Ă lâaube, la M35 ressemble Ă une longue couture grise entre les quartiers strasbourgeois. Les files se recomposent Ă lâapproche des Ă©changeurs, les panneaux lumineux changent de message, et un dĂ©tail dĂ©sormais invisible Ă lâĆil nu prend de lâimportance : le nombre de personnes assises dans chaque habitacle.
En bref
- Depuis novembre 2023, des dispositifs de dĂ©tection automatisĂ©e ont Ă©tĂ© annoncĂ©s sur la M35 afin de contrĂŽler lâusage des voies rĂ©servĂ©es au covoiturage.
- Ces radars reposent sur des capteurs infrarouges capables dâidentifier la prĂ©sence dâun conducteur seul dans un vĂ©hicule.
- Les créneaux indiqués lors de la mise en service concernaient les jours ouvrés, de 6 h à 10 h puis de 16 h à 19 h.
- Le changement sâinscrit dans la transformation de lâancienne A35 en M35, aprĂšs lâouverture de lâA355 en 2021.
- Lâenjeu ne concerne pas seulement les amendes : il touche aussi la lisibilitĂ© des rĂšgles, la fluiditĂ© des dĂ©placements et la sĂ©curitĂ© routiĂšre dans lâagglomĂ©ration.
| RepĂšre | Ce quâil faut retenir |
|---|---|
| Axes concernés | La M35, traversée urbaine de Strasbourg et de son agglomération |
| Type de contrĂŽle | DĂ©tection du taux dâoccupation des vĂ©hicules sur les voies rĂ©servĂ©es |
| Technologie | Capteurs infrarouges et automatisation de la lecture des situations |
| Horaires annoncés en 2023 | Lundi au vendredi, 6 h-10 h et 16 h-19 h |
| Contexte urbain | RĂ©organisation des circulations aprĂšs la mise en service de lâA355 en 2021 |
Les radars révolutionnaires de la M35 changent la lecture de la route à Strasbourg
Le radar ne regarde plus seulement la vitesse. Sur la M35, les Ă©quipements annoncĂ©s Ă lâautomne 2023 ouvrent une autre sĂ©quence : celle du contrĂŽle de lâoccupation des vĂ©hicules. Dans le flot dense du matin, la machine cherche moins le kilomĂštre-heure excĂ©dentaire que la silhouette isolĂ©e derriĂšre un pare-brise.
Le principe est simple Ă Ă©noncer, beaucoup plus dĂ©licat Ă installer dans les habitudes. Une voie rĂ©servĂ©e au covoiturage est destinĂ©e aux vĂ©hicules transportant au moins deux personnes, ainsi quâaux transports collectifs et, selon les rĂšgles affichĂ©es, aux vĂ©hicules de secours ou dâintervention. Le conducteur qui circule seul sur cette file pendant sa pĂ©riode dâactivation sâexpose Ă une infraction.
Les premiers Ă©lĂ©ments diffusĂ©s en octobre puis en novembre 2023 Ă©voquaient deux appareils opĂ©rationnels sur la M35, sur des plages horaires trĂšs ciblĂ©es : de 6 h Ă 10 h et de 16 h Ă 19 h, du lundi au vendredi. Cette prĂ©cision compte. La voie nâobĂ©it pas nĂ©cessairement Ă la mĂȘme rĂšgle Ă midi, le soir tard ou durant le week-end. Dans une mĂ©tropole oĂč les dĂ©placements alternent entre voiture, tramway, vĂ©lo et TER, la signalĂ©tique temporelle devient une part entiĂšre du trajet.
Un dĂ©tail attire lâĆil sur les portiques et les panneaux Ă messages variables : la route nâest plus un espace homogĂšne. Elle se divise selon lâheure, le vĂ©hicule et le nombre de passagers. Cette Ă©volution Ă©tait dĂ©jĂ visible Ă Rennes ou Nantes, oĂč des voies de covoiturage ont Ă©galement Ă©tĂ© accompagnĂ©es de dispositifs de dĂ©tection. Ă Strasbourg, elle prend une rĂ©sonance particuliĂšre, car la M35 est un axe vĂ©cu quotidiennement par les habitants de Schiltigheim, Bischheim, Illkirch-Graffenstaden ou Lingolsheim.
Le cas de Nora, salariĂ©e fictive travaillant prĂšs de la place des Halles et habitant au nord de lâagglomĂ©ration, illustre la difficultĂ©. Certains jours, elle dĂ©pose son fils Ă lâĂ©cole avant de rejoindre seule son bureau ; dâautres, elle partage sa voiture avec une collĂšgue. Le mĂȘme itinĂ©raire, le mĂȘme vĂ©hicule, mais deux situations diffĂ©rentes devant le dispositif. Lâautomatisation ne change pas les rĂšgles de fond : elle rend leur application beaucoup plus prĂ©sente.
Cette surveillance nâa donc rien dâun simple dĂ©cor technologique. Elle transforme une contrainte auparavant contrĂŽlĂ©e de façon ponctuelle en rĂšgle susceptible dâĂȘtre observĂ©e chaque matin. Pour les automobilistes, la premiĂšre prĂ©caution reste de regarder la signalĂ©tique active avant de sâengager. Pour la ville, la vraie question est celle de la comprĂ©hension : une rĂšgle efficace est dâabord une rĂšgle lisible.

Pourquoi la M35 de Strasbourg est devenue un laboratoire des contrÎles automatisés
La M35 nâa pas toujours portĂ© ce nom. Jusquâen 2021, cet axe Ă©tait connu comme lâA35, une autoroute traversant Strasbourg au plus prĂšs de ses quartiers habitĂ©s, de Cronenbourg aux abords de la Meinau. Lâouverture de lâA355, le contournement ouest de Strasbourg, a modifiĂ© sa fonction : une partie du trafic de transit a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă quitter cette traversĂ©e centrale, tandis que lâancienne autoroute devait progressivement devenir une infrastructure mĂ©tropolitaine.
Le changement de lettre nâest pas anodin. Une autoroute Ă©voque le passage, la continuitĂ© nationale, les longues distances. Une route mĂ©tropolitaine appelle une autre grammaire : des entrĂ©es plus frĂ©quentes, des trajets domicile-travail, des bus, des livraisons, des accĂšs vers les zones dâemploi et les quartiers. La M35 est ainsi devenue une route de ville Ă grande vitesse, avec toutes les contradictions que cette formule contient.
En 2021, lâarrivĂ©e de lâA355 a obligĂ© les usagers rĂ©guliers Ă rĂ©apprendre leurs itinĂ©raires. Bifurcations, limitations de vitesse, voies dĂ©diĂ©es, panneaux renouvelĂ©s : la carte mentale du conducteur sâest fragmentĂ©e. Lâinstallation de radars visant le covoiturage, annoncĂ©e pour le 1er novembre 2023, ajoute une couche Ă cette reconfiguration. Elle ne sanctionne pas une conduite dangereuse au sens traditionnel ; elle contrĂŽle lâaccĂšs Ă une file dont lâusage dĂ©pend dâune condition prĂ©cise.
Ce quâon oublie souvent, câest que les contrĂŽles ne se rĂ©sument pas Ă la verbalisation. Ils envoient un signal sur la maniĂšre dont lâespace routier doit ĂȘtre partagĂ©. Une voie rĂ©servĂ©e est une promesse de temps gagnĂ© pour les vĂ©hicules qui transportent davantage de personnes. Si elle reste encombrĂ©e par les autos occupĂ©es par une seule personne, cette promesse sâefface. Si elle est trop mal comprise, elle peut au contraire provoquer des changements de voie brusques ou des hĂ©sitations peu favorables Ă la sĂ©curitĂ©.
La technologie choisie, fondĂ©e sur des dĂ©tecteurs infrarouges, rĂ©pond prĂ©cisĂ©ment Ă cette difficultĂ©. Contrairement au radar de vitesse, qui mesure un Ă©cart chiffrĂ©, elle doit interprĂ©ter une scĂšne : y a-t-il un passager Ă cĂŽtĂ© du conducteur, Ă lâarriĂšre, un siĂšge enfant, une silhouette confondue avec un reflet ? Lâautomatisation est donc gĂ©nĂ©ralement accompagnĂ©e dâune vĂ©rification humaine avant toute dĂ©cision de sanction, selon le fonctionnement prĂ©sentĂ© pour ce type de dispositifs dans les rĂ©seaux routiers français.
Strasbourg nâest pas un terrain isolĂ©. La mĂ©tropole sâinscrit dans une pĂ©riode oĂč les collectivitĂ©s rĂ©organisent les grands axes autour du covoiturage, des transports collectifs et de la rĂ©duction des congestions aux heures les plus chargĂ©es. Mais la M35 concentre cette mutation avec une intensitĂ© singuliĂšre : elle nâest ni un boulevard urbain ordinaire, ni une autoroute lointaine. Elle longe des morceaux de ville, des zones dâactivitĂ©s et des quartiers qui respirent au rythme de ses embouteillages.
Le visiteur pressĂ© passe sans voir cette gĂ©ographie. Pourtant, entre lâĂ©changeur de Cronenbourg et les accĂšs vers le centre, chaque file raconte une hiĂ©rarchie nouvelle des mobilitĂ©s. La M35 sert dĂ©sormais de laboratoire Ă ciel ouvert : la route nâest plus seulement faite pour circuler, elle est faite pour organiser les maniĂšres de circuler.
Comment les nouveaux radars de la M35 détectent les infractions sans contrÎler la vitesse
Le mot radar prĂȘte Ă confusion. Dans lâimaginaire routier, il Ă©voque immĂ©diatement la vitesse, le flash blanc dans le rĂ©troviseur et lâamende liĂ©e Ă un dĂ©passement de limitation. Les appareils installĂ©s ou annoncĂ©s pour la M35 relĂšvent dâune famille diffĂ©rente. Leur objectif nâest pas de savoir si une voiture roule Ă 72 ou Ă 92 km/h, mais de vĂ©rifier si elle est autorisĂ©e Ă emprunter une voie donnĂ©e.
La dĂ©tection repose sur des capteurs capables dâobserver lâintĂ©rieur du vĂ©hicule, notamment grĂące Ă lâinfrarouge. Cette technologie est conçue pour fonctionner dans des conditions de luminositĂ© variables : matin dâhiver, pare-brise sombre, soleil bas sur la plaine dâAlsace ou retour de bureau aprĂšs la tombĂ©e du jour. Elle aide Ă distinguer le conducteur dâun Ă©ventuel passager, sans que la situation puisse ĂȘtre rĂ©duite Ă une simple photographie automatique.
Dans une chaĂźne de traitement rigoureuse, plusieurs Ă©tapes doivent ĂȘtre distinguĂ©es. Lâappareil repĂšre le vĂ©hicule engagĂ© sur la voie rĂ©servĂ©e. Il analyse ensuite le niveau dâoccupation apparent. Enfin, lorsquâune situation semble non conforme, les Ă©lĂ©ments sont examinĂ©s avant quâune infraction ne soit retenue. Cette derniĂšre prĂ©caution est essentielle : un enfant installĂ© Ă lâarriĂšre, un passager peu visible ou une configuration particuliĂšre de lâhabitacle exigent une lecture plus fine quâun algorithme isolĂ©.
- Voie active : la rÚgle dépend du panneau et de la tranche horaire affichée.
- Deux personnes ou davantage : le véhicule peut en principe utiliser la file réservée au covoiturage.
- Conducteur seul : il doit rester sur les voies générales lorsque la réservation est en vigueur.
- VĂ©hicules autorisĂ©s : transports collectifs, services de secours et vĂ©hicules dâintervention peuvent relever de rĂ©gimes spĂ©cifiques.
- ContrĂŽle : lâoutil dĂ©tecte une situation ; la procĂ©dure de constatation doit sĂ©curiser lâexactitude de lâinfraction.
Cette nuance permet de mesurer ce qui est rĂ©ellement rĂ©volutionnaire dans ces radars. La nouveautĂ© nâest pas seulement technique. Elle rĂ©side dans le dĂ©placement de la surveillance routiĂšre vers des comportements jusquâici difficiles Ă vĂ©rifier Ă grande Ă©chelle. Un agent placĂ© au bord de la route peut constater une voiture seule dans une voie de covoiturage, mais il ne peut suivre chaque passage aux heures de pointe. La machine, elle, ne se fatigue pas et travaille avec une rĂ©gularitĂ© qui change lâĂ©quilibre entre rĂšgle thĂ©orique et rĂšgle appliquĂ©e.
Il faut toutefois distinguer cette logique dâune surveillance indistincte de tous les dĂ©placements. Le cadre reste liĂ© Ă une voie, Ă un objectif de circulation et Ă des horaires connus. La bonne information est donc plus utile quâune inquiĂ©tude vague. Les automobilistes qui prĂ©parent leur trajet peuvent retrouver des conseils de circulation et des formats dâinformation locale, y compris Ă travers des mĂ©dias de proximitĂ© ou des sĂ©lections de webradios pour suivre lâactualitĂ© en mobilitĂ©.
Ă y regarder de prĂšs, la pĂ©dagogie est lâautre moitiĂ© du dispositif. Un panneau trop tardif, une rĂšgle mal affichĂ©e ou une signalisation contradictoire peuvent faire naĂźtre des erreurs sincĂšres. Les Ă©quipements de contrĂŽle ne remplacent donc pas lâentretien de la route, lâinformation des usagers et une signalĂ©tique stable. La technologie est prĂ©cise ; lâespace public doit lâĂȘtre aussi.
La sécurité routiÚre sur la M35 dépend aussi de rÚgles compréhensibles aux heures de pointe
à 8 h 15, le trajet se resserre. Les entrées successives, les véhicules qui cherchent leur sortie et les automobilistes qui changent de file pour gagner quelques minutes composent une scÚne familiÚre sur la M35. Dans ce contexte, la sécurité routiÚre ne dépend pas uniquement de la vitesse réglementaire : elle dépend aussi de la prévisibilité des comportements.
Une voie de covoiturage peut fluidifier un axe quand elle est clairement sĂ©parĂ©e et correctement utilisĂ©e. Elle peut aussi crĂ©er un point de tension si les usagers dĂ©couvrent trop tard son activation. Les horaires annoncĂ©s en 2023, 6 h-10 h puis 16 h-19 h les jours de semaine, correspondent prĂ©cisĂ©ment aux pĂ©riodes de densitĂ© maximale. Câest lĂ que la promesse est la plus utile, mais aussi que les erreurs de lecture peuvent avoir les effets les plus visibles.
Le cas fictif de Marc, artisan qui rejoint un chantier prĂšs de la route de Schirmeck, est parlant. Son utilitaire transporte du matĂ©riel, pas de passager. Au moment oĂč la circulation ralentit, la voie rĂ©servĂ©e paraĂźt vide. Lâenvie de lâemprunter est comprĂ©hensible, mais le vide apparent constitue justement la fonction du dispositif : rĂ©server une capacitĂ© de circulation Ă ceux qui mutualisent leur dĂ©placement ou assurent un service collectif.
La mesure demande donc une discipline ordinaire. Avant le dĂ©part, il faut vĂ©rifier si le trajet traverse une zone Ă voie dĂ©diĂ©e. En roulant, il convient de lire les panneaux Ă messages variables plutĂŽt que de suivre mĂ©caniquement la voiture devant soi. Enfin, au moment de rejoindre la voie gĂ©nĂ©rale, mieux vaut anticiper la manĆuvre que couper plusieurs files Ă la derniĂšre seconde. Ces gestes ont moins de spectaculaire quâun radar, mais ils rĂ©duisent les comportements imprĂ©visibles.
Strasbourg connaĂźt dĂ©jĂ cette culture du partage de lâespace. Dans le centre, le tramway impose ses rythmes ; sur les quais, le vĂ©lo et la marche ont redessinĂ© les habitudes ; Ă la gare, les flux de voyageurs se croisent en continu. La M35 appartient Ă la mĂȘme histoire urbaine, avec une Ă©chelle et des contraintes diffĂ©rentes. La route se dĂ©ploie comme une infrastructure technique, mais elle reste un lieu collectif.
Les radars ne doivent pas faire oublier les autres causes dâaccident ou de tension : fatigue, tĂ©lĂ©phone au volant, distances de sĂ©curitĂ© insuffisantes, vitesse inadaptĂ©e Ă la pluie et aux ralentissements. Lâautomatisation des contrĂŽles peut rendre une rĂšgle mieux respectĂ©e ; elle ne remplace ni lâattention ni le jugement du conducteur. Sur une chaussĂ©e chargĂ©e, quelques secondes de patience valent davantage quâun gain fragile de quelques centaines de mĂštres.
Cette dimension quotidienne mĂ©rite une information rĂ©pĂ©tĂ©e, sobre et accessible. Les radios locales, les panneaux autoroutiers et les canaux municipaux peuvent aider Ă installer les nouveaux rĂ©flexes. Pour ceux qui suivent les formats audio pendant leurs trajets, une liste de radios diffusĂ©es sur le web rappelle aussi combien lâinformation de proximitĂ© se joue dĂ©sormais sur des supports variĂ©s.
La mesure la plus efficace nâest pas forcĂ©ment celle qui se voit le plus. Sur la M35, une rĂšgle comprise avant lâĂ©changeur Ă©vite souvent une manĆuvre risquĂ©e aprĂšs le panneau.
Ă Strasbourg, lâautomatisation des contrĂŽles interroge lâavenir des dĂ©placements sur la M35
Les radars de covoiturage racontent une mutation plus large que leur boßtier fixé au bord de la chaussée. Ils indiquent que la route devient un espace à usages différenciés : une file pour certaines catégories de véhicules, des temporalités variables, des rÚgles lues en temps réel. Dans une agglomération de la taille de Strasbourg, cette évolution accompagne le besoin de transporter davantage de personnes sans élargir indéfiniment les infrastructures.
Depuis le basculement de lâA35 vers la M35 en 2021, lâaxe ne se pense plus seulement en kilomĂštres parcourus. Il se pense en accĂšs aux pĂŽles dâemploi, en temps perdu dans les ralentissements, en qualitĂ© de lâair et en connexion avec les autres moyens de transport. Les voies rĂ©servĂ©es constituent une rĂ©ponse parmi dâautres. Elles peuvent encourager deux collĂšgues Ă partager une voiture, inciter un salariĂ© Ă rejoindre un point de rendez-vous ou favoriser lâusage des transports collectifs lorsquâils bĂ©nĂ©ficient dâune circulation moins contrainte.
Cette ambition a cependant une contrepartie crĂ©dible. Le covoiturage nâest pas toujours simple Ă organiser pour les horaires dĂ©calĂ©s, les parents qui dĂ©posent des enfants dans des Ă©tablissements diffĂ©rents ou les salariĂ©s dont les lieux de travail varient. Les quartiers pĂ©riphĂ©riques, moins bien reliĂ©s par les transports collectifs, vivent aussi la contrainte automobile de maniĂšre plus forte que les secteurs desservis par plusieurs lignes de tram. Une politique de circulation efficace doit tenir compte de ces gĂ©ographies trĂšs concrĂštes.
La technologie peut aider Ă faire respecter une prioritĂ©, mais elle ne fabrique pas Ă elle seule une alternative de dĂ©placement. Une salariĂ©e de la zone industrielle de la Plaine des Bouchers ne choisira le covoiturage que si les horaires sont compatibles, si un partenaire de trajet est identifiable et si lâarrivĂ©e sur site reste praticable. De mĂȘme, un habitant de Reichstett peut envisager le train ou le bus Ă condition que la correspondance ne transforme pas un trajet de vingt minutes en parcours dâune heure.
Les dispositifs de surveillance doivent donc ĂȘtre accompagnĂ©s dâune lecture fine du territoire. OĂč se forment les bouchons ? Quelles entrĂ©es de la M35 concentrent les trajets solitaires ? Quels parkings-relais fonctionnent rĂ©ellement ? Quelles entreprises peuvent encourager le partage de voiture ? Ces questions sont moins spectaculaires que lâannonce dâun radar nouvelle gĂ©nĂ©ration, mais elles dĂ©terminent la rĂ©ussite du systĂšme.
Contre toute attente, le sujet touche aussi Ă la confiance. Lorsque les rĂšgles sont annoncĂ©es, les horaires cohĂ©rents et les contrĂŽles encadrĂ©s, lâautomatisation peut ĂȘtre perçue comme un outil de rĂ©gulation. Lorsquâelle apparaĂźt comme un piĂšge, elle nourrit lâincomprĂ©hension et pousse certains conducteurs Ă multiplier les rĂ©actions brusques. La frontiĂšre se joue dans les dĂ©tails : emplacement des panneaux, prĂ©cision des marquages, dĂ©lai laissĂ© pour se rabattre, clartĂ© des explications.
Pour Strasbourg, la M35 est devenue une façade routiĂšre de la mĂ©tropole. Elle ne montre pas les colombages de la Petite France ni les façades de la Neustadt, mais elle rĂ©vĂšle un autre visage de la ville : celui des arbitrages quotidiens entre circulation individuelle et espace partagĂ©. Les radars rĂ©volutionnaires nâen sont quâun instrument. Leur efficacitĂ© dĂ©pendra surtout de la capacitĂ© Ă rendre les trajets plus lisibles, et non simplement plus surveillĂ©s.
Sources : informations de mise en service et crĂ©neaux horaires annoncĂ©s en octobre et novembre 2023 ; CollectivitĂ© europĂ©enne dâAlsace et documents relatifs Ă la reconfiguration de lâaxe A35/M35 aprĂšs lâouverture de lâA355 en 2021 ; SĂ©curitĂ© routiĂšre, Ă©lĂ©ments gĂ©nĂ©raux sur les voies rĂ©servĂ©es et les comportements de conduite ; Direction interdĂ©partementale des routes, rĂšgles dâaccĂšs prĂ©sentĂ©es pour les voies de covoiturage en France.
Que contrÎlent les radars installés sur la M35 à Strasbourg ?
Ils visent lâusage des voies rĂ©servĂ©es au covoiturage. Leur rĂŽle est de repĂ©rer les vĂ©hicules occupĂ©s par un conducteur seul lorsquâune voie est activĂ©e pour les vĂ©hicules transportant au moins deux personnes et pour certaines catĂ©gories autorisĂ©es.
Les radars de covoiturage mesurent-ils la vitesse ?
Non. Ces Ă©quipements ne sont pas conçus comme des radars de vitesse classiques. Ils sâintĂ©ressent au nombre apparent dâoccupants dans le vĂ©hicule et au respect des conditions dâaccĂšs Ă la voie rĂ©servĂ©e.
Quels horaires avaient été annoncés pour les contrÎles sur la M35 ?
Lors de lâannonce de 2023, les pĂ©riodes visĂ©es Ă©taient les jours ouvrĂ©s entre 6 h et 10 h, puis entre 16 h et 19 h. La signalĂ©tique prĂ©sente sur place reste la rĂ©fĂ©rence Ă consulter avant de sâengager.
Pourquoi lâancienne A35 est-elle devenue la M35 ?
AprĂšs la mise en service de lâA355 en 2021, la traversĂ©e de Strasbourg a Ă©tĂ© requalifiĂ©e en route mĂ©tropolitaine. Cette Ă©volution accompagne une organisation davantage tournĂ©e vers les dĂ©placements locaux et les mobilitĂ©s partagĂ©es.