{"id":660,"date":"2026-08-29T21:03:44","date_gmt":"2026-08-29T21:03:44","guid":{"rendered":"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/"},"modified":"2026-08-29T21:13:42","modified_gmt":"2026-08-29T21:13:42","slug":"maisons-closes-paris-histoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/","title":{"rendered":"Exploration intime : Carte historique des maisons closes \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">Rue Blondel, les vitrines ordinaires r\u00e9fl\u00e9chissent la circulation du boulevard de S\u00e9bastopol. \u00c0 quelques pas, une porte, une mosa\u00efque, un num\u00e9ro suffisent parfois \u00e0 faire remonter une g\u00e9ographie disparue. <strong>Les maisons closes de Paris<\/strong> ne sont plus des \u00e9tablissements en activit\u00e9 depuis 1946, mais leurs traces composent encore une part sensible de l\u2019<strong>Histoire de Paris<\/strong>.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En bref<\/strong><\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La <strong>Carte historique<\/strong> des anciens \u00e9tablissements dessine un axe central entre les 2e et 9e arrondissements, avec des prolongements vers Saint-Germain-des-Pr\u00e9s et Montparnasse.<\/li><li>Le Chabanais, au 12 rue Chabanais, et le One Two Two, au 122 rue de Provence, incarnent la dimension mondaine de cette \u00e9conomie r\u00e9glement\u00e9e.<\/li><li>Aux Belles Poules, rue Blondel, le d\u00e9cor conserv\u00e9 rappelle que le <strong>Patrimoine<\/strong> peut survivre \u00e0 la disparition d\u2019un usage.<\/li><li>La loi dite Marthe Richard, vot\u00e9e le 13 avril 1946, a ferm\u00e9 les \u00e9tablissements autoris\u00e9s tout en laissant ouverte la question de la prostitution de rue et de ses conditions sociales.<\/li><li>Cette exploration privil\u00e9gie les fa\u00e7ades, les archives et la <strong>Culture urbaine<\/strong>, sans transformer ces lieux en d\u00e9cor de fantaisie.<\/li><\/ul>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th>Rep\u00e8re<\/th>\n<th>Ce qu\u2019il faut retenir<\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>G\u00e9ographie<\/td>\n<td>2e, 6e, 8e, 9e et 14e arrondissements : un Paris central, proche des th\u00e9\u00e2tres, gares et grands boulevards.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>P\u00e9riode cl\u00e9<\/td>\n<td>De la r\u00e9glementation napol\u00e9onienne aux fermetures administratives de 1946.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Vestige lisible<\/td>\n<td>Les mosa\u00efques des Belles Poules, au 32 rue Blondel.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Angle de lecture<\/td>\n<td>Architecture, \u00e9conomie nocturne, contr\u00f4le social et m\u00e9moire des femmes.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Pour prolonger<\/td>\n<td>Une lecture comparative des territoires et de leurs r\u00e9cits, comme ces <a href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/tresors-ile-de-re\/\">tr\u00e9sors patrimoniaux de l\u2019\u00eele de R\u00e9<\/a>.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_87 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 eztoc-toggle-hide-by-default' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/#Carte_historique_des_maisons_closes_a_Paris_lire_une_ville_derriere_les_facades\" >Carte historique des maisons closes \u00e0 Paris : lire une ville derri\u00e8re les fa\u00e7ades<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/#Du_Chabanais_au_One_Two_Two_les_adresses_qui_ont_faconne_la_vie_nocturne_parisienne\" >Du Chabanais au One Two Two : les adresses qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la vie nocturne parisienne<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/#Aux_Belles_Poules_et_chez_Alys_quand_le_patrimoine_conserve_les_traces_du_decor\" >Aux Belles Poules et chez Alys : quand le patrimoine conserve les traces du d\u00e9cor<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/#Sexualite_et_controle_social_ce_que_les_maisons_closes_disent_de_la_societe_parisienne\" >Sexualit\u00e9 et contr\u00f4le social : ce que les maisons closes disent de la soci\u00e9t\u00e9 parisienne<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/maisons-closes-paris-histoire\/#Du_Sphinx_a_la_rue_Navarin_une_memoire_urbaine_a_regarder_sans_folklore\" >Du Sphinx \u00e0 la rue Navarin : une m\u00e9moire urbaine \u00e0 regarder sans folklore<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Carte_historique_des_maisons_closes_a_Paris_lire_une_ville_derriere_les_facades\"><\/span>Carte historique des maisons closes \u00e0 Paris : lire une ville derri\u00e8re les fa\u00e7ades<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La carte commence par des rues \u00e9troites. Entre la rue Saint-Denis, la rue Blondel et la rue Chabanais, le tissu urbain du centre de Paris conserve la densit\u00e9 de l\u2019ancienne ville marchande : h\u00f4tels, passages, restaurants, imprimeries et immeubles de rapport s\u2019y superposaient. Au tournant du XXe si\u00e8cle, cette proximit\u00e9 avec les grands boulevards offrait aux \u00e9tablissements de plaisir une client\u00e8le de passage, de spectacle et d\u2019affaires. La <strong>Vie nocturne<\/strong> s\u2019organisait alors \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du trottoir.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qu\u2019on oublie souvent, c\u2019est que ces lieux ne formaient pas un quartier isol\u00e9. Ils prenaient place dans des immeubles mixtes, parfois \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres d\u2019un th\u00e9\u00e2tre, d\u2019un caf\u00e9-concert ou d\u2019une maison de commerce. La rue se d\u00e9ploie comme un inventaire de fonctions urbaines : on y dormait, on y travaillait, on y n\u00e9gociait, on s\u2019y divertissait. Cette banalit\u00e9 ext\u00e9rieure rend aujourd\u2019hui leur rep\u00e9rage moins spectaculaire, mais plus instructif.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9glementation de la prostitution, consolid\u00e9e au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, distinguait les femmes inscrites et soumises au contr\u00f4le sanitaire et policier, des pratiques clandestines jug\u00e9es plus difficiles \u00e0 surveiller. Dans son enqu\u00eate publi\u00e9e en 1836, <strong>Alexandre Parent-Duch\u00e2telet<\/strong> d\u00e9crit une capitale o\u00f9 la question n\u2019est jamais seulement morale : elle rel\u00e8ve aussi de l\u2019hygi\u00e8ne, de l\u2019administration et de la circulation des populations. Son ouvrage, <em>De la prostitution dans la ville de Paris<\/em>, est l\u2019une des sources majeures pour comprendre la logique de contr\u00f4le qui a durablement model\u00e9 les rues parisiennes.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, Paris compte plusieurs centaines de maisons officiellement tol\u00e9r\u00e9es, selon les inventaires policiers et les travaux historiques consacr\u00e9s \u00e0 la p\u00e9riode. Les chiffres varient en fonction du p\u00e9rim\u00e8tre retenu et des formes d\u2019activit\u00e9 incluses, ce qui impose une prudence utile. Les \u00e9tablissements r\u00e9put\u00e9s ne repr\u00e9sentent qu\u2019une fraction visible d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne beaucoup plus vaste, fait de logements, d\u2019h\u00f4tels et de relations informelles. <strong>La carte des adresses c\u00e9l\u00e8bres ne doit donc jamais effacer la r\u00e9alit\u00e9 plus diffuse de l\u2019exploitation.<\/strong><\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 2e arrondissement concentre plusieurs rep\u00e8res parce qu\u2019il est voisin des Grands Boulevards et de leurs salles de spectacle. Le 9e, avec la rue de Provence et la rue Navarin, prolonge cette g\u00e9ographie vers les quartiers des th\u00e9\u00e2tres. Le 6e, autour de Saint-Sulpice, raconte une autre sociabilit\u00e9, plus discr\u00e8te, li\u00e9e aux h\u00f4tels particuliers et aux circulations de la rive gauche. Enfin, le boulevard Edgar-Quinet, dans le 14e, inscrit le Sphinx dans le Paris de Montparnasse, des ateliers et des voyageurs.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette <strong>Exploration intime<\/strong> n\u2019est pas une chasse aux curiosit\u00e9s. Elle consiste plut\u00f4t \u00e0 regarder ce que l\u2019adresse r\u00e9v\u00e8le : la largeur d\u2019une porte coch\u00e8re, un hall prot\u00e9g\u00e9 du regard, un d\u00e9cor con\u00e7u pour franchir le seuil, ou l\u2019\u00e9loignement calcul\u00e9 d\u2019une station de m\u00e9tro. \u00c0 y regarder de pr\u00e8s, l\u2019urbanisme de ces lieux parlait autant de dissimulation que de visibilit\u00e9. La ville autorisait, encadrait et signalait \u00e0 demi-mot.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fermeture des maisons closes en 1946 a interrompu leur fonction officielle, non leur pr\u00e9sence mat\u00e9rielle. Des enseignes ont disparu, des salons ont \u00e9t\u00e9 divis\u00e9s, des fa\u00e7ades ont \u00e9t\u00e9 raval\u00e9es. Pourtant, la ville n\u2019efface jamais tout \u00e0 fait ses usages successifs. <strong>Chaque num\u00e9ro d\u2019immeuble devient ici une archive silencieuse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1536\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/facade-haussmanienne-porte-mosaique-rue.jpg\" alt=\"Porte coch\u00e8re haussmannienne avec mosa\u00efque et lampadaire ancien\" class=\"wp-image-662\" srcset=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/facade-haussmanienne-porte-mosaique-rue.jpg 1536w, https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/facade-haussmanienne-porte-mosaique-rue-300x200.jpg 300w, https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/facade-haussmanienne-porte-mosaique-rue-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/facade-haussmanienne-porte-mosaique-rue-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Illustration g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par intelligence artificielle.<\/figcaption><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Du_Chabanais_au_One_Two_Two_les_adresses_qui_ont_faconne_la_vie_nocturne_parisienne\"><\/span>Du Chabanais au One Two Two : les adresses qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la vie nocturne parisienne<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 12 rue Chabanais, une adresse suffit \u00e0 \u00e9voquer tout un imaginaire. Fond\u00e9 en 1878, le <strong>Chabanais<\/strong> fut l\u2019un des \u00e9tablissements les plus connus de la capitale jusqu\u2019\u00e0 sa fermeture en 1946. Sa r\u00e9putation tenait moins \u00e0 la fa\u00e7ade qu\u2019\u00e0 l\u2019am\u00e9nagement int\u00e9rieur : les r\u00e9cits d\u2019\u00e9poque mentionnent des chambres inspir\u00e9es de d\u00e9cors russe, japonais, mauresque ou hindou. L\u2019\u00e9tablissement vendait ainsi une sc\u00e9nographie du voyage \u00e0 une client\u00e8le internationale.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le prince de Galles, futur \u00c9douard VII, y est fr\u00e9quemment associ\u00e9 par les chroniqueurs. Une baignoire de cuivre et un si\u00e8ge con\u00e7u pour ses usages personnels ont contribu\u00e9 \u00e0 fixer la l\u00e9gende, reprise dans de nombreux r\u00e9cits sur le Paris de la Belle \u00c9poque. Ces anecdotes doivent \u00eatre lues pour ce qu\u2019elles sont : des fragments d\u2019une publicit\u00e9 indirecte, amplifi\u00e9e par le go\u00fbt du scandale et par le prestige des visiteurs. Elles renseignent toutefois sur l\u2019\u00e9conomie symbolique du lieu, o\u00f9 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 servait de vitrine.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 environ 1,5 kilom\u00e8tre au nord-ouest, le 122 rue de Provence abritait le <strong>One Two Two<\/strong>. Install\u00e9 dans un ancien h\u00f4tel particulier attribu\u00e9 \u00e0 la famille Murat, il fut actif entre les ann\u00e9es 1920 et 1946. Sa chambre en faux wagon-lit, avec bruitages et intervention d\u2019un contr\u00f4leur imaginaire, r\u00e9sume une \u00e9poque fascin\u00e9e par le mouvement, le cin\u00e9ma et les d\u00e9cors m\u00e9caniques. Le lieu empruntait \u00e0 la fois au th\u00e9\u00e2tre de boulevard et \u00e0 l\u2019industrie naissante du loisir.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des noms comme Sacha Guitry, Jean Gabin, \u00c9dith Piaf ou Charlie Chaplin circulent dans les souvenirs li\u00e9s \u00e0 cette adresse. Leur pr\u00e9sence n\u2019est pas toujours \u00e9tablie avec le m\u00eame degr\u00e9 de pr\u00e9cision documentaire, mais elle dit le statut mondain recherch\u00e9 par l\u2019\u00e9tablissement. Dans le Paris des Ann\u00e9es folles, la fronti\u00e8re entre sc\u00e8ne, salle et coulisses restait poreuse. On y croisait des artistes, des industriels, des diplomates, mais aussi toute une main-d\u2019\u0153uvre invisible : ling\u00e8res, cuisini\u00e8res, femmes de chambre, portiers et employ\u00e9es administratives.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le contraste avec les \u00e9tablissements plus ordinaires est essentiel. La plupart ne poss\u00e9daient ni salons \u00e0 th\u00e8me ni client\u00e8le prestigieuse. Les maisons r\u00e9glement\u00e9es \u00e9taient class\u00e9es, surveill\u00e9es et soumises \u00e0 des obligations qui pesaient d\u2019abord sur les femmes qui y travaillaient. Les \u00e9tudes de l\u2019historienne <strong>Alain Corbin<\/strong>, notamment dans <em>Les filles de noce<\/em>, rappellent que la prosp\u00e9rit\u00e9 de certains lieux ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e des contraintes sociales, sanitaires et \u00e9conomiques impos\u00e9es \u00e0 leurs r\u00e9sidentes.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction rend la carte plus juste. Le Chabanais et le One Two Two sont devenus des noms propres parce qu\u2019ils ont laiss\u00e9 des r\u00e9cits, des photographies et des objets. Mais l\u2019<strong>Histoire de Paris<\/strong> se construit aussi \u00e0 partir de celles dont les noms n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 archiv\u00e9s, ou seulement dans des registres administratifs. Une ville c\u00e9l\u00e8bre volontiers ses d\u00e9cors ; elle conserve moins facilement la m\u00e9moire du travail qui les a rendus possibles.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les deux adresses restent n\u00e9anmoins pr\u00e9cieuses pour lire la mutation de la capitale. Elles montrent comment la sexualit\u00e9 tarif\u00e9e s\u2019est inscrite dans une \u00e9conomie urbaine de la distraction, au voisinage direct des h\u00f4tels, des restaurants et des salles de spectacle. <strong>La grandeur affich\u00e9e de ces maisons r\u00e9v\u00e8le aussi la hi\u00e9rarchie sociale qui organisait le plaisir.<\/strong><\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Les maisons closes de Paris | Archive INA\" width=\"760\" height=\"428\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/n6_MzZP60fA?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Aux_Belles_Poules_et_chez_Alys_quand_le_patrimoine_conserve_les_traces_du_decor\"><\/span>Aux Belles Poules et chez Alys : quand le patrimoine conserve les traces du d\u00e9cor<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 32 rue Blondel, un d\u00e9tail attire l\u2019\u0153il : les mosa\u00efques d\u2019<strong>Aux Belles Poules<\/strong>. Cette ancienne maison close, ouverte dans les ann\u00e9es 1920 et ferm\u00e9e comme les autres en 1946, est devenue l\u2019un des rares lieux o\u00f9 un d\u00e9cor int\u00e9rieur permet encore de saisir l\u2019esth\u00e9tique de ces \u00e9tablissements. Le b\u00e2timent ne raconte pas tout, mais il \u00e9vite que l\u2019histoire ne se r\u00e9duise \u00e0 une liste d\u2019adresses et de surnoms.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les c\u00e9ramiques et compositions murales \u00e9voquent les spectacles organis\u00e9s dans la maison, alors connue pour ses \u00ab tableaux vivants \u00bb. Ces repr\u00e9sentations, dont les titres jouaient sur la transgression et la parodie, appartenaient \u00e0 une culture du spectacle d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les cabarets parisiens. Le d\u00e9cor n\u2019\u00e9tait pas un simple suppl\u00e9ment. Il constituait une promesse d\u2019\u00e9vasion, con\u00e7ue pour distinguer l\u2019\u00e9tablissement dans un march\u00e9 concurrentiel.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le visiteur press\u00e9 passe sans voir que la rue Blondel se situe \u00e0 la lisi\u00e8re de plusieurs mondes : commerces de gros, circulation populaire, h\u00f4tels et proximit\u00e9 de la porte Saint-Denis. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette position qui importait. La client\u00e8le pouvait arriver sans traverser un quartier r\u00e9sidentiel calme, tandis que les activit\u00e9s nocturnes trouvaient autour d\u2019elles des services, des transports et des rues o\u00f9 l\u2019anonymat demeurait possible. L\u2019architecture de la discr\u00e9tion d\u00e9pend toujours d\u2019un environnement.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus au sud, au 15 rue Saint-Sulpice, <strong>Chez Alys<\/strong> rappelle une autre strate de cette g\u00e9ographie. Les mosa\u00efques portant le nom de la tenanci\u00e8re sont encore signal\u00e9es dans l\u2019entr\u00e9e de l\u2019immeuble. L\u2019adresse, proche de l\u2019\u00e9glise Saint-Sulpice, a nourri des r\u00e9cits volontiers anticl\u00e9ricaux sur une client\u00e8le eccl\u00e9siastique. L\u2019anecdote a la vie dure parce qu\u2019elle est commode ; elle ne doit pas dispenser d\u2019examiner les sources et les m\u00e9canismes de la r\u00e9putation.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La valeur patrimoniale ne tient pas \u00e0 une fascination pour l\u2019interdit. Elle r\u00e9side dans la capacit\u00e9 d\u2019un \u00e9l\u00e9ment architectural \u00e0 renseigner une \u00e9poque : techniques de mosa\u00efque, go\u00fbt pour l\u2019ornement, distribution des pi\u00e8ces, rapport entre hall et rue. Depuis les ann\u00e9es 1980, la protection et la restauration de certains d\u00e9cors parisiens ont modifi\u00e9 le regard port\u00e9 sur les int\u00e9rieurs ordinaires. Les Belles Poules sont d\u00e9sormais utilis\u00e9es pour des \u00e9v\u00e9nements, avec une attention accrue \u00e0 la conservation de leur d\u00e9cor.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9volution pose une question simple : que faut-il transmettre lorsque l\u2019usage d\u2019origine a disparu et que son histoire reste douloureuse ? Il ne s\u2019agit ni de blanchir l\u2019exploitation li\u00e9e \u00e0 la <strong>Prostitution<\/strong>, ni de condamner les murs \u00e0 l\u2019oubli. La m\u00e9diation patrimoniale peut tenir ensemble les deux r\u00e9alit\u00e9s, \u00e0 condition de documenter les conditions de travail, l\u2019encadrement policier et les parcours des femmes. Le d\u00e9cor n\u2019est jamais neutre ; il est le t\u00e9moin d\u2019un rapport de pouvoir.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le Paris de 2026, les reconversions de lieux anciens alimentent souvent des d\u00e9bats sur l\u2019authenticit\u00e9. Ici, la meilleure r\u00e9ponse reste la pr\u00e9cision : dater, contextualiser, nommer les transformations. Pour prolonger cette attention aux paysages habit\u00e9s, une <a href=\"https:\/\/angoulemevictorhugo.fr\/blog\/tresors-ile-de-re\/\">lecture consacr\u00e9e aux traces b\u00e2ties de l\u2019\u00eele de R\u00e9<\/a> rappelle que le patrimoine fran\u00e7ais se comprend aussi par ses usages successifs. <strong>Un d\u00e9cor pr\u00e9serv\u00e9 vaut surtout par l\u2019histoire compl\u00e8te qu\u2019il oblige \u00e0 raconter.<\/strong><\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Sexualite_et_controle_social_ce_que_les_maisons_closes_disent_de_la_societe_parisienne\"><\/span>Sexualit\u00e9 et contr\u00f4le social : ce que les maisons closes disent de la soci\u00e9t\u00e9 parisienne<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les maisons closes furent des lieux de commerce, mais \u00e9galement des instruments administratifs. \u00c0 Paris, la politique r\u00e9glementariste reposait sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019une prostitution identifi\u00e9e pouvait \u00eatre surveill\u00e9e, m\u00e9dicalis\u00e9e et tenue \u00e0 distance de l\u2019espace public. Cette logique, install\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, a produit des fichiers, des visites sanitaires et des r\u00e8glements. Elle a aussi r\u00e9parti in\u00e9galement le poids de la surveillance, presque exclusivement sur les femmes.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1836, Alexandre Parent-Duch\u00e2telet publie son enqu\u00eate apr\u00e8s avoir consult\u00e9 des archives de police et men\u00e9 des observations sur le terrain. Son travail est consid\u00e9rable par son ampleur, mais il porte les cat\u00e9gories de son temps : la femme prostitu\u00e9e y est d\u2019abord pens\u00e9e comme un probl\u00e8me \u00e0 g\u00e9rer. Lire ce texte en 2026 exige donc un double mouvement. Il apporte des donn\u00e9es rares sur le Paris populaire, tout en r\u00e9v\u00e9lant les pr\u00e9jug\u00e9s m\u00e9dicaux et sociaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La loi du 13 avril 1946, souvent appel\u00e9e loi Marthe Richard, a ferm\u00e9 les \u00e9tablissements tol\u00e9r\u00e9s sur le territoire fran\u00e7ais. Marthe Richard, ancienne prostitu\u00e9e devenue conseill\u00e8re municipale de Paris, a incarn\u00e9 publiquement cette campagne abolitionniste. La fermeture a marqu\u00e9 un tournant administratif majeur, sans faire dispara\u00eetre l\u2019activit\u00e9 prostitutionnelle. Elle a d\u00e9plac\u00e9 les pratiques, les risques et les formes de contr\u00f4le vers d\u2019autres lieux, notamment la rue, les h\u00f4tels et les espaces priv\u00e9s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut s\u2019attarder devant cette nuance. Pr\u00e9senter les maisons closes comme un univers uniquement luxueux reviendrait \u00e0 prendre la vitrine pour le b\u00e2timent entier. Les hi\u00e9rarchies y \u00e9taient fortes, les dettes et les d\u00e9pendances nombreuses, les possibilit\u00e9s de choix tr\u00e8s variables selon l\u2019\u00e2ge, l\u2019origine sociale et la situation \u00e9conomique. Les quelques \u00e9tablissements mythifi\u00e9s par la litt\u00e9rature ou le cin\u00e9ma ne doivent pas faire oublier la banalit\u00e9 souvent rude de la vie quotidienne.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La litt\u00e9rature a pourtant durablement fa\u00e7onn\u00e9 cette m\u00e9moire. Guy de Maupassant, Toulouse-Lautrec ou, plus tard, les cin\u00e9astes ont construit un r\u00e9pertoire visuel fait de salons rouges, de plumes et de miroirs. Ces \u0153uvres renseignent sur les repr\u00e9sentations masculines du d\u00e9sir, du pouvoir et de la marginalit\u00e9. Elles ne sont pas des archives transparentes. Le regard artistique s\u00e9lectionne, transforme et parfois embellit ce que les sources administratives d\u00e9crivent avec froideur.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les d\u00e9bats contemporains, le mot <strong>sexualit\u00e9<\/strong> appelle des positions contrast\u00e9es, entre autonomie, sant\u00e9, protection contre les violences et lutte contre l\u2019exploitation. L\u2019histoire urbaine apporte une le\u00e7on de m\u00e9thode : aucune politique ne se lit seulement dans les textes de loi. Elle se mesure aussi aux rues o\u00f9 elle s\u2019applique, aux personnes qu\u2019elle rend visibles et \u00e0 celles qu\u2019elle laisse sans protection. Les quartiers parisiens gardent cette m\u00e9moire dans leurs usages et dans leurs silences.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La carte historique prend alors une autre dimension. Elle ne localise pas uniquement des endroits de divertissement ; elle mat\u00e9rialise les choix d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 face au corps, au travail et \u00e0 l\u2019ordre public. <strong>Comprendre ces lieux, c\u2019est refuser \u00e0 la fois l\u2019amn\u00e9sie et la l\u00e9gende facile.<\/strong><\/p>\n\n<figure class=\"is-provider-youtube is-type-video wp-block-embed wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Ancienne maison close du 36, rue Saint Sulpice, \u00e0 Paris, &quot;chez Miss Betty&quot;.\" width=\"760\" height=\"428\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/tUnK_RzKzNw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Du_Sphinx_a_la_rue_Navarin_une_memoire_urbaine_a_regarder_sans_folklore\"><\/span>Du Sphinx \u00e0 la rue Navarin : une m\u00e9moire urbaine \u00e0 regarder sans folklore<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le boulevard Edgar-Quinet est large, plant\u00e9 d\u2019arbres et travers\u00e9 par le flux r\u00e9gulier de Montparnasse. Au num\u00e9ro 31 se trouvait le <strong>Sphinx<\/strong>, connu pour son d\u00e9cor n\u00e9o-\u00e9gyptien et son bar Art d\u00e9co. L\u2019\u00e9tablissement, actif dans l\u2019entre-deux-guerres puis ferm\u00e9 en 1946, fut pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019un des premiers \u00e0 accueillir officiellement des couples. Sa tenanci\u00e8re, Marthe, aurait r\u00e9sum\u00e9 la r\u00e8gle de la maison par une formule devenue c\u00e9l\u00e8bre : tout entendre, tout voir, ne rien dire.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mot d\u2019ordre d\u00e9signe moins une libert\u00e9 sans limite qu\u2019une \u00e9conomie de la confidentialit\u00e9. Dans une m\u00e9tropole moderne, l\u2019anonymat devient une ressource. Les gares, les boulevards, les h\u00f4tels et les taxis composent un syst\u00e8me de d\u00e9placements qui permet de se rendre quelque part sans s\u2019y installer. Le Sphinx b\u00e9n\u00e9ficiait de cette proximit\u00e9 avec Montparnasse, alors quartier d\u2019ateliers, de caf\u00e9s et de vie artistique. La ville offrait des trajectoires autant que des destinations.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 9 rue Navarin, dans le 9e arrondissement, l\u2019ancienne maison dite <strong>Chez Christiane<\/strong> reste associ\u00e9e \u00e0 une fa\u00e7ade n\u00e9o-gothique singuli\u00e8re. Elle aurait d\u00e9velopp\u00e9 une mise en sc\u00e8ne inspir\u00e9e du ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val et de pratiques alors d\u00e9sign\u00e9es comme \u00ab anglaises \u00bb. Le r\u00e9cit, abondamment repris, dit surtout la sp\u00e9cialisation de certains \u00e9tablissements et leur aptitude \u00e0 vendre une exp\u00e9rience codifi\u00e9e. Derri\u00e8re l\u2019imagerie, il faut encore rappeler la dissym\u00e9trie entre les clients et les femmes dont le travail \u00e9tait encadr\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019H\u00f4tel Marigny, au 11 rue de l\u2019Arcade dans le 8e arrondissement, compl\u00e8te ce panorama par une histoire moins souvent racont\u00e9e. Il aurait accueilli une client\u00e8le homosexuelle masculine dans une ville o\u00f9 l\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas ill\u00e9gale en tant que telle, mais demeurait expos\u00e9e au fichage, \u00e0 la surveillance et au scandale. Marcel Proust est r\u00e9guli\u00e8rement cit\u00e9 dans les r\u00e9cits sur cette adresse. Son nom rappelle que la <strong>Culture urbaine<\/strong> parisienne s\u2019est souvent \u00e9crite dans des espaces ambigus, tol\u00e9r\u00e9s sans \u00eatre pleinement reconnus.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La difficult\u00e9 contemporaine consiste \u00e0 transmettre cette histoire sans la dissoudre dans un tourisme de l\u2019interdit. Une fa\u00e7ade peut \u00eatre photographi\u00e9e ; elle ne doit pas devenir un alibi pour oublier les rapports de classe et de genre qui ont structur\u00e9 ces activit\u00e9s. Les archives de la Pr\u00e9fecture de police, les travaux d\u2019Alain Corbin et ceux de l\u2019historienne <strong>Jill Harsin<\/strong> permettent de replacer les anecdotes dans un cadre plus vaste : celui d\u2019une capitale en mutation, travaill\u00e9e par la modernit\u00e9, les migrations et les in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelques rep\u00e8res documentaires permettent de garder le fil : Parent-Duch\u00e2telet pour le XIXe si\u00e8cle, les dossiers de police pour la r\u00e9glementation, la loi de 1946 pour la rupture institutionnelle, et les d\u00e9cors survivants pour l\u2019inscription mat\u00e9rielle. Les sources doivent \u00eatre crois\u00e9es, car les archives institutionnelles parlent rarement avec la voix des premi\u00e8res concern\u00e9es. Cette absence n\u2019est pas un d\u00e9tail ; elle constitue une donn\u00e9e historique \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour une lecture attentive, il convient de marcher lentement entre la rue Chabanais et la rue Blondel, en regardant d\u2019abord les immeubles plut\u00f4t que les l\u00e9gendes. Le pav\u00e9, les seuils et les halls suffisent \u00e0 comprendre comment Paris a log\u00e9, dissimul\u00e9 et parfois conserv\u00e9 cette part de son pass\u00e9. <strong>La m\u00e9moire des maisons closes appartient \u00e0 la ville enti\u00e8re, mais elle exige une attention sans complaisance.<\/strong><\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Sources :<\/strong> Alexandre Parent-Duch\u00e2telet, <em>De la prostitution dans la ville de Paris<\/em>, 1836 ; Alain Corbin, <em>Les filles de noce. Mis\u00e8re sexuelle et prostitution au XIXe si\u00e8cle<\/em>, Aubier, 1978 ; Archives de Paris et Pr\u00e9fecture de police, dossiers relatifs \u00e0 la prostitution r\u00e9glement\u00e9e ; loi n\u00b0 46-685 du 13 avril 1946 ; Ville de Paris, dossiers patrimoniaux relatifs aux d\u00e9cors du 32 rue Blondel.<\/p>\n\n\n<h3>Quand les maisons closes ont-elles ferm\u00e9 en France ?<\/h3>\n<p>Les \u00e9tablissements officiellement tol\u00e9r\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s par la loi du 13 avril 1946, associ\u00e9e \u00e0 Marthe Richard. Cette loi n\u2019a pas supprim\u00e9 la prostitution, mais elle a mis fin au syst\u00e8me administratif des maisons closes.<\/p>\n<h3>Quelles anciennes maisons closes peut-on encore rep\u00e9rer \u00e0 Paris ?<\/h3>\n<p>Les adresses les plus souvent cit\u00e9es sont le Chabanais au 12 rue Chabanais, les Belles Poules au 32 rue Blondel, le One Two Two au 122 rue de Provence, Chez Alys rue Saint-Sulpice et l\u2019ancien Sphinx boulevard Edgar-Quinet. Les fa\u00e7ades sont priv\u00e9es et doivent \u00eatre observ\u00e9es dans le respect des occupants.<\/p>\n<h3>Pourquoi les 2e et 9e arrondissements concentrent-ils autant d\u2019adresses ?<\/h3>\n<p>Leur proximit\u00e9 avec les Grands Boulevards, les th\u00e9\u00e2tres, les h\u00f4tels, les commerces et les axes de transport favorisait les d\u00e9placements nocturnes et l\u2019anonymat des clients \u00e0 la Belle \u00c9poque puis dans l\u2019entre-deux-guerres.<\/p>\n<h3>Les d\u00e9cors des Belles Poules sont-ils encore visibles ?<\/h3>\n<p>Oui, les mosa\u00efques du 32 rue Blondel ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es et restaur\u00e9es. Elles constituent un rare t\u00e9moignage d\u00e9coratif de cette histoire, \u00e0 interpr\u00e9ter avec le contexte social et administratif de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rue Blondel, les vitrines ordinaires r\u00e9fl\u00e9chissent la circulation du boulevard de S\u00e9bastopol. \u00c0 quelques pas, une porte, une mosa\u00efque, un num\u00e9ro suffisent parfois \u00e0 faire remonter une g\u00e9ographie disparue. Les maisons closes de Paris ne sont plus des \u00e9tablissements en activit\u00e9 depuis 1946, mais leurs traces composent encore une part sensible de l\u2019Histoire de Paris. 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