussion commencĂ©e devant une projection. Dans une ville de plus de 520 000 habitants au recensement municipal de 2021 selon lâInsee, cette temporalitĂ© rĂ©duite fait de lâĂ©vĂ©nement un Ăźlot plutĂŽt quâune grande foire.
Une parole publique sans réduire le désir à un slogan
La libertĂ© dâexpression est souvent invoquĂ©e de façon abstraite lorsquâil est question de sexualitĂ©. Ici, elle prend un sens matĂ©riel : programmer une confĂ©rence ouverte, inviter des artistes, crĂ©er les conditions dâune parole contradictoire et accepter que le public ne rĂ©agisse pas Ă lâunisson. Cette libertĂ© ne signifie pas lâabsence de rĂšgles ; elle suppose au contraire un cadre prĂ©cis, une information claire et une responsabilitĂ© de programmation.
La rencontre annoncĂ©e avec Brigitte Lahaie illustre ce rĂŽle de mĂ©diation. Dans un lieu culturel, une figure connue peut servir de porte dâentrĂ©e, mais lâintĂ©rĂȘt rĂ©side dans ce qui suit : la possibilitĂ© de replacer un parcours dans lâĂ©volution des mĂ©dias et des reprĂ©sentations. Le corps mĂ©diatisĂ© des annĂ©es 1970 nâest pas celui des plateformes de 2026. Entre les deux, la circulation des images, leur archivage et leur exposition ont radicalement changĂ© dâĂ©chelle.
OnlyPorn inscrivait aussi une sĂ©ance LGBT dans son programme. Le choix nâĂ©tait pas anodin. Pendant longtemps, une part majoritaire des reprĂ©sentations sexuelles diffusĂ©es par lâindustrie a reconduit une vision Ă©troite du dĂ©sir, structurĂ©e par des normes de genre et dâorientation. Montrer dâautres rĂ©cits ne corrige pas mĂ©caniquement cette histoire, mais cela rend perceptible ce que lâĂ©cran dominant laisse souvent hors-champ.
Le quartier offre un cadre particulier Ă cette dĂ©marche. De la montĂ©e des CarmĂ©lites Ă la rue Romarin, les pentes sont faites de rues qui se dĂ©ploient par sĂ©quences, entre commerces du quotidien et lieux nocturnes. On y croise des habitants qui rentrent avec un sac de lĂ©gumes, des Ă©tudiants, des artistes chargĂ©s de matĂ©riel, des noctambules. Cette superposition rend moins artificielle lâidĂ©e dâun Ă©vĂ©nement sur les sexualitĂ©s : il sâinscrit dans une ville vĂ©cue, non dans un pĂ©rimĂštre isolĂ©.
Il faut nĂ©anmoins nommer une tension. Un festival portant un titre aussi explicite peut ĂȘtre rĂ©duit, de lâextĂ©rieur, Ă sa seule provocation. Il peut aussi intimider des personnes qui seraient intĂ©ressĂ©es par ses enjeux esthĂ©tiques mais redoutent un entre-soi. La qualitĂ© dâun tel rendez-vous se mesure donc autant Ă sa programmation quâĂ sa capacitĂ© de contextualiser, dâaccueillir et de rendre intelligible son projet.
La prĂ©sence dâune « Polish Station », espace de massage prĂ©sentĂ© comme accessible durant les cinq jours en 2018, tĂ©moignait de cette volontĂ© dâimpliquer les sens autrement que par lâĂ©cran. Le dĂ©tail attire lâĆil, mais il dit surtout une recherche de circulation entre installation, fĂȘte et Ă©change. La sensualitĂ© y devenait une question dâambiance et de relation, pas seulement de reprĂ©sentation.
Un festival ne transforme pas seul les normes sociales. Il peut cependant fabriquer une parenthĂšse oĂč les normes deviennent visibles et discutables. Dans cet espace, lâexpression sexuelle cesse dâĂȘtre un sujet abstrait pour devenir une expĂ©rience culturelle partagĂ©e.
Le Lavoir Public et le 1er arrondissement : quand la ville accueille des récits minoritaires
La ville ne reçoit pas toutes les paroles de la mĂȘme maniĂšre. Certaines trouvent aisĂ©ment une grande scĂšne, une campagne dâaffichage et des partenaires identifiĂ©s. Dâautres circulent par les lieux plus petits, les associations et les programmations qui acceptent dâouvrir des sujets complexes. OnlyPorn appartient Ă cette seconde cartographie culturelle lyonnaise.
Le Lavoir Public, dans lâimpasse Flesselles, se situait Ă proximitĂ© immĂ©diate des pentes de la Croix-Rousse, Ă moins de 500 mĂštres de la place des Terreaux. Cette proximitĂ© gĂ©ographique ne doit pas faire oublier une diffĂ©rence dâĂ©chelle. Dâun cĂŽtĂ©, les grands Ă©quipements et les espaces de passage ; de lâautre, une adresse que lâon atteint en bifurquant, presque Ă contre-courant. La ville culturelle se construit prĂ©cisĂ©ment dans cet Ă©cart.
Selon lâInsee, le 1er arrondissement comptait environ 29 000 habitants en 2021. DerriĂšre ce chiffre, les rĂ©alitĂ©s sont contrastĂ©es : une forte densitĂ©, un parc de logements ancien, des rues parfois Ă©troites et une population mobile. Le quartier respire par alternance. Calme relatif lâaprĂšs-midi dans certaines montĂ©es, activitĂ© plus marquĂ©e en soirĂ©e autour des bars, salles et restaurants.
Un territoire de création, avec ses fragilités quotidiennes
Les pentes ont longtemps accueilli une Ă©conomie artisanale et ouvriĂšre. Elles sont aujourdâhui associĂ©es Ă une concentration de commerces indĂ©pendants, dâateliers, de structures culturelles et de lieux de sociabilitĂ©. Cette Ă©volution attire des publics diffĂ©rents, notamment des professionnels de la culture et des Ă©tudiants, mais elle augmente aussi la pression sur les loyers et sur les usages nocturnes de lâespace public.
Pour un Ă©vĂ©nement comme OnlyPorn, cette densitĂ© est une ressource. Le public peut rejoindre le lieu Ă pied depuis lâhĂŽtel de ville, les quais de SaĂŽne ou les stations HĂŽtel de VilleâLouis Pradel et Croix-Paquet. Les Ă©changes ne sâarrĂȘtent pas automatiquement au seuil de la salle : ils se prolongent dans les rues, autour dâun comptoir ou sur le chemin du retour. Un festival construit ainsi un micro-territoire temporaire.
Mais la proximitĂ© produit aussi des frottements. Les habitants des rues les plus animĂ©es connaissent les nuisances sonores, les livraisons et les sorties tardives. DĂ©crire un quartier culturel sans mentionner cette contrepartie reviendrait Ă effacer une part de son quotidien. Le dĂ©fi nâest pas de choisir entre vie nocturne et tranquillitĂ© rĂ©sidentielle ; il est de reconnaĂźtre que ces deux usages coexistent dans quelques centaines de mĂštres de voirie.
Dans le cas dâOnlyPorn, cette question urbaine rejoint la question du regard. Un festival sur les cultures pornographiques travaille avec des sujets volontiers repoussĂ©s dans le privĂ©. Le faire exister dans un lieu de quartier signifie quâils peuvent ĂȘtre abordĂ©s sans ĂȘtre rĂ©duits au secret ou au commerce. La programmation ne dissout pas lâintime dans lâespace public ; elle organise un passage entre les deux.
Le terme de « minoritaire » mĂ©rite dâĂȘtre employĂ© avec prĂ©cision. Il ne dĂ©signe pas nĂ©cessairement un petit nombre de personnes, mais des rĂ©cits moins prĂ©sents dans les circuits culturels dominants. Les sĂ©ances consacrĂ©es aux sexualitĂ©s LGBT, les Ćuvres expĂ©rimentales et les prises de parole dâartistes rĂ©pondaient Ă cette nĂ©cessitĂ© de pluraliser les points de vue. Un mĂȘme thĂšme change de sens selon la personne qui le raconte, la camĂ©ra qui le filme et le public qui lâĂ©coute.
Contre toute attente, ce sont souvent les dĂ©tails urbains qui rendent ces sujets abordables : une entrĂ©e modeste, une salle sans estrade trop distante, une rue oĂč lâon peut quitter le tumulte en quelques pas. La ville offre des cadres ; les programmateurs les transforment en situations. Ă Lyon, le 1er arrondissement a fourni Ă OnlyPorn une Ă©chelle propice Ă cette expĂ©rience.
Les informations disponibles documentent avant tout les Ă©ditions passĂ©es. En 2026, lâintĂ©rĂȘt patrimonial de cette histoire demeure entier, y compris lorsque lâactualitĂ© dâun Ă©vĂ©nement indĂ©pendant est discontinue. Les festivals laissent des traces moins visibles quâun bĂątiment : affiches, rĂ©cits de spectateurs, articles locaux, souvenirs de soirĂ©es. Ces traces racontent une ville capable dâaccueillir des formes culturelles qui ne cherchent pas lâunanimitĂ©.
Ce que lâhĂ©ritage dâOnlyPorn rĂ©vĂšle des images sexuelles Ă lâĂšre numĂ©rique
Depuis les Ă©ditions lyonnaises documentĂ©es Ă la fin des annĂ©es 2010, le paysage des images intimes a encore changĂ©. Les plateformes ont accĂ©lĂ©rĂ© la circulation des vidĂ©os, les rĂ©seaux sociaux ont brouillĂ© les frontiĂšres entre autoportrait, publicitĂ©, performance et contenu personnel. Dans ce contexte, relire lâexpĂ©rience dâOnlyPorn aide Ă comprendre pourquoi un festival physique garde une utilitĂ©.
Lâenjeu nâest pas de regretter un avant supposĂ© plus libre. Au dĂ©but du siĂšcle dernier, les reprĂ©sentations sexuelles Ă©taient dĂ©jĂ surveillĂ©es, codifiĂ©es et inĂ©galement accessibles. Les dĂ©cennies suivantes ont multipliĂ© les supports sans faire disparaĂźtre les normes. Ce qui change aujourdâhui, câest la vitesse de diffusion, la puissance des infrastructures techniques et la difficultĂ© Ă distinguer crĂ©ation autonome, exploitation commerciale et mise en scĂšne de soi.
Le festival proposait une réponse modeste mais concrÚte : ralentir. Regarder un film dans une salle, écouter une intervenante, assister à une performance, puis parler. Ce rythme contraste avec le défilement permanent des écrans. Il ne sanctuarise pas la culture ; il lui rend une durée. Et cette durée est indispensable pour examiner les images au lieu de seulement les absorber.
Regarder, contextualiser, discuter : trois gestes culturels durables
Premier geste : regarder. Cela semble Ă©vident, mais regarder suppose de prĂȘter attention au cadre, au montage, aux rĂ©fĂ©rences et Ă la place accordĂ©e aux personnes filmĂ©es. Dans le cinĂ©ma Ă©rotique comme dans toute Ćuvre visuelle, rien nâest neutre : un angle de camĂ©ra, une musique ou un dialogue organisent dĂ©jĂ une relation au dĂ©sir.
DeuxiĂšme geste : contextualiser. Un film vintage des annĂ©es 1970 nâa pas le mĂȘme sens vu en salle en 2018, puis Ă©voquĂ© en 2026. Sa rĂ©ception a Ă©tĂ© transformĂ©e par les dĂ©bats sur le consentement, les conditions de production des images, la reprĂ©sentation des identitĂ©s et les droits des interprĂštes. Lâhistoire culturelle ne consiste pas Ă absoudre ou Ă condamner dâun bloc ; elle permet de comprendre ce qui a changĂ©.
TroisiĂšme geste : discuter. Câest peut-ĂȘtre le legs le plus net dâOnlyPorn. La discussion ne garantit pas un accord. Elle permet toutefois de sortir du face-Ă -face solitaire avec les images. Dans une salle du Lavoir Public, le public pouvait entendre des interprĂ©tations diffĂ©rentes, parfois opposĂ©es, sans que le sujet soit immĂ©diatement ramenĂ© Ă une polĂ©mique.
Cette mĂ©thode a une portĂ©e urbaine. Les villes qui restent vivantes ne se limitent pas Ă distribuer des fonctions â habiter, travailler, consommer, se dĂ©placer. Elles mĂ©nagent aussi des lieux oĂč lâon peut confronter des imaginaires. Le 1er arrondissement lyonnais, avec sa densitĂ© de petites scĂšnes et de cafĂ©s, se prĂȘte Ă cette conversation. Il ne la rend pas automatique : il lui donne une adresse.
Une prudence demeure nécessaire face à la nostalgie. Les festivals indépendants ne sont pas par nature plus justes, plus ouverts ou plus audacieux que les institutions. Ils peuvent reproduire des angles morts, manquer de moyens, dépendre de réseaux restreints. Leur valeur tient plutÎt à leur capacité à se remettre en question, à renouveler les voix invitées et à construire des cadres explicites.
Les archives disponibles donnent des repĂšres concrets : une quatriĂšme Ă©dition Ă©voquĂ©e autour dâOvidie par la presse lyonnaise, une septiĂšme Ă©dition en dĂ©cembre 2018 avec Brigitte Lahaie, et des annonces antĂ©rieures situant dĂ©jĂ le festival au Lavoir Public. Cette continuitĂ© montre quâOnlyPorn nâĂ©tait pas une soirĂ©e isolĂ©e. CâĂ©tait un projet culturel identifiĂ©, inscrit dans plusieurs annĂ©es de programmation.
Pour prolonger la lecture du territoire, la carte interactive du quartier en chiffres permet de replacer le 1er arrondissement dans les Ă©volutions dĂ©mographiques et urbaines lyonnaises. Le contexte matĂ©riel compte : les lieux culturels nâexistent jamais hors-sol, ils dĂ©pendent de rues, de baux, de transports et dâhabitudes de voisinage.
Les sources consultables pour cette histoire comprennent les annonces et comptes rendus dâHĂ©tĂ©roclite, de Tribune de Lyon et de ScĂšnes Lyon, ainsi que les donnĂ©es dĂ©mographiques de lâInsee pour Lyon et ses arrondissements. Elles doivent ĂȘtre lues comme des archives dâĂ©ditions prĂ©cises, non comme lâannonce dâune programmation actuelle. LâhĂ©ritage dâOnlyPorn tient dans cette idĂ©e simple : les images sexuelles gagnent Ă ĂȘtre regardĂ©es comme des faits culturels, jamais comme de simples produits.
QuâĂ©tait OnlyPorn Ă Lyon ?
OnlyPorn était un festival lyonnais consacré aux cultures pornographiques, programmant des projections, des rencontres, des performances artistiques et des soirées dans une approche culturelle et critique.
OĂč se dĂ©roulait le festival OnlyPorn ?
Les éditions documentées se tenaient au Lavoir Public, situé au 4 impasse Flesselles, dans le 1er arrondissement de Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse.
Quelle Ă©dition dâOnlyPorn est la mieux documentĂ©e ?
La septiÚme édition, organisée du 12 au 16 décembre 2018, est largement évoquée par la presse locale. Elle proposait notamment un ciné-concert, une séance LGBT, des lectures, une soirée festive et une rencontre avec Brigitte Lahaie.
OnlyPorn Ă©tait-il destinĂ© Ă promouvoir lâindustrie pornographique ?
Non. Les prĂ©sentations du festival le distinguaient explicitement de lâindustrie pornographique commerciale. Son projet consistait Ă explorer les reprĂ©sentations du corps, du dĂ©sir et de la sexualitĂ© Ă travers lâart, le documentaire et la performance.