5 Sep 2026

Découvrez les 5 ponts les plus surprenants et méconnus de Paris

Cet article a été généré par intelligence artificielle et publié sans révision humaine approfondie.

En bref

  • Paris compte 37 franchissements de la Seine, mais certains ouvrages restent largement absents des parcours de tourisme habituels.
  • La passerelle Simone-de-Beauvoir, ouverte en 2006, relie Bercy Ă  la BibliothĂšque nationale de France par une silhouette d’acier de 270 mĂštres.
  • Rue de CrimĂ©e, le dernier pont levant parisien rappelle que le bassin de la Villette demeure une infrastructure fluviale active.
  • Le pont de Bir-Hakeim superpose mĂ©tro aĂ©rien, circulation routiĂšre et marche piĂ©tonne depuis 1905.
  • Aux Buttes-Chaumont, deux franchissements racontent un parc construit comme un dĂ©cor : une passerelle mĂ©tallique mobile et un viaduc de pierre haut de 22 mĂštres.

Le mĂ©tal grince parfois au-dessus de l’eau. Sur les quais, les passants suivent la Seine sans toujours lever les yeux vers les ouvrages qui organisent leur trajet. Les grands noms — Pont-Neuf, pont Alexandre-III, pont des Arts — captent l’attention ; les cinq ponts suivants racontent une autre histoire de Paris, plus technique, plus paysagĂšre et souvent plus intime.

Ouvrage Lieu Date repĂšre Ce qui le rend surprenant
Passerelle Simone-de-Beauvoir Entre Bercy et Tolbiac 2006 Deux arcs entrelacés, sans pile dans la Seine
Pont levant de la rue de Crimée Bassin de la Villette 1885 Dernier pont levant de Paris
Pont de Bir-Hakeim 15e et 16e arrondissements 1905 Deux niveaux, dont un pour la ligne 6
Passerelle des Buttes-Chaumont Parc des Buttes-Chaumont, 19e 1867 Tablier étroit et suspendu à huit mÚtres
Pont des Suicidés Parc des Buttes-Chaumont, 19e 1867 Viaduc de pierre dominant le lac

La passerelle Simone-de-Beauvoir, un pont de Paris qui semble flotter sur la Seine

Elle avance en ondulant. Depuis le quai François-Mauriac, la passerelle Simone-de-Beauvoir dessine deux courbes qui se croisent au-dessus de la riviĂšre, comme un ruban d’acier retenu dans son mouvement. L’ouvrage, inaugurĂ© en 2006, relie l’esplanade de la BibliothĂšque nationale de France François-Mitterrand au parc de Bercy, entre les 12e et 13e arrondissements.

Son implantation dit beaucoup de la transformation de l’est parisien. D’un cĂŽtĂ©, les anciennes emprises ferroviaires et les Grands Moulins ont laissĂ© place au quartier Paris Rive Gauche ; de l’autre, Bercy a converti ses entrepĂŽts vinicoles en parc, Ă©quipements et commerces. La passerelle ne relie donc pas seulement deux rives : elle assemble deux morceaux de ville rĂ©amĂ©nagĂ©s Ă  la fin du XXe siĂšcle et au dĂ©but du suivant.

Le projet est signĂ© par l’architecte autrichien Dietmar Feichtinger. Sa particularitĂ© technique tient Ă  sa structure : deux arcs en acier, l’un supĂ©rieur et l’autre infĂ©rieur, composent un jeu de courbes qui porte les cheminements. Longue de 270 mĂštres, elle franchit la Seine sans s’appuyer sur une pile au milieu du fleuve. Ce choix prĂ©serve le passage des bateaux et dĂ©gage une vue inhabituelle sur le courant, les façades de Tolbiac et le pont de Bercy voisin.

À y regarder de prĂšs, la lĂ©gĂšretĂ© apparente cache une opĂ©ration industrielle considĂ©rable. La structure fut prĂ©assemblĂ©e en Alsace, puis transportĂ©e par voie fluviale jusqu’à Paris. La pose de la travĂ©e centrale, menĂ©e de nuit Ă  l’aide d’une grue flottante, est restĂ©e l’une des images fortes du chantier. La ville ne se fabrique pas seulement avec des plans ; elle se construit aussi par ces gestes presque silencieux, lorsque les infrastructures arrivent par la mĂȘme Seine qu’elles doivent franchir.

Le sol en chĂȘne adoucit l’austĂ©ritĂ© du mĂ©tal. Plusieurs paliers permettent de monter, de descendre, de s’arrĂȘter sans bloquer le passage. Le visiteur pressĂ© traverse souvent tout droit, mais il faut s’attarder devant l’écart entre les deux arcs : le cadre qu’ils dessinent transforme le fleuve en scĂšne mobile. À l’ouest, les silhouettes du ministĂšre de l’Économie et des immeubles de Bercy s’étirent ; Ă  l’est, les tours contemporaines de Paris Rive Gauche rappellent que ce secteur reste l’un des grands laboratoires urbains de la capitale.

La passerelle est strictement rĂ©servĂ©e aux piĂ©tons et aux cyclistes. Cette absence de circulation automobile change radicalement l’expĂ©rience sonore. Les frottements des roues de vĂ©lo, les conversations et le vent dans les garde-corps remplacent le grondement continu qui accompagne la plupart des grands ponts parisiens. Contre toute attente, l’un des franchissements les plus rĂ©cents de Paris procure ainsi une sensation de retrait, alors qu’il se situe dans un secteur dense et trĂšs frĂ©quentĂ©.

Cette tranquillitĂ© a nĂ©anmoins sa contrepartie. Aux heures de sortie des bureaux, des cours ou des Ă©vĂ©nements Ă  l’Accor Arena, l’étroitesse relative des accĂšs peut produire une circulation compacte. Les cyclistes y croisent les promeneurs, les familles et les coureurs ; l’élĂ©gance de l’ouvrage impose aussi une certaine attention partagĂ©e. Ce n’est pas un belvĂ©dĂšre isolĂ©, mais une piĂšce active du rĂ©seau quotidien.

Pour prolonger cette lecture de l’est parisien, la balade Ă©ditoriale consacrĂ©e Ă  Bercy permet de retrouver les traces des anciens chais, tandis que la chronologie de Paris Rive Gauche Ă©claire le basculement du quartier Tolbiac. La passerelle Simone-de-Beauvoir en est le trait d’union visible : un pont qui fait de la circulation un paysage.

Cette forme souple contraste avec une mĂ©canique autrement plus directe, au nord-est de la capitale, lĂ  oĂč le canal impose encore son rythme Ă  la rue.

Détail du garde-corps métallique d'un pont parisien
Illustration générée par intelligence artificielle.

Le pont levant de la rue de Crimée, dernier mécanisme mobile méconnu de Paris

La barriĂšre descend, puis la chaussĂ©e se soulĂšve. Au dĂ©bouchĂ© de la rue de CrimĂ©e, entre le quai de la Marne et le quai de l’Oise, le mouvement garde quelque chose de théùtral. Les voitures patientent, les vĂ©los ralentissent, les passants cherchent le passage du regard. Quelques instants plus tard, une pĂ©niche glisse vers le bassin de la Villette.

Construit en 1885, le pont levant de la rue de CrimĂ©e est aujourd’hui le dernier pont mobile de Paris. Il prolonge l’axe de la rue de CrimĂ©e au-dessus du canal de l’Ourcq, Ă  son point de rencontre avec le bassin de la Villette. Son rĂŽle est trĂšs concret : permettre la circulation terrestre lorsque le tablier est abaissĂ© et mĂ©nager le passage des bateaux lorsque celui-ci s’élĂšve.

L’ouvrage pĂšse environ 85 tonnes. Cette masse ne se devine pas toujours depuis les quais, tant sa silhouette industrielle s’insĂšre dans le dĂ©cor des immeubles et des pĂ©niches amarrĂ©es. Pourtant, le systĂšme de levage hydraulique demeure spectaculaire : le tablier monte Ă  la verticale grĂące Ă  de grandes roues et Ă  un dispositif de contrepoids. La manƓuvre suspend la circulation durant un peu plus d’une minute, un dĂ©lai bref mais suffisant pour rappeler qu’une rue n’est jamais seulement une rue.

Ce qu’on oublie souvent, c’est que le canal de l’Ourcq fut longtemps l’une des grandes artĂšres d’approvisionnement de Paris. DĂšs le dĂ©but du XIXe siĂšcle, il apporte notamment de l’eau et des matĂ©riaux Ă  une capitale en forte croissance. Le bassin de la Villette, achevĂ© sous le Premier Empire, sert de port intĂ©rieur. Les entrepĂŽts, les activitĂ©s artisanales et les voies d’eau ont façonnĂ© la physionomie du quartier bien avant les terrasses et les cinĂ©mas qui en ont renouvelĂ© l’usage.

Le pont appartient Ă  cette histoire productive. Inscrit au titre des monuments historiques depuis 1993, il constitue moins un dĂ©cor patrimonial qu’une machine encore en fonction. Des agents spĂ©cialisĂ©s assurent les opĂ©rations d’ouverture et de fermeture selon les passages fluviaux. L’animation du mĂ©canisme rappelle que Paris conserve, au milieu de ses boulevards, des infrastructures dont la logique vient d’un temps oĂč la marchandise circulait autant par l’eau que par le rail.

La scĂšne est particuliĂšrement lisible depuis les abords du bassin. On y croise des habitants du 19e arrondissement, des usagers du canal Saint-Martin arrivĂ©s Ă  vĂ©lo et des promeneurs qui prolongent leur marche jusqu’au parc de la Villette. Sur la rive nord, le quai de la Marne rassemble cafĂ©s, pĂ©niches et façades plus calmes ; sur le quai de l’Oise, le bĂąti semble parfois plus directement tournĂ© vers l’eau. Le pont fait tenir ensemble ces deux atmosphĂšres.

Il faut toutefois éviter de réduire ce morceau de ville à une image de carte postale industrielle. La fermeture répétée du franchissement peut compliquer les trajets des automobilistes et des bus ; les quais, trÚs fréquentés aux beaux jours, supportent une densité piétonne réelle. Cette contrainte est précisément ce qui donne au lieu sa cohérence : ici, le fleuve et le canal ne sont pas des arriÚre-plans. Ils commandent encore le temps de la circulation.

Pour comprendre la gĂ©ographie de ce secteur, la lecture du quartier de la Villette peut ĂȘtre complĂ©tĂ©e par la fiche du marchĂ© SecrĂ©tan, situĂ© Ă  moins d’un kilomĂštre au sud-ouest. Le pont levant de la rue de CrimĂ©e condense cette part de Paris que les grands circuits de tourisme ignorent : une ville dont les rouages restent visibles.

AprĂšs cette mĂ©canique verticale, la Seine propose un ouvrage plus monumental, oĂč le rail circule littĂ©ralement au-dessus de la chaussĂ©e.

Le pont de Bir-Hakeim, une architecture parisienne à deux étages entre métro et riviÚre

Le mĂ©tro arrive par le ciel. Sur le pont de Bir-Hakeim, les rames de la ligne 6 surgissent entre les piles mĂ©talliques, puis filent vers Passy ou Dupleix dans un bruit rĂ©gulier. En dessous, voitures, deux-roues et piĂ©tons se partagent un autre niveau. Peu de ponts Ă  Paris donnent avec autant de prĂ©cision la mesure d’une ville superposĂ©e.

L’ouvrage actuel est inaugurĂ© en 1905, Ă  l’occasion de la grande rĂ©organisation des circulations liĂ©e au dĂ©veloppement du mĂ©tro. Il succĂšde au pont de Passy, Ă©tabli au XIXe siĂšcle. L’ingĂ©nieur Louis Biette et l’architecte Jean-Camille FormigĂ© imaginent un franchissement Ă  deux niveaux, conçu pour relier le 15e et le 16e arrondissements tout en portant le viaduc ferroviaire du mĂ©tro aĂ©rien.

Sa structure mesure environ 237 mĂštres et se divise en deux parties qui rejoignent la pointe de l’üle aux Cygnes. Cette dĂ©coupe n’est pas un artifice : l’üle, longue bande de terre artificielle créée au XIXe siĂšcle, forme ici un appui gĂ©ographique dĂ©cisif. Depuis le tablier, la vue se dĂ©ploie d’un cĂŽtĂ© vers la tour Eiffel, de l’autre vers les immeubles de Grenelle et les coteaux de Passy. La Seine paraĂźt large, presque lente, malgrĂ© la densitĂ© de la ville autour.

Un dĂ©tail attire l’Ɠil : les grandes colonnades de fonte, les lampadaires et les ornements du niveau infĂ©rieur. FormigĂ©, qui a Ă©galement travaillĂ© sur les serres du jardin des Plantes et les arĂšnes de LutĂšce, refuse l’idĂ©e d’un ouvrage purement utilitaire. Le pont assume son rĂŽle d’infrastructure tout en empruntant au vocabulaire dĂ©coratif de son Ă©poque. Cette alliance entre technique et mise en scĂšne explique son pouvoir visuel durable.

Le cinĂ©ma ne s’y est pas trompĂ©. Le lieu a servi de dĂ©cor Ă  de nombreux tournages, notamment dans Inception de Christopher Nolan en 2010, mais aussi dans des productions françaises et des sĂ©ries internationales. Cette notoriĂ©tĂ© peut faire oublier la fonction premiĂšre du pont : transporter chaque jour une part importante des flux entre la rive gauche et la rive droite. Sous les images de fiction, il y a une infrastructure mĂ©tropolitaine trĂšs concrĂšte.

À la pointe de l’üle aux Cygnes se dresse La France renaissante, sculpture de Jeanne d’Arc Ă  cheval rĂ©alisĂ©e par le Danois Holger Wederkinch et installĂ©e en 1930. La statue, tournĂ©e vers l’ouest, apparaĂźt souvent dans les photographies prises depuis le pont. Elle compose avec la rĂ©plique de la Statue de la LibertĂ©, situĂ©e plus loin sur l’üle, un axe de monuments que l’on remarque rarement lorsqu’on ne fait que traverser en mĂ©tro.

La beautĂ© du dispositif s’accompagne d’une exposition au bruit. Le passage rĂ©gulier des rames, les vĂ©hicules et les rafales venues du fleuve donnent au pont une Ă©nergie qui ne convient pas Ă  une marche silencieuse. Les trottoirs restent parfois Ă©troits lorsque les groupes de photographes se massent face Ă  la tour Eiffel. LĂ  encore, l’intĂ©rĂȘt du lieu tient Ă  cette tension : il n’offre pas une vision lisse de Paris, mais un condensĂ© de ses vitesses.

Le lien avec l’üle aux Cygnes mĂ©rite une marche distincte. La carte de la promenade de l’üle aux Cygnes permet d’en suivre les 870 mĂštres jusqu’au pont de Grenelle, tandis que le simulateur de trajets montre la place de la ligne 6 dans les dĂ©placements quotidiens. Bir-Hakeim rĂ©sume une Ă©vidence urbaine : Ă  Paris, un pont peut ĂȘtre Ă  la fois rue, rail et balcon sur la Seine.

En quittant les grandes perspectives de la Seine, le regard se dĂ©place vers un relief fabriquĂ© de toutes piĂšces, au cƓur du 19e arrondissement.

La passerelle des Buttes-Chaumont, un pont suspendu surprenant au cƓur d’un parc parisien

Le tablier bouge lĂ©gĂšrement sous les pas. Entre les cĂąbles, le lac apparaĂźt par fragments, sombre sous les feuillages et les rochers reconstituĂ©s. Au parc des Buttes-Chaumont, la passerelle suspendue mĂšne Ă  l’üle du BelvĂ©dĂšre avec une simplicitĂ© presque aventureuse. Cette sensation tranche avec l’image habituelle de Paris, ville de pierre et d’alignements.

Le parc ouvre en 1867, Ă  l’occasion de l’Exposition universelle. Sous l’impulsion de NapolĂ©on III et du prĂ©fet Georges-EugĂšne Haussmann, l’ancien site des carriĂšres de gypse, des abattoirs et du dĂ©pĂŽt d’équarrissage est transformĂ© en paysage artificiel. L’ingĂ©nieur Adolphe Alphand, l’architecte Gabriel Davioud et le jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps participent Ă  cette composition qui mĂȘle reliefs, grotte, lac et belvĂ©dĂšre.

La passerelle mĂ©tallique se situe Ă  environ 8 mĂštres au-dessus du lac. Étroite, dotĂ©e d’un plancher en bois et de garde-corps ajourĂ©s, elle ne cherche pas Ă  effacer son mouvement. Elle l’assume. Les oscillations restent limitĂ©es, mais elles suffisent Ă  rappeler qu’il ne s’agit pas d’un chemin de parc ordinaire. Le franchissement introduit une petite rupture dans la promenade, une variation de sol et de hauteur qui transforme la marche en expĂ©rience physique.

Le nom de Gustave Eiffel lui est souvent associĂ©, tant sa charpente Ă©voque la grammaire mĂ©tallique de la fin du XIXe siĂšcle. L’histoire du parc est toutefois le fruit d’un travail collectif oĂč Alphand joue un rĂŽle dĂ©terminant. Cette nuance compte : Paris aime les signatures cĂ©lĂšbres, mais ses grands paysages ont presque toujours Ă©tĂ© produits par des alliances entre ingĂ©nieurs, jardiniers, architectes et ouvriers. Le mĂ©tal, ici, n’est pas une prouesse isolĂ©e ; il sert un dĂ©cor paysager trĂšs orchestrĂ©.

L’üle du BelvĂ©dĂšre est dominĂ©e par le temple de la Sibylle, construit par Davioud sur le modĂšle du temple de Vesta Ă  Tivoli. Depuis les abords, l’édifice paraĂźt posĂ© sur un piton naturel. Il est pourtant le rĂ©sultat d’une mise en scĂšne soigneusement calculĂ©e. Les rochers, les cascades et les escarpements du parc ont Ă©tĂ© composĂ©s pour produire l’illusion d’une excursion lointaine, Ă  quelques centaines de mĂštres seulement des immeubles de la rue Botzaris et de la rue Manin.

On y croise des lecteurs assis dans l’herbe, des enfants attirĂ©s par le lac et des joggeurs qui Ă©vitent les pentes les plus raides. La passerelle concentre ces usages : elle est photographiĂ©e, traversĂ©e, attendue quand elle est temporairement fermĂ©e pour entretien. Cette popularitĂ© entraĂźne une contrepartie prĂ©visible. Les week-ends lumineux, l’accĂšs Ă  l’üle peut devenir encombrĂ© et l’étroitesse du tablier impose une circulation lente, parfois frustrante.

Le visiteur pressĂ© passe sans voir la logique gĂ©ologique du lieu. Avant le parc, les carriĂšres avaient entaillĂ© cette colline du nord-est parisien ; aprĂšs 1867, la ville a choisi d’en faire un paysage de loisirs. La passerelle ne franchit donc pas seulement un lac : elle franchit une mĂ©moire de sol, faite d’extraction, de remblais et de jardin public. Elle montre comment l’architecture peut transformer une cicatrice urbaine en lieu de respiration.

La lecture du quartier des Buttes-Chaumont permet de replacer le parc dans l’histoire du 19e arrondissement, et la carte interactive du quartier en chiffres Ă©claire les Ă©quipements autour de la rue Botzaris. Dans ce parc, la passerelle rappelle une idĂ©e simple : le paysage parisien le plus dĂ©paysant est parfois celui qui a Ă©tĂ© entiĂšrement construit.

À quelques mĂštres de lĂ , un second ouvrage offre un contraste saisissant : plus massif, plus Ă©levĂ©, et chargĂ© d’une mĂ©moire qu’il convient d’aborder avec retenue.

Le pont des SuicidĂ©s aux Buttes-Chaumont, comprendre l’histoire derriĂšre un nom difficile

La pierre dessine une arche au-dessus du lac. Depuis le chemin infĂ©rieur, le viaduc paraĂźt presque romain, avec sa maçonnerie claire et son profil robuste. Dans le parc des Buttes-Chaumont, cet ouvrage est couramment appelĂ© le pont des SuicidĂ©s. Le surnom est lourd ; il ne rĂ©sume pourtant ni l’architecture du lieu ni les usages qui l’ont fait vivre depuis plus d’un siĂšcle et demi.

ÉdifiĂ© lors de la crĂ©ation du parc en 1867, le pont conduit vers l’üle du BelvĂ©dĂšre et le temple de la Sibylle. Il s’élĂšve Ă  environ 22 mĂštres au-dessus du plan d’eau. Sa silhouette de pierre contraste avec la passerelle mĂ©tallique voisine : ici, tout semble stable, compact, presque antique. Cette impression est voulue. Le jardin conçu sous le Second Empire joue dĂ©libĂ©rĂ©ment sur l’alternance entre ouvrages rustiques, reliefs dramatiques et rĂ©fĂ©rences aux paysages italiens.

Le nom d’usage vient de drames survenus au fil des dĂ©cennies, lorsque certaines personnes ont utilisĂ© la hauteur du viaduc pour mettre fin Ă  leurs jours. Il convient de le dire sans dĂ©tail inutile et sans transformer ces tragĂ©dies en rĂ©cit pittoresque. Des dispositifs de protection ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s au fil du temps afin de limiter les risques. L’ouvrage demeure aujourd’hui un passage trĂšs frĂ©quentĂ©, entretenu dans le cadre du parc municipal.

Cette histoire difficile rappelle que l’architecture n’est jamais sĂ©parĂ©e des rĂ©alitĂ©s humaines. Un pont n’est pas seulement un objet esthĂ©tique ou un dĂ©cor de promenade : il organise des circulations, des points de vue et parfois des situations de vulnĂ©rabilitĂ©. La ville rĂ©pond alors par des amĂ©nagements concrets, souvent discrets. Les protections modifient la perception du viaduc, mais elles signalent aussi une attention nĂ©cessaire Ă  la sĂ©curitĂ© dans les lieux en hauteur.

Il faut s’attarder devant les matĂ©riaux. La pierre, les garde-corps et la courbe de l’arche composent une scĂ©nographie qui regarde autant vers le lac que vers le belvĂ©dĂšre. En contrebas, les canards et les barques donnent au site une apparence paisible ; au-dessus, le temple de la Sibylle se dĂ©tache parmi les arbres. Cette coexistence entre beautĂ© paysagĂšre et nom douloureux empĂȘche toute lecture dĂ©corative. Elle oblige Ă  voir le parc dans toute son Ă©paisseur.

Le quartier respire autrement autour des Buttes-Chaumont. Les rues de la MouzaĂŻa, Ă  l’est, prolongent le relief par des maisons basses, des jardins et des venelles. Plus au sud, autour de Jourdain et de la rue de Belleville, l’activitĂ© commerciale et les transports reprennent leur cadence. Le parc est donc Ă  la fois une destination et une articulation : il relie, par ses chemins, des tissus urbains trĂšs diffĂ©rents sur une superficie d’environ 25 hectares, selon la Ville de Paris.

Le revers de cette centralitĂ© est connu des riverains. Les beaux jours concentrent les usages sur les pelouses et les chemins, tandis que certains accĂšs escarpĂ©s restent moins faciles pour les personnes Ă  mobilitĂ© rĂ©duite. Ce parc de relief ne peut pas offrir partout la mĂȘme accessibilitĂ©. Sa force tient justement Ă  cette topographie, mais elle appelle une lecture lucide plutĂŽt qu’une admiration automatique.

Dans l’histoire des ponts parisiens, celui-ci occupe une place singuliĂšre. Il n’est ni un franchissement de la Seine, ni une prouesse ferroviaire, ni une infrastructure routiĂšre majeure. Il est un Ă©lĂ©ment de paysage, construit pour faire oublier les anciennes carriĂšres puis devenu porteur de rĂ©cits contradictoires. Les noms vernaculaires collent parfois aux lieux avec une persistance troublante ; les comprendre permet de ne pas les rĂ©pĂ©ter mĂ©caniquement.

Pour saisir ces cinq ponts surprenants et mĂ©connus en une journĂ©e, le dĂ©tour le plus juste consiste Ă  emprunter le chemin infĂ©rieur des Buttes-Chaumont jusqu’au viaduc, puis Ă  lever les yeux vers l’arche avant de reprendre la marche. Le Paris des ponts commence souvent lĂ  oĂč le regard ralentit.

Sources et repĂšres pour approfondir l’histoire des ponts mĂ©connus de Paris

Les informations historiques et techniques rĂ©unies ici s’appuient sur les fiches patrimoniales de la Ville de Paris, les notices de la Base MĂ©rimĂ©e du ministĂšre de la Culture et les ressources de Paris MusĂ©es. Elles permettent de replacer chaque ouvrage dans une histoire urbaine plus vaste que sa seule apparence.

Pour la passerelle Simone-de-Beauvoir, les donnĂ©es de longueur, d’inauguration et de conception renvoient notamment aux documents de la Ville de Paris consacrĂ©s aux franchissements de la Seine et au projet de Dietmar Feichtinger. Pour le pont de Bir-Hakeim, la date de 1905, le rĂŽle de Louis Biette et de Jean-Camille FormigĂ©, ainsi que la prĂ©sence de la ligne 6, sont documentĂ©s par la RATP et les archives municipales.

Le pont levant de la rue de CrimĂ©e figure dans la documentation de la Base MĂ©rimĂ©e comme ouvrage protĂ©gĂ© au titre des monuments historiques. Les Ă©lĂ©ments relatifs au parc des Buttes-Chaumont, inaugurĂ© en 1867 et amĂ©nagĂ© sous la direction d’Adolphe Alphand, sont prĂ©sentĂ©s par la Ville de Paris et les fonds historiques consacrĂ©s aux transformations haussmanniennes.

Combien de ponts franchissent la Seine Ă  Paris ?

Paris compte 37 ponts et passerelles franchissant la Seine, selon les décomptes municipaux généralement retenus. Ce total inclut les ouvrages routiers, ferroviaires et piétons.

Quel est le dernier pont levant encore en activité à Paris ?

Le pont de la rue de CrimĂ©e, au bassin de la Villette, est le dernier pont levant parisien. Construit en 1885, il s’élĂšve pour laisser circuler les embarcations sur le canal de l’Ourcq.

Pourquoi la passerelle Simone-de-Beauvoir est-elle différente des autres ponts de Paris ?

Ouverte en 2006, elle se distingue par ses deux arcs d’acier entrelacĂ©s, son plancher de chĂȘne et l’absence de pile dans la Seine. Elle est rĂ©servĂ©e aux piĂ©tons et aux cyclistes.

Le pont de Bir-Hakeim est-il accessible Ă  pied ?

Oui. Son niveau inférieur comporte des trottoirs piétons, à cÎté de la chaussée routiÚre. Le niveau supérieur accueille le viaduc de la ligne 6 du métro.

Pourquoi le viaduc des Buttes-Chaumont porte-t-il un nom si sombre ?

Le surnom de pont des SuicidĂ©s renvoie Ă  des drames anciens. L’ouvrage, construit en 1867, a depuis fait l’objet de mesures de sĂ©curisation et reste avant tout un passage vers l’üle du BelvĂ©dĂšre.

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