6 Oct 2026

Ippon, la cantine franco-japonaise inattendue qui bouscule la rue Lulli Ă  Marseille

Cet article a été généré par intelligence artificielle et publié sans révision humaine approfondie.

À l’heure du dĂ©jeuner, la rue Lulli garde son rythme de coulisse. Entre l’OpĂ©ra et la CanebiĂšre, les pas accĂ©lĂšrent sur le trottoir Ă©troit, puis ralentissent devant une façade discrĂšte oĂč le pain chaud, le poisson et les sauces fermentĂ©es semblent se rĂ©pondre. Ippon ne cherche pas Ă  imiter Tokyo ni Ă  rejouer Marseille : la petite table organise leur rencontre, derriĂšre un comptoir oĂč l’on voit travailler la brigade.

En bref

  • Adresse : Ippon, 7 rue Lulli, dans le 1er arrondissement de Marseille, Ă  quelques minutes Ă  pied de l’OpĂ©ra.
  • Concept : une cantine franco-japonaise qui privilĂ©gie les produits locaux, les saisons et les techniques nippones.
  • Équipe : Christophe Juville, Ferdinand Fravega et RĂ©mi Hernandez, dĂ©jĂ  associĂ©s Ă  l’aventure Figure Ă  Vauban.
  • À l’assiette : sandos tamago au dĂ©jeuner, huĂźtre panĂ©e au yuzu, bƓuf, maĂŻs et beurre ou propositions invitĂ©es le soir.
  • Rythme : service du midi du mardi au samedi, dĂźner du jeudi au samedi, selon les horaires communiquĂ©s par l’établissement.
Repùre Ce qu’il faut retenir
Situation 7 rue Lulli, 13001 Marseille, dans le centre-ville entre Opéra et Noailles.
IdentitĂ© Une cantine de petite taille, pensĂ©e autour d’une cuisine fusion mĂ©diterranĂ©enne et japonaise.
Midi Sandos, assiettes rapides mais travaillées, produits de proximité.
Soir Service élargi du jeudi au samedi, avec une séquence plus posée et des plats à partager.
À observer Le comptoir ouvert, le dĂ©cor d’Axel Chay et la circulation des assiettes dans une rue en pleine recomposition alimentaire.

Ippon rue Lulli : une cantine franco-japonaise qui change l’allure du centre de Marseille

Le mot est modeste, l’ambition l’est moins. À Marseille, une cantine peut dĂ©signer aussi bien une table quotidienne qu’un lieu de restauration rapide ; chez Ippon, il sert plutĂŽt Ă  annoncer une proximitĂ©. On entre pour manger, sans cĂ©rĂ©monial inutile, mais le geste culinaire ne relĂšve pas de l’assemblage expĂ©diĂ©. Le terme japonais d’izakaya, souvent traduit de façon approximative par « bistrot », Ă©claire mieux l’intention : boire, grignoter, partager et regarder passer la soirĂ©e.

La rue Lulli se dĂ©ploie sur quelques centaines de mĂštres entre les flux de la CanebiĂšre, les façades institutionnelles de l’OpĂ©ra et les rues commerciales du centre. Elle n’a pas le dĂ©cor théùtral du Vieux-Port, ni l’évidence rĂ©sidentielle de Vauban. C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui la rend fĂ©conde pour la restauration : les employĂ©s y croisent des spectateurs, des habituĂ©s du quartier et des passants venus de Noailles. À midi, cette diversitĂ© impose un tempo net. Le soir, elle permet d’autres usages.

Ippon s’est installĂ© au numĂ©ro 7 de la rue Lulli, dans l’ancien local de Spok Lulli. Cette continuitĂ© n’est pas anecdotique. Spok a participĂ©, depuis les annĂ©es 2000, Ă  installer Ă  Marseille et dans plusieurs villes françaises l’idĂ©e d’un dĂ©jeuner rapide attentif Ă  la fraĂźcheur des produits. Ippon reprend une partie de cette grammaire de la simplicitĂ©, mais la dĂ©place vers une cuisine plus resserrĂ©e, plus technique, et surtout moins prĂ©visible.

Le nom, empruntĂ© au judo, Ă©voque le point dĂ©cisif obtenu par une prise parfaitement exĂ©cutĂ©e. Dans l’assiette, la rĂ©fĂ©rence n’appelle aucune dĂ©monstration martiale. Elle suggĂšre plutĂŽt la prĂ©cision : une cuisson juste, l’aciditĂ© d’un agrume japonais, une friture nette, une sauce qui ne recouvre pas l’ingrĂ©dient principal. Cette retenue compte dans une ville oĂč les goĂ»ts francs, de l’anchois Ă  l’aĂŻoli, ne redoutent pourtant pas la puissance.

Le visiteur pressĂ© passe sans voir l’importance de ces changements discrets. L’ouverture d’un restaurant ne transforme pas seule une rue ; elle indique en revanche quels usages deviennent possibles dans un rez-de-chaussĂ©e. AprĂšs des annĂ©es oĂč l’offre du centre s’est souvent rĂ©partie entre brasseries, restauration Ă  emporter et tables de destination, Ippon occupe une place intermĂ©diaire. On peut y dĂ©jeuner seul au comptoir comme s’y attarder Ă  plusieurs, sans que l’un des deux usages paraisse dĂ©placĂ©.

Le parti pris répond aussi à une tendance plus large de la gastronomie marseillaise : sortir du face-à-face convenu entre tradition provençale et cuisines du monde figées dans leurs codes. Les chefs travaillent désormais davantage les provenances, les fermentations, les bouillons, les poissons de Méditerranée et les légumes de proximité. La cuisine fusion, expression parfois trop large, trouve ici un sens quand elle ne juxtapose pas des signes exotiques mais relie des techniques à un territoire réel.

La contrepartie existe. Une adresse de petite taille, installĂ©e dans un secteur trĂšs passant, dĂ©pend de sa rĂ©gularitĂ© : service lisible, carte tenue, accueil qui ne sacrifie pas les habituĂ©s aux effets de nouveautĂ©. Le centre de Marseille est gĂ©nĂ©reux mais exigeant ; le bruit, les horaires discontinus et la pression sur les loyers commerciaux y fragilisent les projets trop abstraits. Ippon avance donc sur une ligne prĂ©cise : rester accessible tout en affirmant une identitĂ© culinaire. C’est cette tension qui fait sa place.

Pourquoi l’équipe d’Ippon relie Vauban, Spok et la rue Lulli Ă  Marseille

DerriĂšre Ippon, trois parcours dessinent une gĂ©ographie assez marseillaise de l’entrepreneuriat culinaire. Christophe Juville, fondateur des cantines Spok, apporte l’expĂ©rience d’un modĂšle de restauration dĂ©contractĂ© mais structurĂ©. À ses cĂŽtĂ©s, Ferdinand Fravega et RĂ©mi Hernandez sont connus dans le quartier de Vauban pour Figure, un Ă©tablissement qui a trouvĂ© son public aprĂšs son ouverture estivale. La rue Lulli n’est donc pas une tentative isolĂ©e : elle prolonge une conversation dĂ©jĂ  engagĂ©e entre diffĂ©rents quartiers de la ville.

Ce qu’on oublie souvent, c’est que les idĂ©es de restaurant circulent moins vite que les Ă©quipes. Entre Vauban et le centre, il y a moins de trois kilomĂštres Ă  vol d’oiseau, mais les clientĂšles, les horaires et les paysages urbains changent fortement. Vauban concentre une vie de quartier rĂ©sidentielle, faite de pentes, d’écoles et de commerces proches. Lulli est une rue de transit, plus compacte, prise dans le mouvement des bureaux, des salles de spectacle et des transports. Adapter une mĂȘme sensibilitĂ© Ă  ces deux scĂšnes suppose de revoir la partition.

Le choix de l’ancien Spok donne Ă  cette installation une profondeur pratique. Il ne s’agit pas seulement de reprendre un local Ă©quipĂ© ; c’est aussi de s’inscrire dans une mĂ©moire rĂ©cente de la pause mĂ©ridienne. Beaucoup de Marseillais ont appris Ă  identifier ces lieux par leur proposition de plats du jour et leur efficacitĂ©. Ippon conserve cette attention au dĂ©jeuner, notamment avec les sandos, mais l’amĂšne vers un registre oĂč le pain, les Ɠufs, les sauces et les garnitures deviennent les Ă©lĂ©ments d’un rĂ©cit plus personnel.

La restauration de centre-ville se joue aujourd’hui dans cette capacitĂ© Ă  tenir plusieurs temps de la journĂ©e. Les horaires communiquĂ©s par l’établissement prĂ©voient un service de 12 heures Ă  14 h 30 le mardi et le mercredi, puis du jeudi au samedi Ă  midi et de 19 heures Ă  23 heures. Cette ouverture vespĂ©rale constitue une Ă©volution importante : elle donne au lieu une seconde vie, quand le quartier quitte la cadence professionnelle et que l’OpĂ©ra, les bars alentour ou les promenades du centre font revenir d’autres visages.

Pour comprendre ce dĂ©placement, il faut regarder le comptoir. Il ne sert pas ici de dĂ©cor. Il organise la salle, rapproche le client du travail de cuisine et rĂ©duit la frontiĂšre entre prĂ©paration et dĂ©gustation. Dans beaucoup de petites tables japonaises, cette proximitĂ© tient Ă  la fois de l’économie d’espace et de la confiance : le cuisinier n’est pas dissimulĂ©, la cuisson devient visible, les arrivages se commentent. À Ippon, cette mise en scĂšne reste sobre. Un dĂ©tail attire l’Ɠil : la tĂȘte se penche naturellement vers le plan de travail, comme on le ferait dans une cuisine d’amis.

Cette logique explique Ă©galement l’accueil rĂ©gulier de chefs et cheffes invitĂ©s. Une rĂ©sidence ne vaut pas seulement comme Ă©vĂ©nement ; elle Ă©vite qu’une carte se fige. Un cuisinier de passage peut apporter un bouillon, une technique de dĂ©coupe, une lecture diffĂ©rente d’un lĂ©gume du marchĂ© ou une autre maniĂšre de servir le poisson. La formule intĂ©resse un quartier comme Lulli, oĂč les retours frĂ©quents sont essentiels. Les habituĂ©s ne veulent pas nĂ©cessairement l’inĂ©dit permanent ; ils reviennent pour une maison identifiable qui sait nĂ©anmoins se dĂ©placer.

Cette stratĂ©gie comporte un risque, celui de l’adresse conçue uniquement pour l’annonce et la photographie. Or l’équilibre d’Ippon repose plutĂŽt sur le contraire : des associĂ©s qui connaissent les contraintes du service, un local Ă  taille humaine et une carte assez souple pour Ă©pouser les saisons. Entre l’expĂ©rience de Spok et l’énergie de Figure, le projet cherche moins Ă  imposer un modĂšle qu’à faire tenir une table dans son environnement immĂ©diat. La rue Lulli gagne ainsi un restaurant qui travaille d’abord son quotidien.

La cuisine fusion d’Ippon : des produits marseillais travaillĂ©s avec des gestes japonais

Les meilleures rencontres culinaires commencent rarement par un drapeau. Chez Ippon, la promesse franco-japonaise se lit d’abord dans les achats et dans la maniĂšre de traiter les matiĂšres. Les poissons viennent de la MĂ©diterranĂ©e lorsque l’arrivage le permet, les lĂ©gumes s’inscrivent dans le calendrier local, et le pain est fourni par PĂ©trin Couchette. Ce dernier dĂ©tail est dĂ©cisif : un sando ne repose pas uniquement sur sa garniture, il dĂ©pend aussi de la texture, de la chaleur et de la tenue du pain.

Le Cours Julien, Ă  environ 900 mĂštres de la rue Lulli, reste l’un des repĂšres alimentaires du centre marseillais. Ses Ă©tals et les commerces voisins rappellent que la saisonnalitĂ© n’est pas un slogan quand il s’agit de construire une carte courte. Un brocoli, une patate douce, une herbe ou une agrume peuvent changer de rĂŽle selon qu’ils sont frits, marinĂ©s, passĂ©s au charbon ou travaillĂ©s en condiment. La rĂ©fĂ©rence japonaise intervient alors comme un vocabulaire de prĂ©cision, non comme une collection d’objets culinaires importĂ©s.

Au dĂ©jeuner, les sandos tamago condensent cette mĂ©thode. Le sandwich aux Ɠufs paraĂźt simple ; il ne l’est qu’en apparence. La texture de l’Ɠuf, la juste quantitĂ© de sauce, l’assaisonnement et la coupe transforment un encas familier en plat complet. Dans la densitĂ© urbaine de la rue Lulli, ce format rĂ©pond Ă  une rĂ©alitĂ© concrĂšte : manger en moins d’une heure sans se rĂ©soudre Ă  l’uniformitĂ©. Il ne s’agit pas d’opposer rapiditĂ© et cuisine, mais de prouver qu’elles peuvent cohabiter.

Le soir, les assiettes prennent davantage le temps de dĂ©velopper les saveurs. L’huĂźtre panĂ©e au yuzu en offre un exemple parlant. L’huĂźtre appartient au rĂ©pertoire maritime français, tandis que le yuzu apporte une aciditĂ© aromatique plus complexe qu’un simple citron. La panure ajoute le contraste nĂ©cessaire, mais elle doit rester lĂ©gĂšre pour ne pas effacer l’iode. MĂȘme logique avec le bƓuf, le maĂŻs et le beurre : trois ingrĂ©dients lisibles, dont la rĂ©ussite dĂ©pend du dosage et de la cuisson.

À y regarder de prĂšs, la cuisine fusion rĂ©ussie ne rĂ©sulte pas d’une addition mĂ©canique. Un produit local n’est pas « japonais » parce qu’on y verse une sauce soja, pas plus qu’une recette japonaise ne devient marseillaise parce qu’on y ajoute de l’huile d’olive. Le travail tient dans l’enchaĂźnement : choisir le bon produit, dĂ©finir la technique adaptĂ©e, puis composer une assiette oĂč chaque Ă©lĂ©ment garde son identitĂ©. Cette dĂ©marche rĂ©clame une carte mouvante, donc une certaine attention du client aux disponibilitĂ©s.

Cette souplesse est aussi une limite assumĂ©e. Les personnes qui recherchent les repĂšres fixes d’un menu trĂšs long peuvent ĂȘtre surprises par une offre qui varie selon les produits et les collaborations. Mais cette variation Ă©vite l’effet de dĂ©cor : elle attache rĂ©ellement le restaurant Ă  son marchĂ© et Ă  ses fournisseurs. Dans une ville portuaire comme Marseille, habituĂ©e depuis des siĂšcles aux circulations de marchandises et de recettes, cette maniĂšre de cuisiner paraĂźt moins Ă©trangĂšre qu’elle n’en a l’air.

Trois assiettes pour lire l’identitĂ© culinaire d’Ippon

  • Le sando tamago : un dĂ©jeuner compact, oĂč l’Ɠuf travaillĂ© et le pain de PĂ©trin Couchette remplacent le sandwich standardisĂ© par une construction prĂ©cise.
  • L’huĂźtre panĂ©e au yuzu : un dialogue entre iode mĂ©diterranĂ©enne, friture lĂ©gĂšre et parfum d’agrume, pensĂ© pour ouvrir le repas sans l’alourdir.
  • Le bƓuf, maĂŻs et beurre : une assiette plus terrienne qui montre que l’inspiration japonaise ne se limite ni au cru ni au poisson.

Cette grammaire culinaire a une consĂ©quence simple : Ippon n’est pas une parenthĂšse exotique dans le centre-ville. C’est une table marseillaise qui utilise d’autres outils pour raconter des produits proches. Le rĂ©sultat reste volontairement inattendu, mais il ne paraĂźt jamais plaquĂ©.

Le dĂ©cor d’Axel Chay et le comptoir d’Ippon : une expĂ©rience de gastronomie Ă  hauteur de rue

La premiĂšre assiette arrive aprĂšs le regard. Chez Ippon, l’amĂ©nagement signĂ© Axel Chay compte parce qu’il accompagne la proposition sans l’écraser. Le designer marseillais s’est fait connaĂźtre par un langage fait de volumes francs, de couleurs choisies et de mobilier qui assume la fabrication comme une prĂ©sence. Dans un local de restauration, cette signature peut vite tourner au manifeste. Ici, elle sert plutĂŽt Ă  installer une respiration entre le trottoir actif et la concentration de la cuisine.

La rue Lulli n’offre pas la surface des grandes avenues ni les terrasses amples de certains quartiers plus mĂ©ridionaux. Il faut donc composer avec l’étroitesse, la lumiĂšre changeante et la proximitĂ© des voisins. Le dĂ©cor devient une maniĂšre de ralentir le passage. Les matĂ©riaux, les lignes et la disposition de la salle crĂ©ent une impression de soin qui ne relĂšve pas du luxe ostentatoire. On y croise autant la personne venue chercher un dĂ©jeuner prĂ©cis que le duo installĂ© pour un dĂźner en plusieurs temps.

Le comptoir ouvert joue un rĂŽle central dans cette mise en scĂšne. Dans la restauration contemporaine, la cuisine visible est parfois rĂ©duite Ă  un argument visuel. Elle peut aussi devenir une contrainte utile : elle impose de tenir un espace rangĂ©, elle rend les gestes lisibles et elle engage une forme de dialogue silencieux avec la salle. À Ippon, observer une assiette se construire permet de comprendre ce que le menu ne peut pas dĂ©tailler : le rythme des cuissons, les pinces, les sauces ajoutĂ©es Ă  la derniĂšre seconde.

Cette proximitĂ© change le rapport Ă  la gastronomie. Celle-ci cesse d’ĂȘtre une institution distante pour devenir une succession de dĂ©cisions visibles. La cuisine est travaillĂ©e, les dressages sont attentifs, mais le cadre ne demande ni connaissance prĂ©alable ni vocabulaire spĂ©cialisĂ©. Le choix convient particuliĂšrement au centre de Marseille, oĂč le public peut ĂȘtre trĂšs mĂ©langĂ© dans un rayon de quelques rues. Une table qui ne fait pas sentir au client qu’il doit appartenir Ă  un cercle prĂ©existant possĂšde une force urbaine rĂ©elle.

Il existe toutefois une contrepartie Ă  cette intimitĂ©. Dans une petite salle, l’animation peut devenir sonore, surtout lorsque le service du soir se remplit et que le comptoir concentre les Ă©changes. Ceux qui cherchent un repas trĂšs silencieux prĂ©fĂ©reront des horaires plus calmes, notamment en dĂ©but de service. Mais ce bruit n’est pas un dĂ©faut de conception : il fait partie de la sociabilitĂ© d’une cantine oĂč l’on mange prĂšs du geste et prĂšs des autres.

La dĂ©coration d’Axel Chay prend ainsi un sens plus large que le simple habillage. Elle matĂ©rialise l’identitĂ© d’une adresse qui refuse les clichĂ©s visuels associĂ©s au Japon, sans effacer l’inspiration japonaise de la cuisine. Pas de dĂ©cor de carte postale, pas de surcharge d’objets. La rĂ©fĂ©rence passe par l’organisation, les proportions et la nettetĂ©. Entre le pain, le mĂ©tal des ustensiles et les couleurs de la salle, l’espace devient une extension de l’assiette.

Ce choix rejoint une Ă©volution sensible de la restauration marseillaise : les lieux les plus convaincants sont souvent ceux qui savent faire correspondre l’architecture intĂ©rieure, la carte et le rythme du quartier. Ippon ne promet pas une Ă©vasion hors-sol. Il propose mieux : une halte trĂšs construite au milieu d’une rue qui ne s’arrĂȘte jamais tout Ă  fait.

Ce qu’Ippon rĂ©vĂšle de la rue Lulli et de la restauration indĂ©pendante Ă  Marseille

Une rue se raconte aussi par ses rez-de-chaussée. La rue Lulli a longtemps été perçue comme une voie pratique du centre, presque un interstice entre des destinations plus célÚbres. Pourtant, depuis plusieurs années, les commerces de bouche et les cafés y composent une autre lecture du quartier. Ippon participe à ce mouvement en attirant une clientÚle qui ne vient pas seulement « manger japonais », mais chercher une forme de cuisine contemporaine ancrée dans Marseille.

Cette Ă©volution ne gomme pas les contrastes du secteur. À quelques minutes de marche, l’OpĂ©ra de Marseille, inaugurĂ© dans sa forme actuelle en 1924, rappelle le poids culturel et architectural du quartier. Plus loin, Noailles conserve une intensitĂ© commerciale et populaire incomparable. Entre ces deux polaritĂ©s, Lulli tient un rĂŽle de passage. La multiplication d’adresses de restauration y produit un effet de couture : elle donne des raisons de s’arrĂȘter dans un espace oĂč l’on ne faisait auparavant que transiter.

Le phĂ©nomĂšne doit ĂȘtre observĂ© sans lyrisme excessif. L’arrivĂ©e de tables plus dessinĂ©es ou de concepts culinaires Ă©laborĂ©s participe Ă  la valorisation commerciale d’un centre-ville, mais elle ne rĂ©sout ni les inĂ©galitĂ©s d’accĂšs, ni les difficultĂ©s structurelles des petits commerces. Les loyers, les coĂ»ts de l’énergie, les achats de matiĂšre premiĂšre et le recrutement pĂšsent sur chaque Ă©tablissement. Pour une maison indĂ©pendante, fidĂ©liser compte autant que faire parler d’elle au moment de l’ouverture.

Ippon dispose de plusieurs atouts dans cette Ă©quation. Son Ă©quipe connaĂźt la restauration de flux grĂące Ă  l’expĂ©rience Spok. Son lien avec Figure lui donne une continuitĂ© crĂ©ative. Son menu, enfin, se nourrit de produits et de fournisseurs identifiables plutĂŽt que d’un imaginaire interchangeable. Le pain de PĂ©trin Couchette ou les lĂ©gumes achetĂ©s au grĂ© des disponibilitĂ©s locales racontent une Ă©conomie de proximitĂ©, mĂȘme lorsque les techniques regardent vers le Japon.

La logique des chefs invitĂ©s mĂ©rite Ă©galement d’ĂȘtre soulignĂ©e. Elle transforme la salle en lieu de circulation professionnelle, Ă  une Ă©chelle bien diffĂ©rente des grands festivals ou des dĂ©monstrations mĂ©diatiques. Un dĂźner ponctuel peut faire dĂ©couvrir une cuisine, faire travailler un producteur nouveau, ou donner Ă  une jeune brigade l’occasion d’expĂ©rimenter. Dans une ville oĂč la scĂšne culinaire s’est considĂ©rablement diversifiĂ©e depuis les annĂ©es 2010, ces formats lĂ©gers comptent autant que les ouvertures trĂšs mĂ©diatisĂ©es.

Le quartier respire alors autrement. À midi, la rue Lulli absorbe les rythmes de travail ; le soir, elle devient un prolongement possible des sorties du centre. Ippon accompagne ce double mouvement grĂące Ă  des horaires distincts : dĂ©jeuner du mardi au samedi et dĂźner du jeudi au samedi, avec une amplitude annoncĂ©e jusqu’à 23 heures les soirs de service. Cette organisation n’a rien d’anodin : elle inscrit le restaurant dans les temporalitĂ©s rĂ©elles de Marseille plutĂŽt que dans une promesse abstraite de disponibilitĂ© permanente.

Pour suivre cette transformation sans rĂ©duire la ville Ă  ses nouvelles tables, il faut aussi regarder les usages ordinaires. Un employĂ© qui s’arrĂȘte pour un sando, une voisine qui choisit une assiette du soir, un amateur de cuisine venu voir un chef invitĂ© : chacun utilise le lieu diffĂ©remment. Cette pluralitĂ© protĂšge mieux une adresse que la recherche d’une clientĂšle unique. Ippon fait donc plus que renouveler une carte ; il montre comment une petite surface peut fabriquer du lien urbain, Ă  condition de rester fidĂšle Ă  son rythme et Ă  ses produits.

Pour saisir l’esprit d’Ippon, il faut s’installer au comptoir un jeudi soir et regarder, sans se presser, l’huĂźtre ou le poisson passer de la cuisine Ă  l’assiette : la rue Lulli se raconte alors dans un geste prĂ©cis.

Sources et informations pratiques

Les informations sur l’adresse, les associĂ©s, l’ancien local Spok, le dĂ©cor d’Axel Chay, les produits citĂ©s et les horaires proviennent des communications publiques d’Ippon et des prĂ©sentations de l’établissement par la presse gastronomique marseillaise, consultĂ©es en 2026. Pour le contexte patrimonial, voir les ressources de la Ville de Marseille consacrĂ©es Ă  l’OpĂ©ra. Pour prolonger la lecture, consulter aussi notre repĂšre sur les marchĂ©s autour du Cours Julien, notre dĂ©cryptage des commerces de proximitĂ© et la carte interactive du centre de Marseille.

OĂč se trouve Ippon Ă  Marseille ?

Ippon est situĂ© au 7 rue Lulli, dans le 1er arrondissement de Marseille, entre l’OpĂ©ra et les rues commerçantes du centre-ville.

Quel type de cuisine propose Ippon ?

L’établissement propose une cuisine franco-japonaise construite autour de produits locaux et saisonniers, de poissons mĂ©diterranĂ©ens, de lĂ©gumes du marchĂ© et de techniques japonaises.

Que peut-on manger chez Ippon le midi ?

Le déjeuner met notamment en avant les sandos tamago, ainsi que des assiettes adaptées à une pause courte sans renoncer au travail des produits et des sauces.

Ippon est-il ouvert le soir ?

Selon les horaires communiquĂ©s par l’établissement, Ippon ouvre le soir du jeudi au samedi, de 19 heures Ă  23 heures.

Qui sont les fondateurs d’Ippon ?

Le projet réunit Christophe Juville, fondateur de Spok, ainsi que Ferdinand Fravega et Rémi Hernandez, déjà associés au restaurant Figure dans le quartier de Vauban.

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