En bref
- Plan de A Ă Z sâinstalle au 117 La CanebiĂšre avec une promesse simple : faire tenir ensemble gastronomie, crĂ©ation et solidaritĂ©, dans un mĂȘme lieu lisible et ouvert.
- Porté par Carine, Ilia, Sophie et Zoé, le projet assume une culture de la réutilisation, de la mutualisation et du partage, sans perdre le sens du goût.
- Le midi, une cantine vĂ©gĂ©tarienne sâappuie sur les invendus du M.I.N de Marseille et des agriculteurs locaux : plat du jour Ă 8 âŹ, jus Ă 2,50 âŹ.
- Le week-end, un brunch (11 h â 15 h 30) et, le soir, des cuisines invitĂ©es : la carte devient un prĂ©texte Ă la rencontre et au rĂ©cit.
- Sur 200 mÂČ, ateliers, patio, verriĂšre et terrasse dessinent un Ă©picentre culinaire autant que culturel, pensĂ© pour accueillir un Ă©vĂ©nement local sans folklore.
- En coulisses, lâassociation Cantina y stocke des denrĂ©es brutes redistribuĂ©es avec Les Coursiers Solidaires : lâassiette et lâaide alimentaire sâalimentent lâune lâautre.
Sur la CanebiĂšre, un lieu qui sâentend avant de se voir
Ă hauteur du 117, la CanebiĂšre a ce bruit particulier : un mĂ©lange de bus qui freinent, de couverts quâon empile, de conversations qui se chevauchent. La lumiĂšre glisse sur les façades, accroche une enseigne, puis se perd dans lâombre dâun porche. Un dĂ©tail attire lâĆil : une terrasse oĂč lâon mange vite, mais pas nâimporte comment.
Le Plan de A Ă Z prend place lĂ , au milieu de cette artĂšre qui a tant servi de dĂ©cor Ă la vie urbaine marseillaise. Le visiteur pressĂ© passe sans voir ce que le lieu raconte dĂ©jĂ : une cuisine qui ne se contente pas dâaligner des plats, et une programmation qui ne se contente pas dâaligner des dates. Ici, lâassiette et la scĂšne partagent la mĂȘme table.
Le projet naĂźt dâun quatuor « trĂšs carrĂ© » â Carine, Ilia, Sophie et ZoĂ© â venues du monde artistique et/ou de la restauration. Leur grammaire est celle des ateliers, des coups de main, des objets quâon rĂ©pare plutĂŽt quâon remplace. Ce quâon oublie souvent, câest que ces valeurs ne tiennent que si elles sâincarnent dans une organisation : les quatre fondatrices choisissent une SCOP (SARL) pour porter le tiers-lieu, maniĂšre de lier le quotidien du comptoir Ă une gouvernance partagĂ©e.
Le dĂ©clencheur, lui, est institutionnel. Le lieu sâinscrit dans un appel dâoffres lancĂ© par la Ville de Marseille dans le cadre du plan de redynamisation de la CanebiĂšre. La commande publique ne garantit pas la rĂ©ussite, mais elle fixe un cap : tenir des engagements, ouvrir, programmer, ancrer. La crĂ©dibilitĂ© se joue alors sur des dĂ©tails : une amplitude horaire, un prix affichĂ©, un planning dâateliers, un rĂ©seau local mobilisĂ©.
| Peu de temps ? VoilĂ ce qu’il faut retenir | |
|---|---|
| Adresse | 117 La CanebiĂšre, 13001 Marseille |
| Surface | 200 mÂČ (espaces de cuisine, atelier, patio, verriĂšre, terrasse) |
| Forme | SCOP (SARL) portée par 4 cofondatrices (Carine, Ilia, Sophie, Zoé) |
| Midi | Cantine vĂ©gĂ©tarienne, plat du jour 8 âŹ, jus du jour 2,50 ⏠|
| Week-end | Brunch convivial 11 h â 15 h 30, avec options (y compris bacon) |
| Solidarité logistique | Stockage Cantina + distribution à vélo par Les Coursiers Solidaires |
La suite se joue dans les usages. Quand un lieu ambitionne dâĂȘtre Ă la fois Ă©picentre culinaire et culturel, il doit prouver quâil sait gĂ©rer les frottements : le midi rapide nâa pas la mĂȘme mĂ©canique que le soir festif, et un atelier de rĂ©paration ne cohabite pas spontanĂ©ment avec une cuisine en tension. Ă y regarder de prĂšs, la CanebiĂšre sert ici de test grandeur nature. Lâenjeu est simple : tenir sur la durĂ©e.
Une cantine anti-gaspi qui parle autant dâĂ©conomie que de cuisine mĂ©diterranĂ©enne
Le midi, tout commence par un panier de rĂ©cupâ. Pas un symbole vague, mais des denrĂ©es bien rĂ©elles issues des invendus du M.I.N et dâagriculteurs locaux. La contrainte devient mĂ©thode : composer en fonction de ce qui arrive, et non de ce qui Ă©tait prĂ©vu. Dans une ville oĂč la gastronomie oscille entre tradition populaire et tables ambitieuses, le geste anti-gaspi se mesure surtout Ă la rĂ©gularitĂ© : servir chaque jour, Ă heure fixe, sans dĂ©grader la qualitĂ©.
Le plat unique Ă 8 ⏠et le jus Ă 2,50 ⏠ne sont pas quâune accroche tarifaire. Ils posent une Ă©quation urbaine : sur un axe central, oĂč la pression fonciĂšre et les charges peuvent vite pousser les prix vers le haut, maintenir une assiette complĂšte autour de 10 ⏠relĂšve dâun arbitrage assumĂ©. La contrepartie existe : lâoffre dĂ©pend des arrivages, et le client habituĂ© aux cartes interminables doit accepter la surprise du jour. Mais cette surprise, ici, devient un fil narratif.
Un dĂ©tail attire lâĆil : la façon dont les lĂ©gumes « cabossĂ©s » sont prĂ©sentĂ©s sans sâexcuser. Le goĂ»t fait le travail, et la cuisson aussi. La cuisine mĂ©diterranĂ©enne sert de colonne vertĂ©brale parce quâelle sait magnifier lâhumble : un tian rĂ©inventĂ©, une soupe froide, une salade dâherbes, une lĂ©gumineuse longuement mijotĂ©e. Le propos nâest pas de singer les grands classiques, mais dâen reprendre lâintelligence : le soleil, lâhuile, lâaciditĂ©, le croquant.
Le brunch comme scÚne sociale : convivial, mais réglé comme une horloge
Le week-end, de 11 h Ă 15 h 30, le brunch ajoute une autre partition. On y croise des habituĂ©s du centre, des salariĂ©s en pause dĂ©calĂ©e, des familles qui cherchent un lieu simple, des amateurs dâune table oĂč le sucrĂ© ne chasse pas le salĂ©. Lâoption « avec ou sans bacon » dit quelque chose dâimportant : lâidentitĂ© vĂ©gĂ©tarienne nâest pas un dogme fermĂ©, plutĂŽt une direction majoritaire qui laisse place Ă des Ă©carts assumĂ©s.
Ce format sert aussi dâinterface avec le quartier. La CanebiĂšre, selon les heures, peut ĂȘtre bruyante, traversante, parfois fatigante. Proposer un temps long, Ă table, câest parier sur une autre vitesse. La contrepartie, lĂ encore, est concrĂšte : un brunch rĂ©ussi demande du personnel, de la mise en place, une gestion des flux en salle et en terrasse. LâidĂ©e se vĂ©rifie dans les dĂ©tails : une file qui avance, un service qui garde le sourire, une addition lisible.
Le soir, la cuisine devient invitation : ouvrir la porte Ă dâautres mains
Quand tombe la fin dâaprĂšs-midi, le lieu bascule vers lâaccueil de chef.fes et de passionnĂ©.es qui prennent la cuisine le temps dâune soirĂ©e. Lâenjeu nâest pas de multiplier les signatures pour faire du bruit, mais de fabriquer une diversitĂ© cohĂ©rente. Une semaine peut faire dialoguer un menu inspirĂ© du Maghreb, une proposition italienne populaire, puis une assiette vĂ©gĂ©tale plus expĂ©rimentale. Le fil rouge reste la rencontre, plus que la performance.
Dans un secteur oĂč la restauration souffre encore, en 2026, dâune tension sur les recrutements et dâune volatilitĂ© des modĂšles, lâhospitalitĂ© partagĂ©e apparaĂźt comme une stratĂ©gie de rĂ©silience. Le lieu se dote dâun cadre ; les invitĂ©.es amĂšnent une histoire et un tour de main. Un soir, une recette devient conversation. Et la conversation, parfois, devient fidĂ©litĂ©. Câest souvent lĂ que se gagne la pĂ©rennitĂ©.
Le terrain suivant est celui des solidarités concrÚtes : celles qui font circuler la nourriture autant que les idées.
Quand lâaide alimentaire sâorganise comme une logistique de quartier
Ce quâon oublie souvent, câest que lâanti-gaspi ne se limite pas Ă Ă©viter une poubelle. Il sâagit de dĂ©placer, stocker, trier, rĂ©partir, dans des temps compatibles avec le vivant. Dans le Plan de A Ă Z, lâassociation Cantina hĂ©berge un espace de stockage de denrĂ©es vĂ©gĂ©tales brutes rĂ©cupĂ©rĂ©es auprĂšs de partenaires marseillais et des alentours. Ce choix transforme le tiers-lieu en nĆud logistique : la cuisine nâest plus seulement un poste de transformation, elle devient un pivot.
La distribution, elle, est assurĂ©e Ă vĂ©lo par Les Coursiers Solidaires. LĂ encore, le symbole nâa de valeur que sâil tient dans la rue : un vĂ©lo-cargo qui se faufile, un crĂ©neau horaire respectĂ©, une caisse qui arrive intacte. On est loin de lâimage romantique de la solidaritĂ© improvisĂ©e. Il faut de la mĂ©thode, des partenaires, des plannings, et une capacitĂ© Ă absorber les imprĂ©vus (arrivages irrĂ©guliers, variations de volume, mĂ©tĂ©o).
Le modĂšle a un effet direct sur le quartier. Dâabord, il renforce des liens entre acteurs qui se croisent rarement : associations, agriculteurs, commerçants, cuisiniers, publics fragiles, habitants curieux. Ensuite, il donne un contenu trĂšs concret Ă la notion de « mutualisation » : un mĂȘme flux de denrĂ©es peut alimenter Ă la fois la cantine du midi, des ateliers culinaires, et des dispositifs dâaide. La contrepartie, elle, tient Ă la gestion : un lieu ouvert au public doit aussi protĂ©ger ses espaces de stockage, garantir lâhygiĂšne, assurer la traçabilitĂ©.
Des denrĂ©es Ă lâassiette : la pĂ©dagogie par le geste
La transformation culinaire devient une maniĂšre de rendre visible ce qui reste dâhabitude hors champ. Une botte de carottes un peu fatiguĂ©e peut finir en veloutĂ© ; des fruits trop mĂ»rs deviennent jus ; des herbes gagnent une sauce. Cette pĂ©dagogie est silencieuse, mais efficace : manger ici, câest intĂ©grer quâun produit nâest pas « bon » ou « mauvais » en soi, quâil dĂ©pend dâun regard et dâune technique.
Dans une ville comme Marseille, oĂč cohabitent marchĂ©s de plein air, grandes surfaces pĂ©riphĂ©riques et circuits courts en plein essor, un lieu qui met en scĂšne lâusage des invendus questionne sans donner de leçon. Il faut sâattarder devant lâorganisation du comptoir : des affichages simples, une explication du plat du jour, et parfois une discussion sur lâorigine des produits. Les valeurs populaires ne sont pas un slogan : elles se vĂ©rifient au moment de payer et de sâasseoir.
Un Ă©vĂ©nement local qui ne dĂ©tourne pas lâĂ©nergie du quotidien
Le risque des lieux hybrides est connu : se perdre dans la programmation au point dâoublier le service. Ici, lâĂ©quilibre se joue dans la capacitĂ© Ă faire de lâĂ©vĂ©nement local un prolongement naturel de lâactivitĂ©, et non une parenthĂšse Ă©puisante. Une distribution solidaire peut se doubler dâun atelier ; un dĂźner peut se terminer par une discussion ; une projection peut sâaccompagner dâune soupe. Lâimportant est la continuitĂ© des gestes.
La CanebiĂšre a vu passer des cycles dâanimation et de creux. Un tiers-lieu ne « sauve » pas une avenue Ă lui seul, mais il peut, Ă sa mesure, Ă©paissir la trame. Un comptoir allumĂ©, un calendrier lisible, des partenaires stables : câest souvent ainsi quâun quartier respire. Et câest sur cette respiration que sâouvre la dimension culturelle.
Un tiers-lieu de 200 mÂČ : ateliers, patio, verriĂšre et terrasse comme outils de lien social
Le Plan de A Ă Z revendique 200 mÂČ optimisĂ©s. Dit comme cela, la formule pourrait rester abstraite. Mais lâespace, ici, se lit comme un plan de travail : des zones dĂ©diĂ©es, des transitions, des seuils. Le quartier respire diffĂ©remment quand un lieu propose plusieurs usages sans les confondre. On peut dĂ©jeuner, puis revenir pour une jam, ou croiser une projection sans se sentir de trop.
DĂšs septembre, une programmation mĂȘlant cuisine et culture doit sâinstaller, avec la possibilitĂ© de semi-privatisation. Ce choix nâest pas anodin : il permet dâaccueillir des collectifs, des associations, des petites structures qui cherchent un cadre sans louer une salle impersonnelle. La contrepartie est immĂ©diate : la semi-privatisation doit rester compatible avec lâaccueil du quartier, sous peine de transformer le lieu en club fermĂ©. La ligne est fine, et elle se trace au quotidien.
Le laboratoire mutualisable au sous-sol : apprendre, transmettre, répéter
Au sous-sol, un laboratoire mutualisable accueille des cours de cuisine et des ateliers. Ce type dâĂ©quipement rĂ©pond Ă une rĂ©alitĂ© Ă©conomique : tout le monde nâa pas les moyens dâun laboratoire conforme et Ă©quipĂ©, surtout pour dĂ©marrer. Mutualiser, câest permettre lâessai, la rĂ©pĂ©tition, lâerreur. Un soir, un cuisinier amateur y teste une recette ; une autre fois, une association y organise un atelier anti-gaspi. La compĂ©tence circule avec les ustensiles.
Dans le paysage français des tiers-lieux, cette logique de « cuisine-outil » sâaffirme depuis le dĂ©but des annĂ©es 2020. Elle prend, sur la CanebiĂšre, une saveur particuliĂšre : le centre-ville nâest pas un campus, câest un espace habitĂ©, traversĂ©, parfois tendu. La rĂ©ussite dĂ©pend donc de la capacitĂ© Ă faire coexister lâapprentissage et le respect du voisinage, notamment sur le bruit et les horaires. Un lieu ouvert tard doit ĂȘtre prĂ©cis sur ses rĂšgles.
Patio et verriÚre : des scÚnes modestes, mais décisives
Les jams improvisĂ©es sous le patio, les mini-concerts, les spectacles tout public, les projections intimistes sous la verriĂšre : tout cela peut sembler lĂ©ger. Pourtant, ces formats Ă jauge contenue fabriquent souvent des fidĂ©litĂ©s plus solides que les grandes soirĂ©es. Un dĂ©tail attire lâĆil : la proximitĂ©. On nâest pas face Ă une scĂšne lointaine ; on est Ă deux mĂštres dâun instrument, Ă portĂ©e de voix.
La programmation annoncĂ©e assume une diversitĂ© de calendriers et de rĂ©fĂ©rences : PĂąques, AĂŻd, Carnaval, Hanouka, Chandeleur, Vesak, Nouvel An chinois, mais aussi des moments populaires revisitĂ©s. LâintĂ©rĂȘt urbain est clair : offrir des occasions de se croiser sans assigner les gens Ă une identitĂ©. La contrepartie, lĂ encore, existe : tenir une pluralitĂ© demande une coordination fine, et une attention Ă ne pas empiler les dates comme on empilerait des affiches.
Terrasse et ateliers de réparation : la ville comme matiÚre premiÚre
Sur la terrasse, des ateliers de rĂ©paration collaboratifs et des confĂ©rences autour des « 3 R » â rĂ©duire, rĂ©utiliser, recycler â prolongent la logique de transformation. La ville devient matiĂšre premiĂšre : un grille-pain Ă sauver, une chaise Ă consolider, un vĂȘtement Ă reprendre. Cette approche, trĂšs prĂ©sente dans les quartiers en transition, prend une couleur marseillaise : celle du bricolage intelligent, du systĂšme D, et de la solidaritĂ© qui nâa pas besoin dâemphase.
On y croise alors des profils qui ne se seraient peut-ĂȘtre jamais rencontrĂ©s autour dâune table classique. Un artisan explique une soudure ; une Ă©tudiante en art parle dâun dĂ©cor ; un voisin raconte lâhistoire dâun objet. La culture, ici, nâest pas un programme hors sol. Elle se fabrique au contact de la vie urbaine. Et câest cette fabrique qui fait du lieu une plateforme, pas une parenthĂšse.
Reste une question : quâest-ce que cette adresse change, concrĂštement, Ă lâĂ©chelle de la CanebiĂšre et de ses trajectoires rĂ©centes ?
Redynamisation de la CanebiĂšre : ce que le Plan de A Ă Z dit de la ville qui se transforme
Au dĂ©but du siĂšcle dernier, la CanebiĂšre incarnait un Marseille de vitrines, dâhĂŽtels, de cafĂ©s, de flux. Puis lâavenue a connu des pĂ©riodes plus inĂ©gales, entre changements de commerces, transformations des mobilitĂ©s et dĂ©bats sur lâimage. Dans ce contexte, lâarrivĂ©e dâun tiers-lieu comme le Plan de A Ă Z sâinscrit dans une logique de redynamisation portĂ©e par la ville, mais sa rĂ©ussite dĂ©pend surtout dâune chose : sa capacitĂ© Ă devenir une habitude.
Le rĂŽle dâun Ă©picentre culinaire ne se mesure pas seulement au nombre dâassiettes servies, mais Ă la maniĂšre dont il capte des trajectoires. Un salariĂ© descend du tram, mange en terrasse, repĂšre une affiche de concert, revient le samedi pour le brunch, puis participe Ă un atelier. Ce scĂ©nario, simple, est un indicateur urbain : il traduit une capacitĂ© Ă retenir, Ă faire rester, Ă produire du lien. La CanebiĂšre, artĂšre de passage, a besoin de lieux qui fabriquent du temps.
Gouvernance et mutualisation : le nerf de la durabilité
La SCOP nâest pas un dĂ©tail juridique. Câest une maniĂšre de dire que le lieu ne repose pas sur une figure unique, mais sur une Ă©quipe. Dans un secteur oĂč les projets sâessoufflent souvent aprĂšs lâeffet dâannonce, cette structure peut aider Ă absorber les chocs : turn-over, fatigue, saisonnalitĂ©, hausse des coĂ»ts. La mutualisation, ici, nâest pas un mot creux ; elle sâapplique Ă lâoutil de production, au savoir-faire et aux rĂ©seaux.
La contrepartie est connue : la dĂ©cision partagĂ©e exige du temps, de la mĂ©thode, des arbitrages parfois moins rapides. Mais sur le long terme, cette lenteur relative peut devenir une force, surtout quand il sâagit dâancrer un lieu dans un quartier oĂč les habitants repĂšrent vite les projets qui « passent » et ceux qui sâinstallent.
Ăconomie populaire et exigence culinaire : une cohabitation Ă prouver chaque jour
Affirmer des prix accessibles sur un axe central engage Ă une discipline quotidienne. Le plat du jour Ă 8 ⏠oblige Ă une chaĂźne logistique efficace, Ă une maĂźtrise des pertes, Ă une cuisine capable de transformer vite sans sacrifier lâĂ©quilibre. Lâanti-gaspi ne pardonne pas lâĂ -peu-prĂšs : une denrĂ©e rĂ©cupĂ©rĂ©e demande souvent plus de tri, plus dâattention, parfois plus de temps.
Le lieu trouve lĂ un terrain dâexemplaritĂ©, mais aussi de fragilitĂ©. Si la frĂ©quentation faiblit, lâĂ©quilibre Ă©conomique se tend. Si la frĂ©quentation explose, la qualitĂ© peut souffrir. Tout se joue dans le rĂ©glage fin des capacitĂ©s : nombre de couverts, rythme de service, programmation du soir. Ce qui compte, au fond, câest la constance. La CanebiĂšre nâoffre pas de seconde chance aux adresses qui promettent beaucoup et tiennent peu.
Une découverte culturelle qui ne se résume pas à une affiche
La dĂ©couverte culturelle est parfois rĂ©duite Ă une programmation. Ici, elle se lit aussi dans les usages ordinaires : une projection sous verriĂšre qui se termine par une discussion, un marchĂ© de crĂ©ateurs qui ramĂšne des habitants du haut de la rue, une confĂ©rence « 3 R » qui se prolonge en atelier. Le lieu joue alors un rĂŽle de passeur : entre des scĂšnes artistiques, des pratiques culinaires, et des publics qui nâont pas toujours les mĂȘmes codes.
Ă condition de rester lisible. Trop dâactivitĂ©s tuent lâactivitĂ©. Un agenda doit ĂȘtre comprĂ©hensible, des horaires doivent ĂȘtre stables, et lâaccueil doit rester simple. Quand cet Ă©quilibre est tenu, un lieu devient un repĂšre. Et un repĂšre, sur une avenue, change la façon de marcher. Câest souvent ainsi que se fabrique, sans slogan, une nouvelle page locale.
Liens internes (Quartiers & Cie) : Carte interactive « Le quartier en chiffres » ; Simulateur de trajet « Vie quotidienne » ; Annuaire des marchés à Marseille ; Décryptage : comprendre la gentrification.
Sources (sĂ©lection) : Ville de Marseille (plan de redynamisation de la CanebiĂšre, documents publics et communication institutionnelle) ; Association Cantina (prĂ©sentation des activitĂ©s et partenariats locaux) ; MarchĂ© dâIntĂ©rĂȘt National des Arnavaux â Marseille (informations gĂ©nĂ©rales sur le site et les flux, supports publics).
OĂč se situe prĂ©cisĂ©ment le Plan de A Ă Z Ă Marseille ?
Le lieu se trouve au 117 La CanebiĂšre, 13001 Marseille, sur lâaxe central reliant le haut de la ville au Vieux-Port, un secteur trĂšs passant oĂč lâadresse est pensĂ©e comme un repĂšre de vie urbaine.
Quels sont les prix Ă la cantine et comment lâanti-gaspi fonctionne-t-il ?
Le midi, le plat unique du jour est affichĂ© Ă 8 ⏠et le jus du jour Ă 2,50 âŹ. La cuisine sâappuie sur des invendus du M.I.N de Marseille et des apports dâagriculteurs locaux, transformĂ©s en recettes adaptĂ©es aux arrivages.
Quâest-ce qui rend le lieu Ă la fois culinaire et culturel ?
Le Plan de A Ă Z combine restauration (cantine vĂ©gĂ©tarienne le midi, brunch le week-end, cuisines invitĂ©es le soir) et programmation (jams sous le patio, mini-concerts, projections sous verriĂšre, marchĂ©s de crĂ©ateurs, ateliers de rĂ©paration, confĂ©rences autour des 3 R) sur environ 200 mÂČ.
Quel lien existe-t-il avec lâaide alimentaire ?
Un espace de stockage de lâassociation Cantina est hĂ©bergĂ© sur place. Les denrĂ©es vĂ©gĂ©tales brutes rĂ©cupĂ©rĂ©es auprĂšs de partenaires servent Ă approvisionner des acteurs de lâaide alimentaire et des projets solidaires, avec une distribution assurĂ©e Ă vĂ©lo par Les Coursiers Solidaires.